La Chute de la maison Usher

par

La multiplicité des interprétations possibles

Il y a donc au moins cinq interprétations possibles concernant le narrateur de La Chute de la maison Usher, comme suit :

 

1. Les choses sont telles qu’elles se présentent, sans qu’il n’y ait besoin de surnaturel. Le narrateur visite son ami Usher, nerveux et hypochondriaque, qui par erreur enterre sa sœur Madeline, tombée en catalepsie. Elle sort de son tombeau, et le narrateur s’enfuit juste avant que la violence de la tempête ne cause la ruine de la maison.

 

2. Les choses sont telles qu’elles se présentent, mais c’est Usher qui a raison : une influence maligne qui plane toujours sur la famille Usher est responsable de tout ce qui se présente. Très possiblement Madeline est en effet morte, mais l’esprit de la malédiction en a pris possession pour consommer son œuvre.

 

3. Le narrateur est le double surnaturel d’Usher, version corporelle de l’influence maligne dont Roderick a peur, sans le savoir. Il est responsable de la mort de Madeline autant que de l’affaiblissement de Roderick et de la maison ; par une connexion surnaturelle il rappelle Madeline du tombeau, ou alors elle n’est en effet pas morte mais seulement vampirisée, et cela achève Roderick.

 

4. Le narrateur n’existe pas ; l’esprit de Roderick s’est scindée, et son côté rationnel observe son côté irrationnel. À cette différence près, les choses se passent comme elles se présentent, mise à part la mort de Roderick, qui représente son évasion de son héritage.

 

5. Le narrateur a tout inventé ; Roderick, Madeline et la maison sont des concrétisations de son intérieur mental, et l’histoire dramatise une lutte ou un cauchemar intérieur, à la fin de laquelle il réussit à laisser derrière lui les femmes et la famille, même s’il ne pourra les oublier.

 

Sans doute serait-il possible d’étendre la liste ; les deux dernières interprétations surtout sont susceptibles de variations qui étendent les possibilités – par exemple, le narrateur pourrait bien être Roderick qui a inventé tout le reste ; Madeline et la maison pourraient symboliser autre chose que la domesticité et les devoirs familiaux. Ou, mélangeant les options 3 et 4, on peut décider que le narrateur est la concrétisation non pas d’une influence maligne, mais des désirs de liberté ou de mort de Roderick. Les possibilités sont presque sans fin, surtout que ces cinq niveaux ne parlent que du narrateur et laissent de côté les interprétations possibles des événements eux-mêmes – ces questions d’inceste ou de meurtre que nous avons pris en considération. C’est cet enchevêtrement de différents niveaux auxquels on peut choisir de lire le récit qui fait son intérêt et sa modernité continue. La Chute de la maison Usher paraît être un texte simple, mais Poe ne donne pas au lecteur le choix de ne pas y penser.

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