Le bal

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Résumé

Un grand événement se prépare chez les Kampf : ilsvont donner un bal que la mère, Rosine, attend avec impatience, car il doitmarquer l’entrée officielle de la famille dans le grand monde de la bourgeoisie.En effet, les Kampf sont de nouveaux riches. Alfred Kampf s’est rapidementenrichi grâce à une opération en bourse. Cette manne financière a permis aucouple de sortir de la médiocrité matérielle : adieu le petit appartementsombre où Rosine végétait, s’épuisait en récriminations et ressassait sanscesse son amertume. Enfin la belle vie à laquelle elle aspire depuis tantd’années. Et puis, ce sera une belle revanche sur sa propre famille, qui luibat froid depuis son mariage, car elle a épousé un homme de confession israélitealors qu’elle-même a été élevée dans les principes de la religion catholique.Voilà une belle occasion de leur rabattre le caquet à tous. Il n’est pasquestion de les inviter, mais ils sauront tout, car on invite Mlle Isabelle, laprofesseure de piano d’Antoinette – laquelle est la fille d’Alfred et RosineKampf. Sans doute, cette langue de vipère répandra la nouvelle auprès descousins dépités. Un bal ! Avec les gens les plus parfaits !

Enfin, la meilleure société… des gens très riches entout cas. Quand on est un nouveau riche, il faut du temps pour que lesauthentiques vieilles familles acceptent de vous fréquenter. Alors on va créerdes relations d’affaires, on revoit les gens rencontrés l’été dernier, et ce nesont pas toujours des personnes à la réputation irréprochable. Disons-le :certains sont franchement louches, voire douteux. Lors de ce bal, on croiserades financiers véreux, de faux aristocrates qui viennent d’acheter leurs titres,des hommes entretenus, et même quelques maquereaux. Mais ce n’est qu’un premierbal, un premier pas. Le prochain sera un peu plus huppé, et le suivant encoreplus, jusqu’à ce que les Kampf soient officiellement admis parmi les gens bons.On songera alors à acheter un titre, comte et comtesse, par exemple… Ah !ce bal, Rosine Kampf sent que sa nouvelle vie en dépend.

Un bal… Antoinette aussi en rêve. Quand la jeune fillede quatorze ans entend ce mot, son imagination s’enflamme et elle s’autorise àrêver un peu. Car elle n’a pas souvent l’occasion de rire, la pauvre petite !Certes, elle ne manque de rien, du moins matériellement. Elle a une dame decompagnie anglaise, Miss Betty, qui lui donne des leçons de piano. Mais que luiimporte ? Elle vit dans une profonde solitude, ne connaît pas la compagniedes jeunes gens de son âge. Son père la regarde à peine, et parle devant ellecomme si sa fille ne comprenait rien, il le dit clairement d’ailleurs.Autrefois, il y a bien des années, Rosine embrassait sa petite fille, jusqu’àce qu’un abîme se creuse entre elles, et Antoinette ne sait pas pourquoi.Comment comprendre cette agressivité permanente, ces paroles toujoursblessantes, ce mépris affiché ? Comment admettre cette violence physique et cettemain qui ne caresse plus mais qui est toujours prête à gifler, même en pleinerue ? Comment tolérer ces mots terribles, cet abaissement systématique qui sefait devant tous, y compris les domestiques ? La préparation du bal vapermettre à Antoinette de comprendre qu’elle est en train de devenir une femme,et que sa mère ne voit en elle qu’une rivale.

Comme elle a une belle écriture, c’est Antoinette qui estchargée de rédiger les adresses sur les enveloppes qui contiennent lesinvitations. Longue et fastidieuse tâche, mais nimbée de l’espoir que faitnaître la perspective du bal : de la musique, des danses, de belles tenues…Jusqu’à ce que ses parents lui apprennent qu’elle n’assistera pas au bal. Elleira se coucher à neuf heures, comme à l’ordinaire. De plus, on aura besoin desa chambre, alors elle dormira au bout du couloir, dans le débarras. Ladéception de l’enfant est immense. Alfred n’y songe même pas. Quant à Rosine,elle sait en quelques phrases cinglantes éteindre la lueur qui illuminait lesyeux de sa fille. Antoinette va se coucher, en larmes, ses premières larmes defemme.

Cependant, c’est elle qu’on charge de poster lesinvitations. Miss Betty doit l’accompagner à sa leçon de piano. Une invitation seraremise à Mlle Isabelle, ensuite elles posteront les autres enveloppes. Mais MissBetty a d’autres projets : elle abandonne rapidement Antoinette devant la portede Mlle Isabelle pour filer à un rendez-vous galant. Antoinette remetl’enveloppe à sa professeure qu’elle exècre et quitte le cours afin desurprendre Miss Betty avec son amoureux. La vue des deux jeunes gens heureuxl’emplit d’une triste colère qui lui fait commettre l’irréparable : elle jetteles invitations dans la Seine.

On devine la suite. Au soir du bal, Antoinette se glissesubrepticement hors du débarras et assiste au désastre. Tout est prêt :l’orchestre est là, des mets coûteux et raffinés s’amoncellent sur les tablessomptueusement dressées. Rosine et Alfred attendent. Elle a revêtu sa plusbelle robe, elle porte les bijoux hors de prix que son mari lui a offerts. Letemps passe… Mlle Isabelle arrive, curieuse, amère, pleine de fiel. Uneconversation s’installe, puis meurt doucement au fil des minutes quis’écoulent. Les domestiques rient ouvertement à l’office, les musiciens del’orchestre finissent par s’en aller. L’humiliation est immense et MlleIsabelle, n’en doutons pas, va se faire une joie mauvaise d’en répandre lanouvelle. Alfred et Rosine se retrouvent seuls, sous le regard d’Antoinettequ’ils n’ont pas vue, et une affreuse dispute éclate, brève mais violente, aucours de laquelle l’océan d’amertume qui sépare le couple apparaît au grandjour. Alfred quitte le logis, Rosine se retrouve seule. Alors elle se tournevers Antoinette qui s’est enfin montrée et s’épanche sur son épaule. C’est à cemoment que la jeune fille comprend que sa propre vie est devant elle, quel’avenir lui appartient, alors qu’elle croise sa mère sur le chemin descendantde la vieillesse et de l’oubli.

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