L'Arrache-cœur

par

Critique de la psychanalyse

Dansune certaine mesure, L’Arrache-cœurest une critique de la psychanalyse. En effet, Jacquemort, le psychiatre,semble obsédé par son désir de psychanalyser – psychanalyser pour se remplirétant donné qu’il est « vide ». Mais à la moindre difficulté ou dèsqu’une contrariété se présente, Jacquemort se refuse à psychanalyser. Il nepsychanalyse pas Angel car ce dernier ne partage pas ses opinions, ni aucunautre personnage – du moins avant de se tourner vers La Gloïre. Il essaie donc depsychanalyser un chat et ensuite un chien, sans grand succès.

BorisVian semble donc n’avoir que peu de respect pour la psychanalyse et L’Arrache-cœur regorge d’occurrences oùson point de vue fait surface. Dès les premiers chapitres, le néologisme dontil se sert est éloquent : « Jen’ai pas envie de recommencer à discuter comme tout à l’heure. C’est épuisant.Et ce n’est pas mon métier. Après tout, le rôle d’un psychiatre, c’est clair.C’est de psychiatrer. ». Deplus, le psychiatre semble foncièrement incapable de reconnaître les causesprofondes des agissements de certains personnages même lorsqu’elles lui sontsimplement présentées – des causes profondes qui semblent être des parodies desconclusions auxquelles parviennent les psychiatres.

Ainsi,lorsqu’il force la nurse à s’expliquer sur ses préférences sexuelles, elleavoue que c’est parce que son père l’a ainsi éduquée. Et lorsque le personnageprincipal doit mettre en œuvre sa psychanalyse sur une femme, il cède biensouvent à sa libido, penchant qui paraît pouvoir recouvrir une critique de laplace trop importante qu’occupe la libido dans la théorie de Freud.

« Alors,demanda Jacquemort cent mètres plus loin, quand est-ce que je vouspsychanalyse ?

Elle rougit etle regarda en dessous. Ils passaient près d’une haie épaisse.

– On peut pasfaire ça maintenant, avant d’aller à la messe…, dit-elle pleine d’espoir.

Le psychiatresentit frémir sa barbe rousse en comprenant ce qu’elle comprenait et la guidad’une main ferme vers le bord du chemin. Ils disparurent derrière la haie parun étroit passage garni de ronces auxquelles Jacquemort érailla son joli complet.[…]

Tandis que lepsychiatre la besognait, il voyait la nuque courte de la fille se redresserpuis se relâcher. Comme elle était mal coiffée, quelques mèches blondess’agitaient au vent. Elle sentait fort, mais Jacquemort n’avait pas opérédepuis son arrivée à la maison et cette odeur un peu bestiale ne lui déplutpoint. Par un souci d’humanité bien compréhensible, il évita de lui faire unenfant. »

Ilfaut tout de même se demander si la démarche de Boris Vian vise à critiquerl’ensemble de la discipline, ou simplement certaines des personnes quiprétendent la pratiquer. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Critique de la psychanalyse >