La reine Margot

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La royauté, thème-clé

À l’époque où Dumas écritson roman, Louis-Philippe est sur le trône : c’est le triomphe de labourgeoisie, mais la disparition de son fils aîné, le duc d’Orléans,personnalité libérale et héritier du trône, met un terme aux espoirs desprogressistes. Depuis la Restauration qui a ramené les Bourbons au trône aprèsl’aventure révolutionnaire et napoléonienne, le peuple n’est guère impressionnépar ceux qui assurent la direction du pays. Tout cela se soldera par unenouvelle révolution, qui donnera la couronne à Louis-Philippe, promettant unemonarchie constitutionnelle, et par une autre, en 1848, qui balayera une foispour toutes la royauté de la France.

L’insuffisance de tous cesrois rappelle aux observateurs les gloires de leurs ancêtres, à l’aune desquelson les mesure, et surtout le personnage d’Henry IV. Considéré comme un modèle,on se souvient de lui comme d’un roi franc qui pouvait parler à ses moindressujets, qui a apporté la paix et la prospérité, dont les galanteriesagrémentent agréablement la légende. C’est le roi de la poule au pot chaquedimanche, celui qui reçoit les ambassadeurs tout en jouant à cheval avec sesenfants, le roi courageux qui mène lui-même ses troupes en leur disant desuivre son panache blanc. Comparés à cette image idéalisée, les grabataires etréactionnaires qui ont succédé à Napoléon ne peuvent que faire piètre figure.

C’est dans ce contexte queDumas nous présente l’entraînement du jeune Henry pendant les moments les plusdangereux de son existence, au cours du massacre de la Saint-Barthélemy et lorsde son emprisonnement à Paris. Bien que ce soit son horoscope qui lui promettele trône, l’acharnement de Catherine de Médicis contre lui a pour origine sesqualités personnelles qui l’en rendent digne, qui légitiment sa succession à ladynastie des Valois, tout autant que les crimes de ceux-ci les délégitiment. Dumasoffre donc une comparaison pour les mauvais rois plus contemporains, et metcôte à côte au sein de l’œuvre un bon (futur) roi et une mauvaise reine. Catherinede Médicis, qui est prête à tout pour sauver sa famille plutôt qu’elle ne penseau bien du royaume, est l’antithèse du futur Henri IV. Elle présente leproblème majeur de la royauté : par l’emprise qu’elle a sur ses fils, ellepossède le pouvoir suprême, sans en être digne. Mais sa légitimité de reineforce l’obéissance.

Mais il n’y a pas qu’ellequi est indigne : sa famille au complet perd le respect du lecteur, quipeut alors adhérer à la suite des événements : l’extinction de la dynastieet l’accession au trône d’Henry de Navarre. Le fils-à-maman Henry refusepresque la couronne de Pologne parce qu’il lui faudra abandonner lacivilisation parisienne ; François d’Alençon est innommable, et l’idéequ’il puisse porter la couronne est abominable. Tous deux demeureront sousl’influence maléfique de leur mère.

Charles IX est différent, c’estun personnage plus complexe (possiblement le plus complexe du roman) qui exposedes problèmes différents associés à la royauté. Hautement cultivé, il n’en estpas moins un roi indigne. Il ne s’intéresse que peu à son devoir, et salégèreté, qui lui permet de laisser le véritable travail à sa mère et dechanger ses décisions selon le dernier avis reçu, exemplifie le problème de lamonarchie absolue. Dominé par Catherine, il n’osera même pas lui interdire detuer Henry de Navarre, préférant l’entraîner avec lui et le soustraire à sesassassins. La constance du Béarnais contraste avec cette légèreté et rappellequ’un roi à qui on ne peut se fier est un roi dangereux. Ce n’est qu’après sonempoisonnement que Charles commence à mériter le respect, lorsqu’il acquiert lecourage de braver sa mère ; c’est seulement là qu’il devient vraiment roi.Son testament politique, pour ainsi dire, est le discours qu’il prêche à Henrysur son lit de mort, lui faisant des recommandations qui ne collent guère avecses propres actions passées. Car le moment où la raison d’État se fait le plussentir dans ses actions est lorsqu’il choisit de ne pas révéler la part de samère et de son frère dans sa mort et où il commande à Marguerite de laisserpérir La Mole. Mais là encore, il ne fait pas office de roi : il agit pourprotéger sa famille, sa dynastie plutôt que le royaume. Il essaie de serattraper en nommant Henry comme régent, sans soupçonner que sa mère se jouerade lui une dernière fois, mais il n’en demeure pas moins que Charles échouecomme roi. On sent dans ces moments calmes où on le voit avec Marie Touchetqu’il serait plus heureux et un meilleur homme s’il n’était qu’un simplegentilhomme qui pouvait l’épouser. Il n’est donc pas à la hauteur de sesresponsabilités, alors qu’Henry l’est plus d’une fois.

En nous montrant cela,Dumas justifie le remplacement d’une dynastie par une autre, légitime donc leremplacement des Bourbons par les Orléans. Il ne suggère pas un caractère divinà la royauté et tient que les rois doivent être au service du peuple, et non lecontraire. Lorsqu’il s’empare du trône, Louis-Philippe ne se dit pas « roide France », mais « roi des Français » ; c’est dans cettelignée que s’inscrit le roman de Dumas, et la chute de Louis-Philippe peut elleaussi être justifiée par La Reine Margot,car nul part Dumas ne dit que la royauté est la seule forme de gouvernementacceptable.

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