Enfance

par

Le père

Le narrateur Nicolas dit de son père : « Mon père était un homme du vieux temps. Il avait ce caractère indéfinissable de chevalerie comme tous ceux de sa génération ; c’était un homme d’initiative ; sûr de lui et très aimable.
Il considérait les gens d’aujourd’hui avec mépris, et cela, autant à cause de son orgueil inné qu’à cause d’un secret dépit de n’avoir point, dans notre temps, l’influence et le pouvoir qu’il eût eus à l’époque. »

C’est un homme fort, viril, d’une noblesse provinciale ; il est donc sûr de lui, regrette le déclin des traditions, et y voit la décrépitude de sa société. Il gère les terres, le moulin, les récoltes des serfs, et c’est lui qui donne les ordres et qui s’occupe des ressources de la famille. C’est également lui qui annoncera aux enfants qu’ils devaient tous se mettre au travail :

« Par le visage et les doigts de Iakov, on voyait que ce dernier ordre lui faisait un vif plaisir.

Iakov était serf, c’était un homme très zélé et très dévoué ; comme tous les bons intendants, il était avare jusqu’à l’extrême pour son maître et avait, sur les intérêts de celui-ci, les notions les plus étranges. Il se souciait toujours d’enrichir Monsieur aux dépens de Madame, et tâchait de prouver la nécessité de dépenser tous les revenus des propriétés de Madame pour Pétrovskoié (la campagne que nous habitions).

En ce moment, il triomphait d’avoir complètement réussi.

Après nous avoir dit bonjour, papa nous déclara que nous avions mené assez longtemps, à la campagne, une vie de paresseux, que nous avions cessé d’être petits, et qu’il était temps de travailler sérieusement. »

Le narrateur admire son père, voit en lui un homme qui sait se faire respecter autant de ses subordonnés que de ses semblables, qui sait ce qu’il vaut et qui sait s’imposer en société : son père fait partie des personnalités qui marquent leur entourage ; en cela, il a un profond respect pour lui : « Dans chacune de ses relations il gardait la supériorité. Sans avoir jamais été du très grand monde, il fréquentait toujours ce milieu et s’y fit estimer de tous. Il connaissait ce degré précis d’orgueil et de présomption, qui, sans blesser les autres, relève un homme dans l’opinion publique. il était original, mais pas toujours, et il ne se servait de l’originalité que pour remplacer, dans certains cas, les belles manières ou les richesses. Rien au monde ne pouvait exciter son étonnement : dans quelque situation brillante qu’il se fût trouvé, il eût semblé né pour l’occuper. Il savait si bien cacher aux autres et s’éviter à lui-même, le côté ennuyeux de la vie, plein des petites contrariétés et des tracasseries fatales pour tous, qu’il était impossible de ne pas l’envier. » Pourtant, il n’a ni une éducation ni des manières très élaborées, mais sait s’imposer face à son audience.

 

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