Justine ou les Malheurs de la vertu

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Résumé

Le roman s’ouvre sur une courte préface del’éditeur, manifestement rédigée par Sade lui-même, tant la teneur desarguments relève de sa mauvaise foi habituelle : d’après cette préface, lapeinture du vice dans ses moindres détails n’est pas condamnable car elle estfaite dans un but moralisateur et non vicieux ; par ailleurs, si le livrefait du mal, c’est que le lecteur est déjà mauvais en soi – « il est unesorte de gens pour qui la vertu même est un poison ».

Cette préface estcomplétée par une dédicace de l’auteur à son amie Constance. Il y expose sesintentions – montrer comment dans le monde le mal triomphe tandis que la vertusouffre – et espère déclencher la réaction suivante chez son amie :« Ô combien ces tableaux du crime me rendent fière d’aimer lavertu ! ».

 

            L’incipitde Justine est on ne peut plus surprenant pour un livre qui se présentecomme un roman : ce n’est ni l’exposition d’un contexte ou d’unpersonnage, ni de l’action – ce sont des paragraphes d’essais philosophiquessur la nature humaine. Le narrateur insiste encore une fois sur l’importance dela lutte entre le vice et la vertu et précise une nouvelle fois que lamultitude de détails n’est là que par souci de vérité, et non par sadisme.

            Lerécit vient enfin. Le narrateur introduit Juliette, sensuelle, cynique etlibertine, et sa sœur Justine, douce, virginale et ingénue. Le récit commencequand les deux sœurs sont expulsées de leur couvent car, leurs parents morts,elles n’ont plus les moyens de financer leur éducation. Juliette est heureusede retrouver ainsi la liberté, Justine est accablée. Cette divergence deréactions donne lieu à un court débat d’idées : Juliette défend soninsensibilité, explique qu’il n’y a pas de quoi être triste, et qu’elles seronttoujours heureuses si elles savent mettre à profit leurs charmes dans lesmilieux libertins. Justine est horrifiée. Leurs chemins se séparent.

            Lenarrateur poursuit ce parallélisme : Justine va demander conseil etcharité à sa nourrice puis à son prêtre, mais tous deux la répudientbrutalement après avoir compris qu’elle ne leur apporterait rien ;Juliette au contraire s’intègre parfaitement dans les milieux libertins,devient employée d’une maison de passe, ruine plusieurs hommes riches, se marieavec un comte, et le tue, après une digression philosophique du narrateur surles plaisirs qu’on peut ressentir en cédant à la pulsion meurtrière. La voilàMme de Lorsange, libre et comtesse. Elle creuse son sillon en jouant le jeu dela riche veuve apparemment rangée, sans cesser de coucher et voler. Pourdissimuler ses frasques, elle n’hésite pas à avorter plusieurs fois.

            Àvingt-six ans, Mme de Lorsange se marie avec M. de Corville. Dans un hôtel deprovince, ils rencontrent une jeune femme ligotée. Celui qui l’a emprisonnéexplique qu’ils se rendent à Paris pour valider son jugement, et qu’elle seraensuite exécutée à Lyon. Mme de Losange veut entendre l’histoire de la jeunefemme de sa propre bouche. Après avoir pleuré, celle-ci accepte de la raconter.Issue d’une famille honnête, ses parents étant morts elle a sombré dans lapauvreté (à ce stade, aucun lecteur n’est dupe que cette jeune femme va serévéler être Justine). Elle tâche alors de se mettre sous la tutelle du richeM. Dubourg, mais celui-ci tient des discours similaires à Juliette. Finalement,il essaie de la violer, mais elle réussit à fuir. La jeune femme racontel’évènement à son hôtesse, Mme Desroches, qui la dispute et lui ordonne decontenter M. Dubourg – si elle ne le fait pas, elle l’enverra en prison pouravoir profité gratuitement de son toit et de sa nourriture. La jeune femmeretourne chez M. Dubourg, mais elle se trouve sauvée in extremis car l’érectionde M. Dubourg passe au moment où il va la violer.

            Pouréchapper durablement à ces Dubourg et Desroches, la jeune femme accepte unemploi sous-payé de servante chez un couple d’usuriers, M. et Mme Du Harpin. Lajeune femme décrit avec précision l’ampleur (et de fait le ridicule) de leuravarice. M. Du Harpin va jusqu’à professer que le vol est sain et juste pourinciter la jeune femme à voler l’argent des voisins. La jeune femme refuse.Quelque temps plus tard, M. Du Harpin la fait accuser à tort d’avoir volé desdiamants. La jeune femme est condamnée à mort. Elle est emprisonnée enattendant son exécution avec une autre condamnée à mort, la Dubois.

À quelques jours del’exécution, la Dubois parvient, dans le feu et le sang, à s’évader, et àlibérer la jeune femme dans le même temps. La Dubois lui conseille de ne plussottement s’attacher à sa vertu si elle veut survivre. Malgré les arguments dela Dubois, la jeune femme est résolue à ne jamais se corrompre. Les compagnonsde la Dubois proposent un marché à la jeune femme : soit ils la violent,soit elle se laisse faire et ils lui donneront un écu chacun et la mèneront làoù elle veut. La jeune femme implore la Dubois de l’aider. La Dubois ditqu’elle peut obtenir de l’épargner, à condition que la jeune femme rejoigneleurs rangs et devienne une pilleuse comme eux. La jeune femme accepte pardéfaut, mais les compagnons ne s’estiment pas satisfaits. Le plus malin desquatre, Cœur-de-fer, propose un compromis : ils ne pénétreront pas lajeune femme, mais elle s’exhibera dans les positions qu’ils souhaitent pendantque la Dubois les soulagera. Ils s’exécutent, et chacun des quatre compagnonss’avère avoir des lubies extravagantes et perverses – sadomasochisme,scatophilie, bondage.

Le lendemain, Cœur-de-fertâche de persuader la jeune femme de s’offrir. Bientôt, il essaie de la convaincrede le laisser la sodomiser, en démontrant que la nature autorise tout à fait cegenre de pratiques. Échauffé par ses propres discours, il s’apprête à laforcer, quand une voiture passe par là. Les brigands la pillent et tuent sesoccupants. Le lendemain, l’évènement donne lieu à un débat philosophique entrela Dubois et la jeune femme, car la première défend l’idée que la vie d’autruin’a aucune valeur, a fortiori si cette vie se met en travers du contentementindividuel. Cœur-de-fer prend parti pour la Dubois. Ces deux-là sont tellementcyniques qu’ils en viennent à qualifier les discours purs et positifs de lajeune femme de sophistiques. Tout à coup, un jeune homme arrive. Les brigandslui piquent son argent et s’apprêtent à le tuer. La jeune femme lui obtient lavie sauve en promettant de se laisser sodomiser par Cœur-de-fer au petit matin.

En dépit de sa paroledonnée, la jeune femme s’enfuit avec le jeune homme, nommé Saint-Florent,pendant que les brigands dorment. Le jeune homme essaie mollement de coucheravec elle, mais n’insiste pas quand il voit qu’elle ne veut pas. Elle le priede la mener à Lyon et de la mettre en sécurité dans une maison où elle ne seraplus persécutée. Il accepte et la mène, de nuit, dans un bois. Là, il l’assommeet la viole. Elle perd alors la vertu pour laquelle elle a si durement lutté.Désespérée, elle s’endort, ensanglantée, en haillons.

À son réveil, ellesurprend un couple d’homosexuels faire l’amour en secret dans la forêt. Ilsfinissent par la remarquer. Elle dit n’avoir rien vu, mais ils décident tout demême de l’écarteler, par pur plaisir sadique. Le comte de Bressac – c’est ainsique se nomme l’un des deux hommes – veut rentrer chez sa tante, la marquise deBressac, et accepte d’y emmener la jeune femme. Si elle se montre indiscrète,il promet de la tuer de la pire des manières. La marquise écoute tous lesmalheurs de la jeune femme, et accepte de l’aider. Elles vont à Paris etobtiennent l’annulation de la sentence liée à l’affaire du diamant. Cependant,elles n’arrivent pas à obtenir la condamnation de M. Du Harpin, qui a réussi àdéménager en Angleterre suite à une fructueuse arnaque à base de faussemonnaie. Le comte de Bressac prétend être le véritable bienfaiteur de la jeunefemme (d’après lui, c’est lui qui incite sa tante à l’aider), laquelle tente dele guérir de ses penchants homosexuels en lui parlant de Dieu – Bressac est unathée convaincu et se moque bien de l’Être suprême.

Cependant le comte devientde plus en plus provocateur à l’égard de la marquise, et menace, si elle ne lelaisse pas pratiquer comme il le souhaite ses activités homosexuelles, de laforcer à le regarder coucher avec des hommes. La jeune femme est horrifiée parl’agressivité du neveu à l’égard de sa tante. Bientôt, le comte avoue à notrehéroïne qu’il souhaite qu’elle tue la tante pour qu’il puisse récupérer safortune. L’héroïne d’abord refuse, puis en arrive à ce calcul : la tantesera tuée de toute façon, alors autant être dans le bon camp pour avoir laprotection du neveu. Le comte l’embrasse et apprécie pour la première fois lefeu de l’hétérosexualité.

Deux jours plus tard, lecomte reçoit une importante rente de la part d’un oncle – la jeune femme croitalors pouvoir échapper au meurtre. Le comte tient malgré tout à tuer sa tanteau plus vite. La jeune femme prévient la marquise. Le comte devine qu’elle aessayé de le doubler et la mène à l’endroit où il l’a trouvé. Il l’attache auxquatre arbres grâce auxquels il l’avait plus tôt écartelée et envoie des chiensaffamés sur elle. Il arrête le supplice avant qu’elle ne meure, et lui suggèrede ne plus jamais paraître à Paris, car on va désormais la soupçonner dumeurtre de Mme de Bressac.

Voilà donc notre héroïnenue, désespérée, gravement blessée au milieu de la forêt. Elle marche jusqu’aupremier village, où elle est recueillie par un certain Rodin, chirurgien qui lasoigne un mois durant. Une fois rétablie, la jeune femme essaie de reprendrecontact avec le château des Bressac. Elle espère pouvoir récupérer l’argentqu’elle y avait gagné. La famille, persuadée que la jeune femme a tué leurtante, est scandalisée et refuse. La jeune femme se rapproche de Rosalie, lafille de Rodin, qui lui révèle les penchants malsains de son père : il estaussi maître d’école et il tire un violent plaisir à punir ses jeunes élèvesbrutalement. Rosalie et la jeune femme assistent à l’une de ces séances detorture. Puis Rodin rentre pour se soulager en couchant avec elles. La jeunefemme réussit à le persuader de ne pas la pénétrer, en faisant valoir sa vertu,défense qui touche Rodin.

Au fil des jours, la jeunefemme se rend compte que Rodin a prévu de tuer sa fille pour parachever uneexpérience médicale. Elle essaie de l’aider à s’échapper, mais elles se fontattraper. Rodin et son collègue frappent la jeune femme mais épargnent sarelative vertu car ils doivent garder leurs forces pour pratiquer l’opérationde Rosalie. Ils abandonnent la jeune femme dans la forêt. Elle se réfugie dansle couvent de Sainte-Marie-des-Bois, où vivent quatre ermites. Dom Sévérino, ledirecteur du couvent, accepte de l’accueillir. Elle tique quand elle se rendcompte qu’il a l’intention de la faire dormir parmi les quatre ermites. Oncomprend dès lors qu’eux aussi ont l’intention de coucher avec elle. DomSévérino essaie de la convaincre, sans succès. Ils la violent sauvagement. Puiselle assiste au viol organisé de toutes les autres jeunes femmes du couvent.Les quatre moines ont inventé les pires stratagèmes pour torturer leursvictimes. L’une d’entre elles, Omphale, lui fait, une fois cette séance desévices terminée, visiter les lieux et lui apprend à se méfier d’Ursule, l’unedes doyennes. Omphale lui détaille les règles de la vie àSainte-Marie-des-Bois, qui sont évidemment arbitraires et sadiques.

Les semaines passent,rythmées par les horreurs incessantes des quatre moines. La jeune femme décidede faire tout ce qui est en son pouvoir pour partir. Elle réussit à s’enfuir aubout de quelques jours. Fugitive, elle est terrifiée à l’idée que les moinespuissent la rattraper et se venger. Rapidement, elle est recueillie par uncertain M. de Gernande, dont elle devient la servante. Il se révèle avoir dugoût pour le sadisme et aime à répandre le sang de sa femme. La jeune femmedevient servante de Madame. Elle est chargée de veiller à sa survie, afin queMonsieur puisse continuer à la saigner quand il le souhaite. La jeune femmesent qu’elle plaît à Monsieur et essaie de le convaincre de laisser sa femmetranquille – mais Monsieur a des discours fermes sur l’absence de devoir dumari à l’égard de son épouse. La jeune femme organise l’évasion de Madame, maiselles se font prendre. Monsieur se venge. Mais alors qu’il s’apprête à tuer lajeune femme, on lui apprend que Madame a succombé à ses blessures. Notrehéroïne profite du trouble ainsi occasionné pour fuir.

Saint-Florent la retrouveet lui promet de réparer les torts qu’il lui a faits. Il s’excuse en expliquantque son goût va au dépucelage et qu’il lui faut ses deux vierges quotidiennespour être contenté. Notre héroïne est terrifiée et refuse les bontés deSaint-Florent, qui la congédie aussitôt. Dans un champ, elle trouve un hommequi a été rossé par deux cavaliers. Elle le sauve en le désaltérant et en lesoignant. L’homme est en fait un homme riche et puissant nommé Roland. Il lamène à son château. Roland finalement fait d’elle son esclave et la menaced’une mort atroce si jamais lui venait l’idée de s’échapper. Notre héroïnepasse donc ses journées enchaînée, nue, fouettée, violée, parmi d’autres femmessubissant le même sort, à faire tourner une roue.

Un soir, Roland vient lachercher et la descend dans son cachot avec l’une des autres femmes : ilaffirme que l’une des deux y restera. C’est l’autre femme qui meurt, suite auxtortures à caractère sexuel de Roland. Roland demande à notre jeune femme del’assister dans sa nouvelle extravagance : il souhaite se pendre pour connaîtrela fameuse érection-éjaculation des pendus. La jeune femme le détache àtemps ; en guise de récompense, Roland la punit. Au bout de quelques mois,la jeune femme est libérée car on vient arrêter tout le monde au château pourdes histoires de fausse monnaie, et notre héroïne est acquittée.

Dans une auberge, elleretrouve la Dubois, désormais riche et épanouie. À nouveau a lieu un débatconfrontant vice et vertu. Finalement, la Dubois propose à notre héroïne demanipuler un certain Dubreuil pour gagner de l’argent. Elle fait semblantd’accepter, mais c’est pour prévenir Dubreuil des intentions de la Dubois.C’est la Dubois qui malgré tout l’emporte car elle parvient à empoisonnerDubreuil alors qu’il s’enfuit. Valbois, ami de Dubreuil, se montre quand mêmereconnaissant envers la jeune femme et lui propose sa protection. Mais dans unmoment de calme, elle se fait capturer par la Dubois qui, pour se venger, luifait subir les persécutions de deux compagnons particulièrement abjects. Lajeune femme réussit à fuir.

Elle devient alors la servanted’une dame appelée Mme Bertrand, sur les conseils de Valbois. Mme Bertrand dèsle départ se montre revêche, et elle finit par se retourner contre notrehéroïne, en la faisant accuser d’incendie volontaire. En prison, un moine à quielle demande protection la viole – il s’avère être finalement l’un des moinesde Sainte-Marie-des-Bois. Il fuit après son forfait. Elle demande de l’aide àSaint-Florent, qui connaît M. de Cardoville, celui qui s’occupe de laprocédure. Il lui promet un entretien nocturne avec lui, en la maison del’homme en question. Saint-Florent et Cardoville la violent pendant une orgiebisexuelle. Le lendemain, Cardoville ne l’aide pas et Saint-Florent témoignecontre elle. Elle est condamnée à mort. C’est la fin de son récit.

            M.de Corville et Mme de Lorsange sont sincèrement émus. Mme de Lorsange reconnaîtdans la captive la personne de sa sœur. M. de Corville est déterminé à l’aiderdu mieux qu’il peut. Monsieur et Madame recueillent Justine, lui offrent leplus parfait confort. Justine est lavée de ses accusations, même si on n’arrivepas pour autant à attraper ses malfaiteurs.

Un jour d’orage, Justineest foudroyée et meurt aussitôt. Mme de Lorsange, qui assiste épouvantée etimpuissante à cette mort, décide de prendre le chemin de la vertu. Elle quitteM. de Corville et rentre aux carmélites où elle devient la plus vertueuse desdames.

            Leroman se clôt sur un paragraphe qui incite le lecteur à suivre le modèle qu’offreMme de Lorsange. 

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