La Double Inconstance

par

Arlequin

L’amant de Silvia est un homme modeste. Il ne se soucie « ni d’honneurs, ni de richesses, ni de belles maisons, ni de magnificence, ni de crédit, ni d’équipages. » (Acte I, Scène 4). Ce fort trait de caractère rend la tâche difficile à Trivelin qui essaie en vain de l’amadouer avec les richesses du palais que le Prince serait prêt à lui offrir contre un renoncement à Silvia.

Aussi, Arlequin a la mentalité typique d’un paysan : tout ce dont il a besoin c’est son pain quotidien, rien de plus. Le nécessaire prime sur tout, et au-delà tout devient superflu : « fait-on autre chose dans sa maison que s’asseoir, prendre ses repas et se coucher ? Eh bien, avec un bon lit, une bonne table, une douzaine de chaises de paille, ne suis-je pas bien meublé ? N’ai-je pas toutes mes commodités ? ». Marivaux rajoute même quelque barbarie à son personnage ; vers la fin de la neuvième scène du premier acte, Arlequin, qui ne supporte pas d’être suivi par les valets envoyés par le Prince – forme d’« honneurs » qu’il honnit –, irrité, se retourne et commence à frapper d’un bâton Trivelin, et par la suite les valets.

Il serait impossible de compléter l’analyse de ce personnage sans évoquer son amour pour Silvia – pur, véritable, et affectionné. Il la cajole et l’enrobe de petits noms : « Mamour », « ma mie », « petit cœur » (Acte I, Scène 12) ; il a peur d’être séparé d’elle autant qu’elle, et il s’obstine à l’aimer face aux offres de Trivelin qui veut échanger des richesses contre l’amour de Silvia pour le Prince : « Le cœur de Silvia est un morceau encore plus friand que tout cela. » Mais au fil de la pièce, l’amitié nouvelle d’Arlequin avec Flaminia devient préjudiciable à son amour pour Silvia, et petit à petit il commence à s’éprendre de cette jeune fille d’officier du palais. Son discours envers elle commence à changer : « il est fâcheux que j’aime Silvia, sans cela je vous donnerais de bon cœur la ressemblance de votre amant. » (Acte II, scène 6). L’ultime preuve de sa nouvelle passion pour Flaminia se manifeste lorsque l’orgueil d’Arlequin est piqué après qu’il entend un seigneur suggérer de donner la main de Flaminia à un de ses cousins. Mais tout cela fait partie intégrante du plan de la Cour princière pour évaluer la situation des sentiments d’Arlequin. 

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