Le chant du monde

par

Antonio

Pêcheur, Antonioest l’homme du fleuve, il est le fleuve. On l’a surnommé « Bouche d’Or »,« parce que tu sais parler » lui dit simplement Junie. Dans ce paysrude où les gens sont taciturnes, il plaît grâce à son verbe facile, non pasbassement séduisant mais poétique et toujours juste et bienveillant.

C’est un homme rudeque le froid, la pluie, la faim semblent ne jamais affecter. « C’était unhomme au plein de l’âge. Il avait les bras longs, de petits poignets et lesmains longues. Ses épaules montaient un peu. Sa chair était souple et forte,toute armurée de muscles doux et solides. » Il donne l’image d’un êtrevenu du fond des temps, quand les demi-dieux vivaient avec les hommes ; ilest comme un témoin des cultes anciens, comme une divinité païenne : « tousles matins, Antonio se mettait nu. D’ordinaire, sa journée commençait par unelente traversée du gros bras noir du fleuve. Il se laissait porter par lescourants ; il tâtait les nœuds de tous les remous ; il touchait avecle sensible de ses cuisses les longs muscles du fleuve et, tout en nageant, ilsentait, avec son ventre, si l’eau portait, serrée à bloc, ou si elle avaittendance à pétiller ».

Certains soirs ilquitte sa cabane, et va vers le village, comme un faune en quête d’aventure :« il se cachait dans les roseaux, il se mettait à chanter de sa voix debête. Les jeunes filles ouvraient leurs portes et parfois elles couraient versle fleuve sur la pente des prés où leurs jupes de fil claquaient comme desailes. »

Cet homme n’est pasune brute, et s’il sait parler ce n’est jamais pour proférer d’inutilesparoles. Il est naturellement ouvert aux autres : c’est lui qui se lied’amitié avec les bouviers de Maudru, au point d’aller lui-même creuser latombe du neveu. C’est lui encore qui, quand le besson venge son père assassiné,sait mettre fin à la vengeance aveugle du jeune homme, même s’il lui faut pourcela se battre avec lui.

La rencontre deClara le bouleverse et l’amour qui naît en lui est solide et calme comme unemontagne. Il ne s’embarrasse d’aucune considération morale ou existentielle. Ill’aime, il la veut, si elle veut de lui. Et il va lui enseigner le fleuve.C’est aussi simple que cela. Le solitaire n’est plus seul. Il a enfin quelqu’unpour qui construire une vraie maison solide, faite de poutres de chêne. Ce filsde la terre et de l’eau va perpétuer sa lignée, comme l’indique l’ultime phrasedu roman : « Il pensait qu’il allait prendre Clara dans ses bras etqu’il allait se coucher avec elle sur la terre. »

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