L’homme pressé

par

Une personnalité qui nuit à sa vie de couple

Pierre fait une rencontre, celle des filles Boisrosé, qui descendent d’une famille « béké » (terme du patois antillais qui désigne une famille créole mais de race blanche, des descendants des colons européens). Il va tomber amoureux de Edwige, qui est la fille cadette de la famille : leurs mode de vie, leurs éducations sont opposées, leur vision de l’existence est antagoniste ; contrairement à Pierre, Edwige est paresseuse, lente, vit de manière paisible. Les deux personnages tombent amoureux, comme si leur complémentarité pouvait permettre à chacun de trouver un juste milieu.

 

Cependant, la forte personnalité de Pierre va nuire jusqu’à sa vie de couple : en effet, dans sa folie de toujours tout faire plus vite, toujours pressé. Il ne conçoit pas de patienter 9 mois pour la naissance de sa petite fille, et il demandera à sa femme d’accoucher deux mois avant la date prévue, en demandant cela à leur médecin. Il demande le déclenchement prématuré de la mise au monde du bébé, ce qui est très dangereux et pour la mère et pour l’enfant qui n’a pas fini de se développer et de grandir dans le ventre de sa mère. La petite fille pourrait naitre en mauvaise santé, voire avec un handicap. Il rend donc leurs rapports et leur vie commune invivables, et Edwige est malheureuse avec un tel mari. Pourtant, le narrateur semble presque lui trouver une excuse, qualifiant cela de passion : « L’enfant encore invisible est sans cesse présent entre eux ; expression de cet impérialisme du moi inconscient et forcené qui nous pousse à toujours étendre nos frontières de chair, il exalte Pierre, excite son impatience passionnée. »

 

Cet égoïsme et cette impatience absurdes, le poussant à exiger des choses impossibles, et cette incapacité d’attente même face à la nature vont lui nuire. Les deux personnages vont alors se séparer et divorcer, alors qu’Edwige est encore enceinte. Pierre est donc en fuite, encore une fois et gâche une situation qui aurait pu être heureuse, celle d’une vie de famille avec une femme et une fille. Il gâche ainsi l’amour et le rôle de père, qu’il n’assumera pas.

 

Alors que l’on croyait que Pierre était capable de changer, il n’en est rien, et il s’en retourne à sa folie. Il gâche tout, ce qui entraine que tout le monde le fuit, et il semble même surpris : « Pourquoi m’évite-t’on ? Pourquoi me laisse-t’on seul ? Je me croyais un feu de joie ; peut-être suis-je un incendie ? (…) Si je fuis, se dit-il, qu’est-ce que je peux bien fuir? » Arrivé au pied de cette énigme, le fugitif se voit entouré de points d’interrogation qui le retiennent comme des crochets.

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