La Curée

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La Curée, ou Phèdre sous Badinguet : l'inceste

Phèdre, pièce de Racine, est un classique du théâtrefrançais. La pièce raconte les amours incestueuses d’Hippolyte, fils de Thésée,et de l’épouse de ce dernier, Phèdre. La pièce et La Curée partagent cethème de l’inceste, amour interdit qui ne peut connaître d’heureuse issue etqui place les coupables au ban de la société. Zola sous-titre son roman Phèdresous Badinguet, éclairant l’œuvre d’une lumière à la fois tragique etquelque peu ridicule : Badinguet est le surnom qui fut donné à NapoléonIII par ses opposants. Phèdre sous Napoléon, voilà qui aurait sonné fortet annoncé une tragédie pleine de grandeur. Remplacer le nom du souverain parson surnom sonore et peu glorieux enlève à la tragédie de La Curée toutechance de toucher à la grandeur. L’histoire sera sordide avant d’être tragique.

Au début du roman, Renée a presque trente ans,Maxime en a vingt. Leur camaraderie trouble est le terreau de l’inceste, etc’est presque par hasard qu’ils glissent dans ce péché, lors d’une soirée oùRenée cherche à tromper son ennui. C’est elle qui en a l’initiative, Maxime selaisse faire, comme toujours : « l’idée de posséder Renée ne luiétait jamais nettement venue. Il l’avait effleurée de tout son vice sans ladésirer réellement. […] Il glissa jusqu’à sa couche sans le vouloir, sans leprévoir. » Tout au long de leur relation, c’est elle qui prendl’initiative et les décisions. Renée vit cet amour interdit avec un doubleplaisir : l’inceste et le fait qu’elle le vive avec Maxime, une « créatureoù le sexe hésitait toujours ». Elle meuble son ennui par ce péchédélicieux et toxique.

Cependant,l’âme tourmentée de Renée n’est pas insensible : quand le couple assiste àune représentation de la Phèdre de Corneille, la similarité des situationstrouble profondément la jeune femme qui s’identifie au personnage de Phèdre.Pour sa part, Maxime regarde la pièce avec une parfaite indifférence. Seul sonplaisir lui importe. C’est pourquoi la lente chute de Renée dans le tourbillonde la folie inquiète Maxime qui tente de se séparer d’elle, en vain :c’est elle qui décide et il n’a pas le courage de l’affronter. Plus tard,l’inceste est révélé. Renée attend de cette révélation quelque bouleversementtant la transgression est grande. Mais c’est compter sans la bassesse despersonnages : Saccard jette le voile sur la faute de sa femme et son fils,pourvu qu’il puisse mettre la main sur les terrains de Renée. Quant à Maxime,il n’a pas même assez de personnalité pour ressentir de la honte ou duremords : il épouse tranquillement Louise, qui elle-même est au courant del’idylle scandaleuse, et ne dit rien. La fin du roman voit le père et le filsmarcher bras dessus bras dessous, et Renée n’a plus qu’à mourir, sans même lepanache du suicide de la Phèdre de Racine. Décidément, sous Badinguet, même lesplus grandes fautes sont devenues petites. 

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