La gloire de mon père

par

La chasse

Lachasse a une importance capitale dans LaGloire de mon père. Le jeune Marcel a une admiration profonde pour sonpère. Cet homme très instruit semble être une fontaine de sagesse sur presquetoutes les questions. Mais la chasse est l’un des domaines où sa connaissancetarit. Pour l’enfant, cette lacune du père qui est comblée par l’oncle Julesprend une importance notable. Il est vexé que son père soit inférieur en quoique ce soit à l’oncle et il se donne pour mission d’y remédier.

« Mon père, enfant des villes, etprisonnier des écoles, n’avait jamais tué ni poil ni plume. Mais l’oncle Julesavait chassé depuis son enfance, et il n’en faisait pas mystère. »

La chasseest présentée dans le récit comme une activité noble : le soin qu’yaccorde les hommes en témoigne. Ils prennent de longues heures à préparer lescartouches, à prouver les fusils et à s’entretenir des différentes méthodes dechasse. C’est d’un art qu’il est question et non d’un simple passe-temps. Maisla chasse n’est pas sans danger comme le rappelle l’oncle Jules en contantl’histoire de l’homme tué par des sangliers. Les « épopéescynégétiques » dont l’oncle Jules fait part à la famille font de lui lecentre de l’attention. Une situation qui ne ravit pas Marcel. Le jeuneprotagoniste du roman tient donc particulièrement à ce que son père sedistingue dans cet art nouveau. C’est pour ce faire qu’il prend la résolutionde suivre clandestinement son père et son oncle à la chasse.

« Moi, je vois bien qu’il estrudement content d’être plus fort que papa. Et ça ne me plaît pas du tout. Papale gagne toujours, aux boules ou aux dames. Et là, je suis sûr qu’il va perdre.Je trouve que c’est bête de jouer à des jeux qu’on ne sait pas. »

Peut-êtresommes-nous en présence d’une métaphore. L’auteur opposerait dans un premiertemps la force physique, l’habilité et toutes les facultés nécessaires pour laconduite d’une activité comme la chasse et dont nul ne doute que l’oncle Julessoit amplement doté, à la capacité intellectuelle, à la grande culture et à lasagesse du l’instituteur provençal. On est tenté de croire que l’un exclutl’autre. Mais la conclusion du récit démontre qu’il n’est pas nécessaire desacrifier une faculté au profit de l’autre. 

Arrivéssur place, les espoirs de Marcel de voir son père se distinguer par de nouveauxtalents de chasseur s’amenuisent. Seul l’oncle Jules qui a chassé depuis sonenfance semble capable de prendre du gibier. Mais au terme de nombreusespéripéties, de longues heures qu’il passe perdu dans les bois, l’enfant finitpar être le témoin des prouesses de son père. C’est sur lui que tombent deuxdes fameuses bartavelles et elles ont été tirées par son père !

« Je m’étais approché, et je voyaisle pauvre Joseph. Sous sa casquette de travers, il mâchonnait nerveusement unetige de romarin, et hochait une triste figure. Alors, je bondis sur la pointed’un cap de roches, qui s’avançait au-dessus du vallon et, le corps tendu commeun arc, je criai de toutes mes forces : “Il les a tuées ! Toutes les deux! Il les a tuées !” Et dans mes petits poings sanglants d’où pendaientquatre ailes dorées, je haussais vers le ciel la gloire de mon père en face dusoleil couchant. »

Il est intéressantde constater que sans la présence du fils, nul n’aurait su que le père avaittiré juste. Ainsi, la gloire de Joseph Pagnol n’est due qu’à la présenceopportune de son fils. La gloire du père n’est donc possible que par le fils.Mais aussi, lorsqu’on prend en considération le sentiment de fierté qu’exhibeJoseph face aux prouesses intellectuelles de son fils, on est tenté de conclureque la gloire du père, c’est le fils.

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