La Curée

par

Renée Saccard

L’épouse d’Aristide a presque trente ans.C’est une femme superbe, que son mari couvre de bijoux et exhibe comme untrophée. Elle a épousé son mari à cause d’une sordide aventure : victimed’un viol quand elle a dix-sept ans, elle est enceinte et doit absolument semarier afin d’effacer ce qui est considéré, à son époque, comme une honte.Cette jeune victime, fille d’un père lugubre et élevée dans une institutionreligieuse, épouse donc le laid Aristide, bien plus âgé qu’elle.

Au début du roman, les époux ne font que secroiser. Ils n’ont pas de rapports conjugaux. Aristide la traite avec grandecourtoisie mais la dépouille lentement de sa richesse personnelle, avec scienceet patience. Il étourdit la jeune femme par des largesses qui lui ferment lesyeux, tandis qu’il la dépossède de ses biens et la rend complice de sesspéculations : « Elle était une associée, une complice sans lesavoir. Un nouvel attelage, une toilette de deux mille écus, une complaisancepour quelque amant facilitèrent, décidèrent souvent ses plus heureusesaffaires. » Renée s’ennuie dans sa vie de souveraine : elle a tout ceque l’argent peut acheter, mais elle s’ennuie.

Elle a eu des amants de passage, sans passion,sans frisson. Aussi l’attirance quelle ressent pour son beau-fils Maximeéveille-t-elle enfin une flamme en elle, flamme qui va grandir et tout dévorer.En effet, derrière sa mine « de garçon impertinent » sommeille unenévrose qui va tourner en psychose et tout détruire sur son passage. La liaisonavec Maxime donne enfin à sa triste vie le piment qui lui manquait cruellement.Dans le même temps, elle poursuit ses dépenses insensées en parfums et toilettes :ses robes sont conçues par l’illustre Worms (personnage inspiré du couturierWorth, inventeur de la haute-couture et couturier des princes) auquel elle doitdes fortunes. La liaison devient plus ardente (ce qui effraye Maxime), lesdépenses folles se succèdent. Et en même temps, Saccard attend son heure. Illaisse son épouse creuser la dette afin de mieux la dominer et faire pressionsur elle. Quand il a besoin des terrains que Renée possède en propre, il décidede se rapprocher d’elle et reprend des relations à peine entamées lors de leurmariage. Avoir des rapports conjugaux répugne à Renée et lui fait honte. Ellene cède que par nécessité : elle a besoin d’argent.

Rien ni personne ne peut arrêter le galop quimène Renée à sa perte. Son attitude est celle d’une malade mentale qui sombredans une folie autodestructrice. Elle est honnête malgré son apparenteamoralité : l’indifférence de Saccard devant l’inceste, ainsi que lamollesse de Maxime qui se laisse marier à Louise la révoltent. La fin du romanla voit au Bois, regardant les riches personnages qui peuplent son monde :elle sait tout d’eux, elle connaît leurs secrets, leurs fautes, leurssouillures. Mais ce monde pourri parade sous le soleil parisien, tandis qu’uneterrible amertume envahit Renée, qui songe avec désespoir à l’innocence de sonenfance, innocence qu’un homme lui a volée en la violentant. Renée est unevictime : le point de départ de sa chute est un viol. Elle meurt quelquesmois plus tard d’une fièvre cérébrale, écrasée de dettes, seule.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Renée Saccard >