La reine Margot

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Les aspects théâtraux de l’œuvre

Grand auteur de pièces dethéâtre, Dumas apporte au roman sa connaissance aigüe de l’efficacitéthéâtrale, des grandes scènes, et des contrastes entre les coups d’éclat etl’intime. Il n’est pas surprenant qu’il ait tiré une pièce de La Reine Margot à peine deux ans aprèssa parution : le roman s’y prête admirablement. Pour faciliter sa tâche,Dumas bouscule l’histoire sans vergogne quand elle se montre réfractaire ausensationnel. Pensons surtout à l’arrivée en trombe d’Henry de Pologne pour s’emparerdu trône de France quelques minutes après la mort de son frère, tandis qu’Henryde Navarre fuit désespérément Paris. En fait, le roi de Pologne mit trois moisà s’échapper de son royaume pour reprendre la France ; mais le mélodrameque crée son arrivée, le renversement des espoirs d’Henry de Navarre et lavictoire soudaine de Catherine de Médicis, rattrapent, en termes d’intérêtdramatique, les hiatus avec l’Histoire. D’ailleurs, Shakespeare, modèle pourles auteurs de pièces historiques, ne s’embarrassait guère plus de telsdétails.

C’est à ce mot« mélodrame » qu’il faut porter notre attention, car bien despassages peuvent paraître au lecteur moderne ne relever que du mélodrame. Maisle romantisme de la première moitié du XIXe siècle, qui dégénérera versle mélodrame absolu, est encore une force en 1844 ; les clichés aux yeuxdu lecteur moderne ne sont pas encore des clichés. Plusieurs moments  doivent être réinventés sur scène pourfrapper : lorsque Marguerite dévoile à sa mère Henry qui fait semblant dedormir dans son lit ; la confrontation de Marguerite avec ses frères, letemps de laisser se sauver La Mole ; l’arrivée inattendue de Charles IXdans la salle où dînent Marguerite, Henriette et leurs amants. Autant de coupsde théâtre au sens plein. Dans le théâtre de l’époque on retrouve souvent ladidascalie « Tableau », qui correspond au moment où les acteursdoivent rester paralysés un moment pour que le public prenne tout en vue, ou« Sensation » : c’est bien là l’effet que recherche Dumas, toutautant que lors de la dernière conversation entre les quatre amants, où lesdeux femmes sortent de scène une seconde seulement avant que n’entrent leprêtre et les gardes. C’est là l’essentiel du théâtre de l’époque, tout commeles grandes scènes d’éclat. Il faut se souvenir qu’avant l’invention du cinéma,le théâtre devait faire le nécessaire pour époustoufler le public. La scène debal qui ouvre le roman est un exemple parfait d’une première scène colorée et vivantequi ferait applaudir le public, tout comme le massacre de la Saint-Barthélemyoffre des moments hauts en couleur qui feraient merveille sur scène. Les contrastes,les moments grotesques et les émotions vives sont le propre d’un certainthéâtre, et Dumas s’en sert pour attiser l’intérêt du lecteur, tout autant quele fait le comique peut-être imprévu. Pensons au cabinet de la chambre deMarguerite, qui rappelle l’armoire de la première scène de l’Hernani d’Hugo, où tant de gens seretrouvent cachés que l’on se croirait dans une pièce de Feydeau.

Notons d’ailleurs que le roman n’a pas encore établises lettres de noblesse à l’époque, et qu’il est encore un instrument de laculture populaire ; Dumas n’écrit donc pas pour les intellectuels maispour ceux qui cherchent des sensations fortes et se retrouvent au théâtre lesoir.

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