La Chute de la maison Usher

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L’importance de La Chute de la maison Usher

La Chute de la maison Usher est d’une grande importance, non pas seulement en tant que texte central des œuvres en prose de Poe, mais comme origine d’un des grands styles de l’écriture américaine, le « southern gothic » (gothique du Sud).

Bien que le récit se passe évidemment dans une Europe imaginaire, où des maisons se bâtissent sur d’anciens donjons, il n’y a rien d’assez spécifique pour qu’on puisse le localiser précisément. Et comme Poe replace l’intérêt sur l’atmosphère et la psychologie, il découvre une façon d’écrire un gothique américain. Le gothique européen repose beaucoup sur la longue histoire européenne : la présence de ruines et de châteaux, comme on n’en trouve pas aux États-Unis. Adapter un style renouant ainsi avec une histoire qui ne forme pas une base à l’identité du lecteur est évidemment difficile. Les légendes de l’histoire américaine ont toujours été optimistes : les pèlerins venant chercher refuge et liberté religieuse, la lutte pour la liberté, etc. Il n’y a pas assez d’histoire, et pas assez d’historique macabre, pour donner un fondement à une écriture nationale gothique. Ce ne sera que bien plus tard que l’expérience des noirs ou des Indiens d’Amérique acquerra droit de cité, permettant aux Américains de reconnaître les taches sur leur histoire, et amènera une culpabilité sur laquelle méditer. En 1840, quand paraît La Chute de la maison Usher, tout cela est encore bien lointain, et il faut donc trouver une nouvelle façon de terrifier les lecteurs. Les écrits de Poe deviendront donc le pivot permettant l’assimilation du genre gothique à l’expérience américaine.

« Le caveau dans lequel nous le déposâmes – et qui était resté fermé depuis si longtemps que nos torches, à moitié étouffées dans cette atmosphère suffocante, ne nous permettaient guère d’examiner les lieux – était petit, humide, et n’offrait aucune voie à la lumière du jour »

Un quart de siècle après la parution du récit, quinze ans après la mort de Poe, la Guerre de Sécession aura fait chuter l’ascendance quasi aristocratique des états du Sud. De cette chute naîtra le « southern gothic », car elle donne aux États-Unis un équivalent aux châteaux et ruines de l’Europe, et à ses familles aristocratiques. Les propriétaires de plantations soudainement ruinés par la libération des esclaves se prêteront admirablement aux nécessités gothiques. On peut en faire des maîtres sadiques torturant des esclaves, ou les descendants de ceux-ci rongés par la culpabilité, leur donner des bâtards mulâtres, en faire des incestueux, le tout dans un décor de plantations ruinées sur lesquelles la nature reprend lentement ses droits. On trouve facilement des fantômes dans de telles conditions, où le passé pèse. Les auteurs retrouveront l’atmosphère inquiétante de Poe et, se souvenant qu’il était du Sud, le prendront comme modèle.

On peut aisément voir comment La Chute de la maison Usher s’adapte à ce style. Les récits de Poe – et surtout celui-ci, qui est le moins rattaché à un monde réel et qui peut donc se passer n’importe où – engendrent toute une lignée, dont le sommet est sans doute William Faulkner, mais qui inclut des œuvres aussi diverses qu’Ainsi en emporte le vent, de Margaret Mitchell, et les Chroniques des vampires d’Anne Rice.

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