La Double Inconstance

par

Le regard de Marivaux sur la royauté et la Cour

Dans La Double Inconstance, Marivaux présente deux aspects particuliers de la royauté :

Premièrement, le roi a, fondamentalement, tous les droits : « s’il le veut, il le peut ». Marivaux montre ici le pouvoir octroyé aux personnes de descendance royale et leur emprise sur le destin d’autrui, leur pouvoir d’utiliser cette emprise pour satisfaire leurs désirs. Et c’est contre cette philosophie que Silvia se rebelle, car elle pense qu’en tant que personne, il est de son droit de donner son accord à quelque décision que ce soit qui concerne son destin : « mais point du tout, il m’aime, crac, il m’enlève, sans me demander si je le trouverai bon. […] Force-t-on les gens à recevoir des présents malgré eux ? » (Acte I, Scène 1).

Les courtisans, dont le Seigneur est une caricature, sont également pris pour cible par Arlequin. Ce dernier ne perd pas une occasion de souligner leur hypocrisie : révérences, « compliments » ou « témoignages d’estime » ne sont pour eux qu’un moyen de s’élever dans la hiérarchie sociale, en obtenant les faveurs du souverain. Au cours de sa première intervention (Acte I, Scène 7), le Seigneur prodigue à Arlequin quelques conseils pour réussir à la Cour : il faut en toutes choses être « agréable au Prince ». Amitié, souplesse et flatteries envers les puissants, médisance agressive envers les envieux : telles sont les lois du courtisan. Un être « sans malice » n’y parviendrait pas.

Trivelin souligne l’association entre le pouvoir royal et les richesses qui viennent avec pour tenter de convaincre Silvia que la vie royale qui s’ouvre devant elle si elle décide d’épouser le Prince a beaucoup plus à lui offrir que son amour pour Arlequin : « Voyez les honneurs qu’il vous fait rendre, le nombre de femmes qui sont à votre suite, les amusements qu’on tâche de vous procurer par ses ordres. […] ouvrez les yeux, voyez votre fortune, et profitez de ses faveurs. »(Acte I, Scène 1). Ici c’est l’hypothèse d’une vie sans amour, ou d’un amour qui peut être acheté contre des richesses qui est avancé.

À ces égards, La Double Inconstance peut être lue comme une dénonciation des abus du pouvoir et de la corruption de la Cour. Le Prince, qui est l’être le plus puissant du royaume, entend coûte que coûte satisfaire ses désirs. Qu’il se refuse à « user de violence » n’y change rien : tout est mis en œuvre pour que le plus fort gagne. La Double Inconstance est « l’histoire d’une exaction », d’un complot tramé par les puissants de la Cour contre deux villageois sans défense. Une jeune fille est enlevée contre son gré, un couple est brisé, des courtisans sans vergogne tentent de corrompre deux esprits ingénus, mais qu’importe : dans cet univers impitoyable, seuls comptent les intérêts supérieurs du Prince !

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