L’homme pressé

par

Une course contre le temps

Ce roman présente le récit d’un homme, le « héros » du livre, Pierre Nioxe, un antiquaire parisien. Il vend plus particulièrement des antiquités de la « Haute époque » (terme de professionnels, pour désigner les meubles, les objets de décoration et d’art datant soit du moyen âge allant du VI° au XV° siècle, soit de la renaissance qui est le XVI° siècle, soit de l’époque classique du XVII° siècle). Pierre travaille dans un domaine le ramenant au temps qui passe, achetant, restaurant, et vendant des objets de diverses époques ; des objets de valeur et très anciens. Ce rapport au temps n’est pas anodin. En effet, ce roman est une course contre la montre de Pierre, qui est totalement obsédé par le fait que le temps passe, que rien ne peut l’en empêcher et que le monde continue ainsi. Il a peur de perdre son temps, de rater des choses, il a besoin de rentabiliser son temps. « On apporta le café, avec des morceaux de sucre hygiéniquement enveloppés. Pierre les jeta dans la tasse, sans les dépiauter.
– Vous êtes vraiment impossible, mon amour ! On dirait que les choses ne vous appartiennent pas, que vous les volez.

– Puisque la cellophane finira par flotter d’elle-même ! » il ne prend même pas le temps de déballer les sucres, pour les plonger dans son café, il les y jette tels quels.

 

Il mène ainsi une vie très rapide, dort peu, fait le maximum de choses, de peur de perdre un instant dans du repos ou de l’inutile. Le titre du roman se justifie ainsi : Pierre est un homme pressé dans le sens où il n’a jamais le temps, il a toujours besoin d’être en action, de faire quelque chose de son temps. Il remplit la définition littérale, de l’urgence, de celui qui doit faire vite pour passer à autre chose, et enchainer ainsi indéfiniment. Par exemple, il met ses chaussures en faisant son nœud de cravate, il met des pantalons à fermeture éclair car cela va plus vite que les boutons, tous ses gestes de la vie quotidienne sont étudiés pour ne pas gaspiller une seconde.

 

Pierre est constamment en train de faire une course face au temps, le lecteur le sent parfois tendu, dans sa gestion extrême, réglée « comme une horloge », au millimètre de tout ce qu’il fait, bien que la situation ne soit pas tenable sur le long terme, et que cela soit perdu d’avance. Il court tout le temps, sans savoir après quoi et pour quelle destination, quel point final.

 

Cette défaite contre le temps est inéluctable : Pierre, après s’être calmé reprend sa vie d’avant, et repart toujours plus vite, toujours plus pressé. Ce n’est donc pas les autres qui le feront changer ou qui l’arrêteront, c’est bel et bien son corps, ses limites physiques et donc la mort qui le guète. Il fera une crise cardiaque, un infarctus alors qu’il est en voyage aux USA, et c’est donc cela qui mettra un coup d’arrêt à son impatience, bien que cette crise cardiaque ne le tue pas : « que la moralité de cette histoire, montre l’Impatient plus souvent puni que récompensé », comme si cette mort était la punition d’un homme trop impétueux, pensant pouvoir défier le temps et la mort.

 

On sent la défaite proche, qu’est la mort, et Pierre s’en rend compte également, c’est comme un coup de semonce qui annonce la fin qui approche. Loin de vouloir se ménager et de vivre longtemps, il veut juste vivre jusqu’à ce que sa fille naisse, car il a l’impression qu’il doit lui passer le témoin, comme si la course continuait, mais qu’il avait parcouru sa distance et que sa fille devait à son tour parcourir la sienne.

 

Pierre gâche tout, sa propre vie, celle de ses amis, ses relations avec les autres comme avec Placide, et particulièrement sa vie de couple avec Edwige, ainsi que sa paternité. 

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