La bataille

par

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Patrick Rambaud

Patrick Rambaud est un
écrivain français né en 1946 à
Paris. Il étudie au lycée Condorcet à Paris puis à la faculté de Nanterre, qui
vient d’être créée, où il va très peu en cours, au profit de longues virées à
la Cinémathèque. En 1970, à
vingt-quatre ans, il fonde le journal Actuel avec son cousin Michel-Antoine Burnier et Jean-François
Bizot, dans lequel il écrit quatorze années durant. Avec Burnier il écrit en
parallèle des parodies et des romans
historiques. Le Roland-Barthes sans peine par exemple, parodie parmi
d’autres publiées à la fin des années 1970 en recueils ou séparément, mime le
style contourné du critique et sémiologue éponyme, le jargon analytique, le
Barthes s’étant constitué selon les auteurs comme « langage
autonome », lequel autorise à demander par exemple : « Quelle
stipulation verrouille, clôture, organise, agence l’éco-nomie de ta pragma
comme l’occultation / exploitation de ton ek-sistence ? » pour
« Que faites-vous dans la vie ? ». Ils ont en outre parodié des
philosophes (Simone de Beauvoir), des écrivains parmi les classiques français
(Aragon, Malraux) ou des chefs d’État (Mitterrand, Charles de Gaulle).
Marguerite Duras pour sa part est aimablement rebaptisée Marguerite Duraille. Mururoa
mon amour
, pastiche d’abord paru en
1996, sera réédité par Lattès en 2010 en imitant une couverture des éditions de
Minuit. Le Journalisme sans peine, publié par les deux hommes en 1999,
fonctionne comme un recueil des clichés de la profession.

 

La Bataille, roman publié en 1997, vaut à Patrick Rambaud de
remporter le prix Goncourt et le
grand prix de l’Académie française. L’écrivain s’est proposé de reprendre un
projet abandonné de Balzac, qui désirait évoquer une bataille napoléonienne
pour ses scènes de la vie militaire. Le roman de Rambaud se concentre sur la bataille d’Essling de 1809, entre la
France et l’Autriche, qu’il s’est agi pour lui de rendre dans un tableau total comme dans ses moindres détails. La bataille est
particulière, c’est en effet la première
défaite de Napoléon
, celle qui entame une pente funeste jusqu’à la chute de
Waterloo. La lassitude des soldats
cuirassiers, voltigeurs ; Marie-Henri Beyle dit Stendhal apparaît aussi
parmi eux – y est exposée aux côtés de celles des hommes de commandement, soigneusement portraiturés (Masséna,
Lannes, Bessières), qui ont perdu leurs illusions sur Napoléon et la grandeur
de l’Empire français qui se profilait.

Il neigeait en 2000 persiste à rendre la chute de la Grande
Armée de Napoléon, cette fois au cœur de la débâcle lors de la retraite
de Russie
de 1812. À nouveau
c’est le réalisme qui prévaut, à
travers la description de la vie lors d’une campagne militaire, des destins
d’hommes et de femmes qui ont participé aux événements, l’empereur, un officier
de cavalerie, mais aussi les seconds
rôles
, les sans-grades à travers lesquels l’histoire s’écrit aussi,
manipulés par des hommes avides de
pouvoir
. On retrouve ainsi, notamment, les membres d’une troupe théâtrale. L’œuvre
apparaît comme un roman historique
solidement documenté
, sans combats cette fois, le récit restituant
l’arrivée de la Grande Armée à Moscou et le retour des survivants. La postface
vient confirmer la véracité de l’horreur de certains détails. Ce réalisme se
double d’une réflexion sur le pouvoir,
à travers le portrait d’un empereur entouré de courtisans, trop sûr de lui sans
contradicteurs.

En 2003 L’Absent
figure le troisième volet de la fin de l’Empire narrée par Rambaud. L’absent,
c’est Napoléon, qui dû s’exiler sur
l’île d’Elbe
où il doit désormais se contenter de l’étendue des pouvoirs
d’un sous-préfet. Le récit se concentre donc sur l’empire français qui
s’écroule sous l’assaut des ennemis, Paris assiégée, les hésitations de
Napoléon puis sa fuite, la frustration de ses partisans, l’humiliation que
constitue pour eux le retour de la monarchie. À nouveau ce sont les regards de personnages de second plan, fictionnels, qui prévalent.

Deux ans plus tard, en
2003, paraît L’Idiot du village, une courte fantaisie romanesque dont le
narrateur se trouve projeté dans les années
1950
, celles de son enfance, qu’il va contempler avec son regard d’adulte
des années 2000. Il devient un simple plongeur dans un restaurant des Halles,
peinant à s’intégrer dans ce monde sur lequel il est en avance, ayant connaissance
de l’avenir. Il part alors à la recherche du garçon qu’il était dans le
quartier de son enfance.

Le Chat botté en 2006 retourne à l’obsession bonapartiste de
Patrick Rambaud en retraçant, de façon particulièrement détaillée, les débuts du général corse, alors en
disgrâce en 1795, celui qui monte de
Marseille à Paris après la chute de Robespierre, écrase une émeute royaliste
pour finalement se retrouver commandant en chef de l’armée d’Italie.

Les Chroniques du règne de Nicolas Ier
s’étalent en six tomes de 2008 à
2013. Elles racontent à la façon, drôle
et cruelle, de Saint-Simon, les faits et gestes du nouveau
souverain français, « secoué en continu par des nervosités », qui ne
bouge que « par ressorts », et avance « avec une façon
personnelle de se dévisser le cou, remuant par courtes saccades ». Le
lecteur du futur ne reconnaîtra peut-être pas à cette description Nicolas Sarkozy, arrivé à la présidence
en 2007, un an avant la parution du premier tome. Tout est raconté comme si la
France vivait sous une monarchie : impératrice, dauphin, ministres du roi,
barons, marquis, tout y est et y abonde en flagorneries, jeux de pouvoir divers
et culte du moi. Le grotesque n’est
pas vraiment poussé, les faits sont simplement transformés de façon à coller à
une ambiance « Louis XIV » ; seuls des habits d’époque semblent
avoir été ajoutés, par la plume de l’auteur des fameux Mémoires. Le dernier tome, paru en 2013, un an après l’élection de
François Hollande, s’intitule Tombeau de
Nicolas Ier, avènement de François IV
.

 

Auteur prolifique, Patrick Rambaud a écrit plusieurs dizaines d’œuvres
sous son nom. En plus d’avoir été rewriter dans une maison d’édition, il a
multiplié les activités de nègre, si
bien qu’il pense avoir noirci cent mille pages. En 2008, il rejoint le jury de l’Académie Goncourt après la démission de Daniel Boulanger.

 

 

« – Tu as peur ?

– Pas encore.

– Pourtant, à te voir, tu
n’as pas l’air à l’aise.

– J’aime pas abîmer les
moissons en galopant dedans.

Lejeune avait emprunté un
cheval d’artillerie pour y monter son protégé en habit de voltigeur. Il le
regardait et dit :

– Demain, on va s’entre-tuer
au canon dans cette plaine verte. Il y aura beaucoup de rouge, et ce ne seront
pas des fleurs. Quand la guerre sera finie…

– Y en aura une autre, mon
colonel. La guerre elle ne sera jamais finie, avec l’Empereur.

– Tu as raison.

Ils tournèrent bride vers
Essling, sans se presser mais aux aguets. Lejeune se serait volontiers attardé,
avec son carnet de croquis, pour dessiner un paysage doux et sans
hommes. »

 

Patrick Rambaud, La
Bataille
, 1997

 

« L’empereur avait
enfilé un tricot de laine et il dormait sur son fauteuil pliant, les bottes sur
une chaise, sa redingote grise remontée comme une couverture. Il avait un
visage paisible. Napoléon rêvait à Bonaparte. »

 

Patrick Rambaud, L’Absent,
2003

 

« Depuis qu’il
présidait à nos destinées, Notre Universel Souverain s’était rendu à
l’évidence : il y avait des bons tyrans et des mauvais tyrans. Les bons
tyrans étaient assis sur du pétrole, du gaz ou de l’uranium. Les mauvais
n’étaient assis que sur leurs fesses. Avec les premiers on pouvait et devait
commercer follement, avec les seconds, il convenait de montrer les dents et de
leur lâcher des bombes à billes sur le museau. »

 

Patrick Rambaud, Chronique du règne de Nicolas Ier,
2008-2013

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