La Chute de la maison Usher

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Résumé

La Chute de la maison Usher est une nouvelle fantastique écrite par Edgar Allan Poe en 1884, publiée dans le recueil des Nouvelles Histoires Extraordinaires. Maître de l’atmosphère fantastique et des récits ambigus, Poe esquisse dans ce récit une étrange lignée familiale isolée et confrontée à la maladie et à la folie.

Le narrateur raconte son arrivée face à la maison Usher : à cheval, il contemple le paysage qui l’entoure et ne peut s’empêcher de frissonner : « Je ne sais comment cela se fit, — mais, au premier coup d’œil que je jetai sur le bâtiment, un sentiment d’insupportable tristesse pénétra mon âme. »

Les premières lignes sont consacrées à la description de la maison ténébreuse et délabrée. Le narrateur tente de se convaincre que l’impression de surnaturel qu’il ressent, d’effroi caché, ne provient que de l’accumulation de détails macabres (arbres sinistres, fenêtres comme des yeux, etc.) Le propriétaire de la maison, Roderick Usher, est un ancien camarade d’enfance du narrateur. Ils ne se sont pas vus depuis longtemps mais à la réception d’une lettre nerveuse parlant d’une maladie physique et d’une affection mentale oppressante, R. Usher demande au narrateur de venir le voir pour soulager son mal en tant que son seul et véritable ami.

Le narrateur tente de rassembler ses souvenirs sur son ancien camarade : il appartient à une famille ancienne, il est très sensible et charitable. Particularité de la famille : elle ne s’est perpétuée qu’en ligne directe, de père en fils, depuis de nombreuses générations, ce qui vaut l’appellation de « maison Usher » à la demeure familiale.

En regardant le reflet de la maison dans l’étang, le narrateur se persuade que ce n’est que son imagination qui lui a donné l’impression d’une atmosphère fantastique et malsaine, d’« une vapeur mystérieuse et pestilentielle, à peine visible, lourde, paresseuse et d’une couleur plombée. » Se forçant à revenir à la réalité et à observer objectivement la maison, le narrateur la décrit comme « une excessive antiquité » et constate un état général de « vaste délabrement » avec notamment une grande fissure allant du toit aux fondations de la demeure, se perdant dans les eaux de l’étang.

En arrivant dans la maison, alors qu’il est guidé par un domestique jusqu’au cabinet de Roderick Usher, le narrateur remarque à nouveau de nombreux détails morbides qui le font frissonner (« les sculptures des plafonds, les sombres tapisseries des murs, la noirceur d’ébène des parquets et les fantasmagoriques trophées armoriaux qui bruissaient ») Il croise également sur le chemin le médecin de famille qui ne lui adresse pas la parole et semble quelque peu suspect.

Arrivé dans la chambre d’Usher (très assombrie par les vitraux, la décoration) le narrateur trouve qu’« Un air de mélancolie âpre, profonde, incurable, planait sur tout et pénétrait tout. » Il est accueilli chaleureusement par Usher, mais l’homme a changé physiquement depuis leur dernière rencontre : il ressemble désormais plus à un cadavre qu’à un homme. Le narrateur détaille longuement le visage et la physionomie de son ami, devenu quasiment un spectre. Après ce choc physique, le narrateur remarque une « excessive agitation nerveuse » dans la voix et les gestes de son ami.

Le texte ne présente aucun dialogue direct, tout est raconté au discours indirect par le narrateur. On apprend que la maladie d’Usher se traduit par « une foule de sensations extranaturelles » (il ne peut manger que certains aliments, est allergique à beaucoup de tissus, ne supporte pas l’odeur des fleurs ainsi que certains sons) – il craint énormément toutes les conséquences de cette maladie et il est certain d’en mourir : « Je mourrai, – dit-il, – il faut que je meure de cette déplorable folie. »

Le narrateur apprend également qu’Usher est victime de superstitions concernant sa maison : son état de délabrement semble avoir influé sur le moral de son ami et l’a rendu fortement mélancolique. Mélancolie augmentée par la perspective de la mort prochaine de sa sœur, Lady Madeline Usher. À sa mort, Roderick sera le seul restant de la lignée – « Sa mort, – dit-il avec une amertume que je n’oublierai jamais, – me laissera moi, le frêle et le désespéré, dernier de l’antique race des Usher. »

Pendant leur conversation, Lady Madeline passe tel un fantôme dans la pièce, sans un mot. Le narrateur explique alors quelle est sa maladie : « une apathie fixe, un épuisement graduel de la personne » avec des épisodes de catalepsie très étrange. Le narrateur comprend qu’il ne la reverra sûrement plus vivante après ce soir, tant son mal la ronge.

Pendant les jours suivants, Usher et le narrateur ne parlent pas de Lady Madeline, mais l’ami tente de rassurer Usher et de le soulager un peu ; ils peignent et lisent ensemble, ou font de la musique. Le narrateur remarque qu’« une terreur intense et irrésistible » se ressent dans les peintures de Roderick Usher et que celui-ci a pleinement conscience de son état, voire de sa folie prochaine, et les livres qu’il lit le conforte dans cette vision pessimiste et surnaturelle de son existence : « le Vert-Vert et la Chartreuse, de Gresset ; le Belphégor, de Machiavel ; les Merveilles du Ciel et de l’Enfer, de Swedenborg ; le Voyage souterrain de Nicholas Klim, par Holberg ; la Chiromancie, de Robert Flud, de Jean d’Indaginé et de De la Chambre ; le Voyage dans le Bleu, de Tiech, et la Cité du Soleil, de Campanella. »

Un soir, soudainement, Usher annonce à son invité que Lady Madeline est morte, mais qu’il compte conserver son corps quinze jours avant de l’enterrer, au cas où il s’agirait encore d’une crise de catalepsie. Les deux hommes descendent eux-mêmes le corps dans le caveau de famille, endroit macabre et fermé par une lourde porte en fer – « Nous déposâmes donc notre fardeau funèbre sur des tréteaux dans cette région d’horreur. » Avant de partir, les deux hommes contemplent la défunte et le narrateur remarque la ressemblance frappante entre Roderick et Madeline. Celle-ci, bien que morte, semble garder une légère coloration des joues, des lèvres et de la poitrine. Ils vissent le cercueil et repartent dans leurs appartements.

Cependant les jours suivants Roderick se montre bien plus anxieux que d’habitude, et le narrateur a la sensation qu’il lui cache un secret, ou bien qu’il devient complètement fou. Ses réactions sont si étranges et son comportement si inhabituel que le narrateur se sent contaminé par son inquiétude, il écrit : « Je sentais se glisser en moi, par une gradation lente mais sûre, l’étrange influence de ses superstitions fantastiques et contagieuses. » Un soir particulièrement, le narrateur ne parvient pas à s’endormir et la terreur le gagne sans raison particulière si ce n’est l’atmosphère mélancolique des lieux. Il s’habille, persuadé qu’il ne pourra pas dormir, et croise Usher dans le couloir, la mine aussi cadavérique que lui, avec dans les yeux une « hilarité insensée ». Usher l’attire à la fenêtre et lui montre les effets de l’orage : des tourbillons sont descendus étrangement bas, jusque tout près des bâtiments de la maison Usher. Les masses soulevées par le vent semblent envelopper la maison dans un « linceul presque lumineux » et le narrateur éloigne son ami de la fenêtre pour ne pas attiser sa folie.

Le narrateur se met en tête de changer les idées d’Usher en lui lisant des passages de Mad Trist, roman de Sir Launcelot Canning. Arrivé au passage où le chevalier fend du bois avec son arme, le narrateur semble entendre le même bruit dans la demeure. Il n’y prête pas attention et continue sa lecture, jusqu’au moment où le chevalier de l’histoire tue un dragon qui pousse en mourant un grand cri. Aussitôt ce passage lu résonne dans le château : « un son affaibli et comme lointain, mais âpre, prolongé, singulièrement perçant et grinçant » qui terrorise le narrateur. Poursuivant quand même sa lecture, c’est alors un son métallique qui survient. Usher, totalement paralysé par l’effroi (ou la folie, nous ignorons quelle explication est la bonne) parvient à dire à son ami qu’il est persuadé d’avoir mise en bière sa sœur encore vivante, et qu’elle vient pour le rechercher, que les bruits n’étaient que l’écho de son retour dans le château – « la porte de l’ermite enfoncée, et le râle du dragon, et le retentissement du bouclier ! — Dites plutôt le bruit de sa bière, et le grincement des gonds de fer de sa prison, et son affreuse lutte dans le vestibule de cuivre ? » En effet, Madeline apparaît l’instant d’après dans l’encadrement de la porte, enveloppée dans son suaire : « il y avait du sang sur ses vêtements blancs, et toute sa personne amaigrie portait les traces évidentes de quelque horrible lutte. » Elle tombe lourdement sur son frère et ils s’effondrent tous deux à terre.

Frappé d’horreur, le narrateur s’enfuit de la pièce puis du manoir. Sur la route, un jaillissement de lumière le fait se retourner : il s’agit de celle de la lune qui a pénétré la fissure qui allait du toit aux fondations du manoir, maintenant élargie comme un gouffre. Le texte se termine sur l’image du manoir entier s’effondrant dans les eaux glacées de l’étang, totalement détruit par la tempête.

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