Cromwell

par

Une œuvre résolument romantique

Par cette critique du théâtre classique et des règles qui le régissent,Hugo affirme son intention de produire dans cette préface l’acte de naissanced’un nouveau genre : le drame romantique.

Hugo s’en prend également, dans sa préface, au vers classique qu’il accusede restreindre la pensée et de n’être pas digne d’un drame théâtral. En effet,il crée une nouvelle manière d’écrire, de créer du théâtre en vers. Celui-ci,jusqu’à présent, devait proposer des vers rythmés, en alexandrins et aux rimesrégulières, afin de respecter une certaine symétrie dans la déclamation desacteurs, une certaine harmonie et une régularité définitive dans leur diction.

Selon Hugo, ce type de vers ne peut transcrire toute l’émotion, toute laforce de ce que l’auteur désire faire porter par la bouche de l’acteur. Illimite la possibilité d’expression et retient l’imagination, qui doit êtredébridée, lâchée hors de toutes frontières, que ce soit celles de la forme du versou celles qui concernent le fond. Ainsi défend-il l’utilisation d’« unvers libre, franc, loyal, osant tout dire sans pruderie, tout exprimer sansrecherche […] sachant briser à propos et déplacer la césure pour déguiser samonotonie d’alexandrin […] en un mot tel que le ferait l’homme qu’une féeaurait doué de l’âme de Corneille et de la tête de Molière. »

L’œuvre de Hugo sait également mélanger de façon subtile et propre auromantisme des concepts qui jusqu’alors étaient incompatibles dans le théâtreclassique, tels le sublime et le grotesque. Ainsi, Hugo juge que pour donnersuffisamment de relief au sublime, qualité d’une œuvre qui incite l’homme àdevenir meilleur, il faut permettre de comparer celui-ci en le liantétroitement à sa valeur opposée, le grotesque, qui dévoile les bassesses et lanature simple et terrestre que peut revêtir l’humain. Ainsi, si la tragédieinterdisait qu’on y inclut des éléments propres au genre de la comédie, Hugo,lui, prend le contre-pied de cette coutume et mêle sublime et absurde dans Cromwell. Dès lors, des procédéstraditionnels de la comédie peuvent côtoyer les manifestations du sublime etlaisser au spectateur le soin d’apprécier toute la hauteur de celui-ci : « Ilsemble, au contraire, que le grotesque soit un temps d’arrêt, un terme decomparaison, un point de départ d’où l’on s’élève vers le beau avec uneperception plus fraîche et plus excitée. La salamandre fait ressortirl’ondine ; le gnome embellit le sylphe. »

Ainsi, les quatre fous de Cromwell donnent à lapièce cette dimension grotesque. Ils ne cessent de dire le plus grand mal desautres personnages, prétendant tantôt avoir échappé à l’enfer, ou identifiantCromwell au diable. Ils produisent par leur présence un décalage entre lesérieux dramatique des situations et leurs accoutrements et paroles extravagantes.De plus, leur proximité du pouvoir et de Cromwell leur donne une compréhensionparticulièrement profonde du personnage, qu’on a pourtant du mal à prendre ausérieux en raison de son origine.

 « GRAMADOCH : Noussommes ses bouffons : mais il est notre fou.

Il nous croit ses jouets ; pauvre homme ! il est le nôtre.

Nous dupe-t-il jamais par quelque patenôtre ?

Nous épouvante-t-il par ses éclats de voix,

Ou ses clins d’yeux dévots qui font trembler des rois ?

Quand il vient de prier, de prêcher, de proscrire »

Si Victor Hugo s’attache à appliquer ces nouveaux principes du romantismedans son drame, et s’il les défend avec autant de ferveur, ce n’est pasgratuitement. En effet, le rejet du théâtre classique a pour but de mettre enlumière son principal défaut : il ne peut, en suivant à la lettre toutesses règles, apporter le véritable espoir et la réelle transposition de l’histoireet de la vie sur les planches. Supposé s’identifier au héros, le spectateur enest finalement incapable, à cause de l’abondance de règles qui régissent laconduite de celui-ci. En libérant le vers, la forme de sa pièce, Hugo proposeune nouvelle conception du héros : un homme du peuple qui, comme tout unchacun, présente plusieurs traits de caractère, aussi bas et matériel parmoments que digne et noble à d’autres. Ce nouveau théâtre se veut beaucoup plusfidèle à la représentation de la société, et aux maux dont elle peut souffrir.

 « OVERTON, à la foule.

Il a raison, amis ! Eneffet, est-ce l’heure

De rire quand Dieu tonneet quand Israël pleure !

Quand un homme, opprimantceux qui l’ont protégé,

Vient imposer un trône aupeuple surchargé ?

Quand tout aigrit les maux que l’Angleterreendure ? »

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