La reine Margot

par

Henry de Navarre

Futur Henry IV, Henry deNavarre est sans conteste le protagoniste de ce roman, bien que ce soit safemme qui y donne son titre. Roi légendaire, tout ce qu’il fait est vu àtravers la loupe historique de ce qui sera ; toutes ses actions y tendent.Ainsi les tendances grivoises de l’Henry historique se trouvent atténuées. Tropconnues pour que Dumas puisse les dissimuler sous le tapis et nous présenter unsaint, elles sont cependant extrêmement discrètes. Ses jurons sont assez rares,et on ne parle pas de l’extrême puanteur corporelle pour laquelle le roi deNavarre était connu. Surtout, son assiduité à courir les jupons se trouve réduiteà son association avec Mme de Sauve, une association d’autant plus acceptable qu’ilen a convenu avec sa femme. Il fait preuve aussi de la grande galanterie derefuser de consommer un mariage purement politique, à moins que Marguerite nele désire. La non-consommation d’un mariage étant un facteur suffisant pour légitimerune annulation ou un divorce, on peut donc dire que d’un certain point de vueil n’est pas vraiment marié à Marguerite – Catherine de Médicis compteralà-dessus – et qu’il n’est donc pas en train de lui être infidèle.

D’une astuce et d’uninstinct peu communs, Henry se sort de tous les pièges qu’on lui tend. Évidemment,l’histoire le veut ainsi, mais Dumas veut aussi s’assurer qu’Henry possède tousles dons qui le rendent supérieur aux rois Valois. La prophétie qui assurequ’il sera roi de France, terrifiant Catherine de Médicis, ne dit pas qu’ilsera un meilleur roi ; mais pour Dumas il faut s’assurer qu’il sera dignedu rôle auquel il est promis. Il peut donc lire la physionomie des gens etpresque leurs pensées, interprétant correctement à chaque fois un simpleregard. Grand acteur, il convainc même le fidèle De Mouy de la validité de saconversion au catholicisme et de son refus de se faire rebelle contre la monarchiedes Valois. Extrêmement prudent, il planifie tout et observe chaque problèmesous tous les angles, mais une fois que sa décision est prise il s’y tient. Ensomme il est tout ce qu’on pourrait vouloir d’un roi : humble, intelligentet brave. La loyauté de ses gens lui est acquise pour de bonnes raisons.

Tout son personnage serévèle dans cette conversation qu’il a avec sa femme la nuit de leurs noces. Ilprésente sa position avec une grande franchise, balaye les formules polies, ets’acquiert ainsi la loyauté de sa femme tout en s’assurant qu’elle sera dignede confiance. En même temps il déduit la présence d’un espion dans le cabinet. Ilne changera guère au cours du roman ; et tout le maquillage qu’il met poursauver sa vie lors de son emprisonnement à Paris ne donnera pas le change aulecteur. L’ironie avec laquelle il regarde passer le monde et son indifférenceenvers les commentaires et les humiliations qu’il subit raffermissent à la foissa force et sa résilience, et le préparent au métier de roi.

En devenant le bon ami deCharles IX, Henry ne peut ignorer qu’il se met en danger, prenant là la placequi a été occupée par Coligny ; mais cela lui sauve finalement la vie. Iljoue si bien son rôle qu’il est difficile de décider à quel point il faut croireen son amitié ; il semble sincère, mais à chaque moment les événements rendentimpossible une validation d’un point de vue ou de l’autre. En fin de compte ilsemblerait qu’il pardonne à Charles la majorité de ses crimes, le sachantfaible ; il accepte donc le vœu du roi que ce soit lui qui lui succède.

Malgré tout, à la fin duroman, il perd contre Catherine, et aussi contre le mari de Mme de Sauve,personnage entièrement oublié par tous. Le fait qu’il s’en relèvera estsouligné par René, et connu de ceux qui connaissent l’Histoire, mais malgrétout le roman se termine sur sa défaite.

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