L’homme pressé

par

Le personnage de Pierre

Pierre est le héros du roman : antiquaire, spécialisé dans les objets d’art et l’ameublement de la Haute époque. C’est lui, l’homme pressé. Et cet empressement permanent va tout gâcher, sa vie, celle de ses amis, de toutes les personnes qu’il rencontre.

 

Toujours dans l’action, impatient, il ne peut pas rester en place, cela en devient maladif, comme s’il était fou. « Les souliers ne sont pas plus cirés que les habits ne sont brossés, le déjeuner prêt, le bois scié ou le vin mis en bouteille. Plutôt que de le voir procéder à ces opérations en traînassant, Pierre fait son service lui-même ; Chantepie suit mollement, commente de loin, regarde passer l’éclair. Pierre tonne mais Chantepie ne l’entend pas, car il est sourd. Il vit enfermé dans sa surdité comme Pierre enfermé dans son rythme trépidant : toutes les infirmités sont des prisons. »

Il ne prend jamais de recul, toujours projeté dans une fuite en avant, il réfléchit rarement au moment présent, encore moins au passé, mais surtout à l’avenir, ce qui est positif parfois, mais qui ici prouve qu’il se fuit lui-même, ne vit pas avec lui-même, ne se supporte pas, et préfère ne jamais se poser, pour ne jamais admettre qu’il est peut être malheureux, bien qu’il se reconnaisse malade. Il se trouve une excuse il se dit « qu’il  a un don fatal : celui de la mobilité. »

 

Il semble impossible à changer, même Edwige dont il tombera amoureux, avec qui il se mariera, avec qui il fera un enfant n’y parviendra pas, c’est pourquoi ils se séparent. Pierre n’a pas autant de confiance en lui-même qu’il veut bien montrer, que ce qu’il affirme. En réalité il est fébrile, parfois hésitant, et préfère éviter de réfléchir, se convaincant lui-même qu’il fait les bons choix quoiqu’il arrive. Il n’assume ni ses amitiés, ni sa relation amoureuse, ni son rôle de père. Il consume sa propre vie, et ses relations, tous les bons moments de la vie. Il s’en rend compte, mais est comme dépendant de cet état, et donc malade. Il reconnaît cette malédiction : « une malédiction veut que je sois lancé au galop dans un univers qui trottine. »

 

La seule chose qui fera prendre conscience à Pierre de l’inestimable valeur de la vie, sera de devoir frôler la mort, lors d’un voyage aux USA suite à une crise cardiaque.  Alors qu’il sentira que sa vie est courte, il y passera peut-être de vivre ainsi et il « lèvera le pied » (ralentir). Pierre attend toujours et le temps s’écoule. On parle du temps qui s’écoule, comme s’il descendait d’une source et comme si cette source était située quelque part en amont. Quand Pierre lève la tête, on dirait qu’il cherche la fontaine qui marque le commencement de ce grand fleuve. « Ce doit être une source d’eau salée, soupire-t-il, gonflée de toutes les larmes de ceux qui ont attendu. »

 

Il voudra ainsi simplement vivre jusqu’à ce que sa fille naisse, afin de la rencontrer, comme s’il devait lui passer le témoin dans un relai dans une course. Pourtant, alors qu’il sera informé de la naissance de sa fille, de l’accouchement de Edwige, il ira à la clinique pour ensuite se raviser, se disant que cela ne sert à rien de la voir, comme si cela représentait une ultime perte de temps : « A quoi bon ? » se dit il. Alors qu’il était impatient de devenir père, il a déjà passé à autre chose et ne le désire plus, pensant déjà à l’après. 

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