La bataille

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Résumé

Vienne, capitale de l’Autriche. Nous sommes en mai 1809. Une fois de plus, l’empereur Napoléon Ier fait la guerre. À qui ? Aux autrichiens, en espérant que la fragile paix qu’il a signée avec le tsar de toutes les Russies ne s’effondre pas. Les troupes françaises occupent Vienne et la bataille se prépare. Les troupes de l’archiduc Charles, le commandant en chef des forces autrichiennes, ont passé le Danube aux flots grondants et attendent l’armée de Napoléon dans la plaine, près de deux petits villages encore paisibles, Aspern et Essling.

Pour les affronter, Napoléon doit faire traverser le Danube à son armée, soit près de soixante mille hommes. Or, l’archiduc Charles a pris la précaution de détruire les ponts après son passage, afin de retarder leur Français. Napoléon examine le terrain, et choisit un point de passage : une île, la Lobau, coupe les eaux du Danube en deux. On construira deux ponts au lieu d’un long, voilà tout. Que les pontonniers se mettent au travail ! Dans quelques heures la bataille aura lieu.

Pendant ces quelques heures de préparation et les deux jours que va durer l’affrontement, des personnages profondément différents que rien n’aurait dû rassembler vont voir leurs chemins se croiser et leurs destins profondément bouleversés. On rencontre d’abord le brillant colonel Louis-François Lejeune, soldat fou d’art et de peinture, que son rôle de messager fait passer par tous les points essentiels du théâtre où se déroule le drame. Dans les salons, au bivouac et au cœur des combats, il est partout, crevant les chevaux sous lui, portant ordres et dépêches, supervisant les travaux de construction des ponts. À Vienne, il loge chez une belle jeune femme mystérieuse dont il tombe amoureux, mademoiselle Krauss. Ses yeux tout pleins d’un romantisme naissant ne voient pas que la belle est en fait une patriote autrichienne qui subit la présence de ses hôtes français en sa demeure et qui va même jusqu’à héberger un adolescent de dix-sept ans, Friedrich Staps, dont le but est, tout simplement, d’assassiner Napoléon, et qui s’en cache à peine. Parmi ses hôtes se trouve également un proche ami du colonel Lejeune, un civil nommé Henri Beyle. Personnage cocasse que ce malade chronique qui va de rhume en fièvre, qui rêve lui aussi aux doux yeux de mademoiselle Krauss, et qui ne verra le terrifiant spectacle de la bataille que de loin, à travers une longue-vue. Il tient un journal, car il aime écrire. Il écrira longtemps et beaucoup, cet Henri Beyle, sous le pseudonyme de Stendhal.

Pas de massacre sans soldats, et l’on en croise de nombreux. Des enfants, comme le jeune Vincent Paradis, pas encore sorti de l’adolescence, que le colonel Lejeune prend sous sa protection, mais cela ne suffit pas à l’éloigner du champ de bataille. Au cours du combat, son voisin et proche ami est pulvérisé par un boulet autrichien, et Vincent se retrouve couvert de cervelle et de sang. Son esprit s’en trouve dérangé, ce qui n’échappe pas au médecin militaire auprès de qui on l’emmène, l’illustre Percy. Ce dernier l’incorpore dans les troupes chargées de récupérer les effets militaires sur les soldats tués. Le joyeux Vincent, hébété, est devenu détrousseur de cadavres. Il y a des brutes aussi, comme le cuirassier Fayolle, qui ne trouve de contentement que dans le viol et la tuerie. Alors qu’il croise le regard d’une jeune paysanne autrichienne et qu’il s’apprête à violer, il la tue par mégarde, mais n’en dédaigne pas pour autant son cadavre. Ce regard va le hanter tout au long des combats où il va tuer, sabrer, massacrer, jusqu’à cette nuit qui sépare les deux jours que dure la bataille, où il se brûle la cervelle.

On rencontre des officiers aussi, et des plus illustres. On ne compte plus les colonels, les généraux, chargeant à la tête de leurs hommes, fauchés par un boulet ou le flanc percé par un biscaïen. Parmi eux, au plus fort des combats, trois maréchaux, vieux compagnons de route de Napoléon. Berthier d’abord, prince de Neufchâtel, son aide de camp, est l’indispensable rouage entre l’empereur et la formidable machine qu’il dirige. Imperturbable, fidèle et dévoué, il subit les incessantes sautes d’humeur de son maître. Et il y a les deux rivaux, qui se détestent et dont Napoléon attise la haine mutuelle, car ainsi ces deux-là ne s’uniront pas contre lui. Masséna d’abord, odieux mais prodigieux de courage physique, toujours avec ses troupes au plus fort des combats. Et il y a Lannes, lui aussi d’une bravoure inouïe, dont la présence constante parmi eux galvanise les soldats. Ces deux hommes qui connaissent l’empereur par cœur, qui le tutoient quand ils sont seuls avec lui, ces compagnons d’armes couverts d’honneurs et de titres, chargés de richesses, à la poitrine chamarrée de décorations, plongent dans la mitraille comme le plus humble de leurs fantassins parce que leur empereur leur en a donné l’ordre. D’ailleurs, le maréchal Lannes, grièvement blessé par un boulet de canon, sera amputé d’une jambe et mourra quelques jours après la bataille.

Et bien sûr, il y a Napoléon. Odieux, injuste, grossier, en un mot détestable, il irradie de ce magnétisme qui est la marque des hommes illustres. C’est cet ascendant qui pousse ses maréchaux, ses officiers, ses cavaliers, ses fantassins et ses artilleurs à se sublimer, à sacrifier leur vie à une cause qui n’est même plus patriotique ou empreinte d’idéal, mais au service exclusif d’un seul homme et de sa soif de pouvoir. De plus, son génie militaire absolu lui fait tout anticiper, tout prévoir, tout deviner. Il n’est pas un mouvement des troupes autrichiennes qu’il ne prédise, et il ne se trompe jamais.

Aussi n’est-ce pas l’archiduc Charles qui empêche sa victoire sur les troupes autrichiennes, mais le général Danube. Les eaux du fleuve emportent en effet les ponts fabriqués à la hâte, et les troupes françaises doivent regagner la rive droite, du côté de Vienne, après deux jours de combats sans merci. Quarante mille cadavres jonchent la plaine. Les deux armées ont retrouvé leurs positions d’avant la bataille, en ayant subi des pertes effroyables et équivalentes. Quarante mille morts pour un nul. Mais Napoléon n’y songe pas, il ne songe pas aux soldats brûlés vifs dans le village d’Essling, ni aux pontonniers emportés par les eaux grises et glaciales du Danube, ni aux milliers de chevaux qui agonisent, le ventre ouvert, ni aux milliers de blessés, amputés, marqués à jamais. Non. Il songe aux combats futurs en observant la position des troupes de l’archiduc Charles, au pied d’un plateau : Wagram.

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