Germinal

par

Une violence plurielle

Laviolence est omniprésente dans Germinal,qu’elle soit verbale ou physique. Elle s’exprime par exemple dans les proposdes ouvriers lorsqu’ils évoquent la grève : « il faut que ça pète ». Souvarine, l’ouvrier anarchiste,prône la destruction totale comme moyen d’action. Les actes de violence incarnentl’opposition entre deux mondes durant la grève, qui semblent un temps ne pluspouvoir coexister ; ainsi les ouvriers saccagent, se battent contre lesgendarmes, des ouvriers sont tués. La violence met donc à nu une oppositionentre les classes sociales, et la force s’avère encore pour un temps être ducôté de la bourgeoisie, car pour mettre fin à la grève, les forces de l’ordreinterviennent en faveur de la Compagnie des Mines. La violence aura donc servià donner un impact au mouvement des mineurs, mais elle est aussi responsable dela spirale dans laquelle la grève sombre : elle passe ainsi d’un mouvementde contestation à une déferlante destructrice d’anarchisme.

    « Entré un des premiers, [Jeanlin, lepetit frère de Zacharie,] avait gambillé au travers de la cohue, enchanté decette bagarre, cherchant ce qu’il pourrait faire de mal ; et l’idée lui étaitvenue de tourner les robinets de décharge, pour lâcher la vapeur. Les jetspartirent avec la violence de coups de feu, les cinq chaudières se vidèrentd’un souffle de tempête, sifflant dans un tel grondement de foudre, que lesoreilles en saignaient. Tout avait disparu au milieu de la vapeur, le charbonpâlissait, les femmes n’étaient plus que des ombres aux gestes cassés. Seul,l’enfant apparaissait, monté sur la galerie, derrière les tourbillons de buéeblanche, l’air ravi, la bouche fendue par la joie d’avoir déchaîné cet ouragan. »

    Mais aussi violente et destructrice que laviolence des mineurs puisse être, il y a dans Germinal une autre forme de violence, présente dans les rapportsque les individus ont les uns avec les autres. Il ne s’agit plus d’une réponseà une injustice, de la manifestation d’une frustration trop longtemps ressentie,mais d’actes primitifs, de la sujétion du faible au plus fort. Cette violenceest présente dans les rapports que Chaval entretient avec Catherine. On le voitdevenir de plus en plus violent avec elle au fil des pages. Chaval, mineurbrutal et belliqueux, incarne bien cette forme de violence et il la laisses’exprimer chaque fois qu’il se confronte à Lantier. On retrouve égalementcette violence chez le personnage de Bonnemort lorsqu’il étrangle la jeuneCécile.

    « Pourquoi Cécile s’était-elleapprochée ? Comment Bonnemort, cloué sur sa chaise, avait-il pu la prendre à lagorge ? Évidemment, lorsqu’il l’avait tenue, il devait s’être acharné, serranttoujours, étouffant ses cris, culbutant avec elle, jusqu’au dernier râle. »

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Une violence plurielle >