La gloire de mon père

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Marcel Pagnol

Marcel
Pagnol est un écrivain et cinéaste français né à Aubagne (Bouches-du-Rhône) en
1895 et mort à Paris en 1974. Il est principalement connu pour ses pièces de
théâtre émouvantes aux dialogues savoureux, et pour avoir su retranscrire ses
souvenirs d’enfance en Provence dans des récits populaires.

Il est
issu d’un milieu simple : son père est instituteur, sa mère couturière. Le
jeune Marcel grandit à Marseille mais profite de longs séjours dans une villa
en périphérie de la ville, au milieu des collines, qui offrira le décor à
plusieurs de ses œuvres à venir.

Il fait
ses études, brillamment, au lycée Thiers de Marseille. Il s’y montre déjà
intéressé par la littérature et publie des poèmes dans la revue Massilia. À quatorze ans, il a pour
compagnon Albert Cohen, qui étudie au même lycée. Il obtient son baccalauréat
de philosophie en 1913 et part étudier les lettres à la faculté d’Aix-en-Provence.
Là, il fonde avec des khâgneux, dont le futur écrivain Jean Ballard, la revue Fortunio, devenue ensuite Les Cahiers du Sud. Il y collabore en
donnant des poèmes et son premier roman.

Lors de
la Première Guerre mondiale, il est mobilisé dans l’infanterie puis rapidement
réformé début 1915. Il peut donc obtenir cette année-là une licence d’anglais
et il devient répétiteur dans plusieurs collèges de villes méridionales. En
1922, alors qu’il est à Marseille, il commence à écrire des tragédies en vers.
Il monte finalement à Paris en 1925 où il enseigne l’anglais au lycée Condorcet
et s’introduit dans les milieux littéraires, notamment par le biais de Paul
Nivoix.

Marcel
Pagnol commence à faire représenter des pièces ; Les Marchands de gloire, pièce écrite avec Paul Nivoix, est
représentée en 1925 au Théâtre de la Madeleine. Elle met en scène un père qui
bâtit sa carrière politique imprégnée de militarisme sur la gloire de son fils
mort au combat, jusqu’à la réapparition de celui-ci. La pièce ne connaît pas le
succès. Il donne ensuite au théâtre des Arts la pièce Jazz, dont le protagoniste est un professeur de grec qui,
confrontée à une chaire en Sorbonne qui se dérobe, réalise la vanité de l’étude
– thème important de l’œuvre – et redécouvre le sens du carpe diem, notamment à travers une passion pour une étudiante et
des confrontations avec le jeune homme qu’il fut. Ces deux pièces relèvent du
théâtre de mœurs ou de situations, qui ne correspond pas à l’écrivain que
Pagnol deviendra. Il se sentira plus à l’aise dans la peinture des caractères –
une peinture vigoureuse et tendre, laissant leur place aux ambiguïtés – telle
qu’elle apparaîtra dans ses prochaines pièces. Il dira même : « Si
j’avais été peintre je n’aurais fait que des portraits. »

Pagnol
quitte l’Éducation nationale en 1927. L’année d’après, c’est finalement Topaze, pièce donnée au théâtre des
Variétés, qui lui fait rencontrer le succès. Le personnage éponyme est un
professeur de morale parfaitement intègre au début de la pièce ; il finira
comme un arriviste de la pire espèce après être devenu l’homme de paille du
conseiller municipal Castel-Bénac. Topaze, qui lui a pris sa maîtresse Suzy,
triomphant, finit par voir en l’argent « la forme moderne du
pouvoir ».

En 1929,
le succès est toujours au rendez-vous avec la pièce Marius, première partie de la trilogie marseillaise de Pagnol représentée
au théâtre de Paris. Elle met en scène les acteurs Raimu, Fresnay et Charpin dans
le cadre du Vieux-Port de Marseille. Marius est le fils de César, un limonadier
dont il est censé reprendre le commerce. Il aime Fanny, une marchande de
coquillages. Celle-ci est bien consciente du désir d’aventures qui taraude
Marius, et elle le pousse finalement à partir sans qu’ils ne se soient mariés.
La pièce se termine sur un coup de sifflet du bateau qui emmène Marius. Elle
est remarquable par son style emporté, jovial, mélancolique ; elle oscille
entre la tragédie et la comédie, engage à pleurer comme à rire. Certaines
scènes, qui ne font pas progresser l’intrigue, sont écrites simplement pour le
plaisir des dialogues. La pièce sera portée à l’écran deux ans plus tard par
Alexander Korda. Pagnol a obtenu que les comédiens de la pièce soient
conservés, et le film devient l’un des premiers films parlants à succès
français ; il réussit même à l’étranger. Deux ans plus tôt, Pagnol avait
été bouleversé par la projection d’un film parlant à Londres et avait décidé de
se consacrer à cet art.

Dans le deuxième volet, Fanny, pièce créée fin 1931, Marius revient guéri de son envie de
lointain, mais il retrouve Fanny mariée au vieux Panisse. Elle a un enfant de son
premier amour, mais César lui-même écarte son fils de lui et de Fanny, pour le
bien de l’enfant. L’adaptation cinématographique sera cette fois signée par Marc
Allégret. Marcel Pagnol ne dirigera que le troisième film, César, qui sort en 1936. La pièce qui l’adapte ne sera créée qu’en
1946 au Théâtre des Variétés. Le fils de Marius, Césariot, y découvre qui est
son père biologique, qu’il va rencontrer à Toulon pour faire sa connaissance.
Comprenant que ses parents ont sacrifié leur amour pour lui, il œuvre avec son
grand-père à leur réunion.

Marcel Pagnol, devenu riche, avait dans l’intervalle fondé
en 1932 sa société de production cinématographique, et en 1933 la revue Les Cahiers du film, pour y défendre ses
théories sur le cinéma. Son sens du récit et des dialogues réunissent les
qualités voulues chez un bon scénariste. Il adaptera notamment au grand écran des
romans de Giono. Sa dernière œuvre pour le cinéma est une adaptation des Lettres de mon moulin (1954) sous la
forme de plusieurs sketches.

En 1946, le conflit mondial ayant laissé de nombreux
sièges vacants, il est un des six nouveaux membres reçus à l’Académie
française. Il assure quelques traductions : Le Songe d’une nuit d’été en 1944, Hamlet en 1947 – qu’il fait jouer huit ans plus tard au festival
d’Angers –, les Bucoliques de Virgile
en 1958. Il termine en 1951 le scénario de Manon
des sources 
; le film connaîtra un accueil mitigé.

Alors qu’il avait fait une incursion du côté du roman
en 1921 avec Le Mariage de Peluque,
réédité en 1932 en tant que Pirouettes,
Marcel Pagnol publie ses Souvenirs
d’enfance
à partir de 1957, peuplés des petites gens de Provence, des
villages et des collines de l’est de Marseille. La Gloire de mon père, le premier volume, qui connaît un succès
fulgurant, présente les personnages de sa famille : son père instituteur,
fervent laïque, républicain, sa mère Augustine, morte alors qu’il est
adolescent et restée dans son esprit toujours jeune, etc. On y suit la
découverte des mots par l’auteur et celle de la littérature. Le Château de ma mère en 1959 montre le
jeune Marcel posant des pièges dans la garrigue avec son ami Lili des Bellons, ainsi
que « rabatteur et chien rapporteur » de son père et de son oncle,
puis atteint par la mort de trois proches. Le
Temps des secrets
, le troisième tome, rapporte les premiers émois
sentimentaux du garçon auprès d’Isabelle, et son entrée au lycée Thiers. Le Temps des amours paru posthumément en
1977 a été laissé inachevé ; ce volume tourne surtout autour des souvenirs
de lycéen de l’auteur.

En 1963, Pagnol livre encore L’Eau des collines, composé de deux tomes : Jean de Florette et Manon des sources, qui développent l’histoire de son scénario de
1951. Le premier retrace l’histoire du père de Manon alors qu’elle est enfant. Claude
Berri les adaptera en 1986 au cinéma.

C’est d’abord grâce au cinéma que Marcel Pagnol s’est
largement fait connaître et a pu rapidement diffuser son œuvre. Son statut
d’homme d’affaires, sa réussite ont pu le desservir eu égard à la considération
accordée à l’homme de lettres. Il est pourtant désormais célébré comme un grand
portraitiste, ayant laissé à la postérité des personnages marquants, et un
écrivain aux qualités de conteur reconnues. Bertrand Poirot-Delpech parle de
lui en ces termes : « Il entrait du soulagement dans le triomphe
réservé il y a vingt ans aux mémoires de Pagnol. Enfin un créateur qui ne
rougissait pas d’émouvoir avec des sentiments réputés ordinaires : sa
fierté de fils d’instituteur, son humiliation devant la grille close d’un
particulier, une rodomontade de bouliste, la joie d’un doublé de bartavelles,
l’odeur d’une garrigue à la fraîche ! »

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