L’homme pressé

par

Placide

Son ami Placide est toujours aux côtés de Pierre au début du roman. Sans avoir de personnalité très marquée, il a plu à Pierre car il est serviable et représente son assistant personnel. Il est très dévoué et fait tout ce qu’il peut pour suivre ce rythme fou imposé par Pierre.

 

Mais il finira par se fatiguer, et ne voulant pas y laisser sa santé, décidera d’abandonner Pierre à son sort, seul, car il ne le supporte plus, ni lui ni son comportement et préfère ne plus vivre comme cela. Et cela donnera lieu à une dispute virulente : « – Quoi, tu n’es pas content ? fit Pierre en souriant.
– Non, non et non ! éclata Placide, trépignant. Vous façons me tuent. Sachez que j’ai failli m’évanouir d’émotion ! Je redoute les chocs. Quand vous me faites une gentillesse, c’est si brusquement que j’en suis plus fâcher que d’une amende ! Vous me réveillez en sursaut ! Vous ne me laissez pas le temps de m’habiller. Même pas le temps de dormir ou si peu que vous m’empêchez de trouver le vrai sommeil. Vous ne me laissez d’ailleurs le temps de rien ! Je suis votre souffre-douleur. Je souffre de toujours essayer de vous rattraper. J’ai besoin de vivre normalement, moi, et non pas crispé à l’arrière du convoi, dans le rôle de serre-frein. Et puisque je suis ici ce matin, contre mon gré, j’en profite pour vous dire que je romps notre association et que je m’installe à mon compte.

–          C’est sérieux ? demanda Pierre.

Il regardait, stupéfait, cet ami de quinze ans chez qui il n’apercevait plus qu’une incompréhensible animosité. Il eut envie de dire : ‘Mais qu’est-ce que je t’ai fait ?’ ne parvenant pas à comprendre qu’une simple différence dans leur tempo respectif pût charger d’un tel ressentiment l’âme de Placide.

Il s’efforça de se mettre à sa place, de se juger impartialement  qu’est-ce qu’on pouvait lui reprocher ? Un peu trop de rapidité, poussée parfois – bien rarement – jusqu’à la fébrilité. C’était un défaut, un travers plutôt, un travers charmant  tant de gens sont léthargiques, poids lourds odieux à soulever. Chez lui, tout était vitalité, envol. On devrait, au contraire, lui être reconnaissant d’accélérer les choses et de les mener si vite à bonne fin.

Placide s’était un peu calmé  il reprit froidement :

– J’ai besoin d’un climat plus tempéré que le tien  tu torréfies, et moi il faut que je mitonne. Dès ma sortie de l’École des Chartres, tu as été mon mauvais génie… »

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