La reine Margot

par

La Mole et Coconnas

Ces deux jeunes gensapportent une certaine humanité à l’histoire, n’étant pas des grands de cemonde ni de l’Histoire. Ils n’occupent pas une place centrale dans la trameprincipale avant la fin, mais ils l’étoffent. Ils ne pensent pas profondémentaux événements auxquels ils sont associés, mais s’appuient sur leursexpériences personnelles pour décider de leurs actions. En somme ils sont en petitdes équivalents des Trois Mousquetaires, sauf qu’ils n’ont pas des rôlesprincipaux. On reconnaîtra d’ailleurs aisément en Coconnas un cousin dePorthos.

La Mole et Coconnas,différents, forment deux visages de la jeunesse galante et batailleuse del’époque. Grande gueule, avide de jurons, soupe au lait, dans le fond pas bienméchant, Coconnas est un homme au grand cœur qui se calme aussi vite qu’il sefâche ; il est enclin à d’invraisemblables revirements de sentiments. Bienqu’il aime Henriette et soit aimé d’elle, il ne se laisse pas impressionner parson haut rang, et leurs amours demeurent au niveau charnel. Il ne s’engageguère dans la politique, étant mené plutôt par ses sentiments qu’autre chose. Ainsion peut faire de lui un participant volontaire du massacre de la St-Barthélemyqui deviendra un traître à la couronne un peu malgré lui. Pas plus qu’il n’estimpressionné par le statut d’Henriette, il n’est pas dérangé par les normes ;comme il ne lui coûtera rien de serrer la main du bourreau, il le fait, ce quilui vaudrait de mourir sans avoir été torturé. Malgré ses revirements, ildemeure fidèle à lui-même et à sa personnalité, et c’est cette fidélité qui lefera rester aux côtés de La Mole au lieu de s’enfuir.

La Mole, de son côté, estle jeune premier, l’amoureux romantique par excellence. À l’opéra ce serait leténor. Idéaliste, valeureux et fidèle, il souffrira tout pour sa belle, lareine Margot, même la torture et la mort. Partisan d’Henry de Navarre, il lesuit par pur dévouement et pour servir Marguerite coûte que coûte. Ilimpliquera Coconnas dans ses intrigues presque sans le savoir, et de ce pointde vue il est responsable de sa mort. Ses amours sentimentales avec Marguerite sesituent à un autre niveau que ceux de Coconnas avec Henriette, il s’agit d’unegrande passion pleine d’émotions. Ce sont pourtant des amours impossibles, etils le savent bien : malgré toute la complaisance d’Henry de Navarre,Marguerite demeure une reine qui a l’intention de l’être, et La Mole un pauvregentilhomme. Il se sacrifiera pour elle et pour Henry.

L’amitié qui noue cesjeunes gens peut sembler excessive de nos jours, mais elle est à la mode tantau XVIe siècle qu’à l’ère romantique. Le plus invraisemblable – etsans doute l’aspect le plus invraisemblable de tout ce roman rocambolesque –est que, amorcée dès leur première rencontre, cette entente se rétablit aprèsque Coconnas eut essayé de tuer La Mole lors de la Saint-Barthélemy. Heureusementpour eux, le massacre semble s’oublier assez rapidement, et il mènerad’ailleurs à leurs amours, puisque c’est la poursuite de La Mole par Coconnasqui mènera le jeune huguenot aux pieds de Marguerite.

Acteurs importants des événements qui se nouent toutau long du roman, Coconnas et La Mole en sont pourtant des victimesinconscientes, qui n’ont jamais vraiment accès à la vérité de ce qui se passeautour d’eux. Pris dans une toile d’araignée, victimes innocentes qui doiventmourir pour la raison d’État sans jamais savoir quelle est cette raison, lesdeux gentilshommes offrent un tout petit aperçu de l’effet de la hautepolitique sur les sujets de la France.

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