Le Devisement du monde

par

Livre I

En l’an 1235,
deux jeunes Vénitiens embarquent de Venise à destination de l’Orient. Ils
rallient Constantinople où ils se reposent, puis Soldadie en Arménie où ils
remettent des présents au roi des Tartares. Suite à un conflit entre deux rois
tartares, ils fuient vers Bochara en Perse où ils s’installent pour trois ans. Craignant
le danger d’un retour au pays, les deux Vénitiens acceptent de se rendre à la
cour de Koubilaï le Grand Khan, l’empereur des Tartares. Après un voyage
éprouvant, ils sont reçus par le Grand Khan qui les interroge sur l’Occident,
sa gouvernance, ses mœurs ainsi que sur la religion chrétienne. Un jour,
Koubilaï envoie les deux Vénitiens comme émissaires au pape afin de lui
demander d’envoyer des hommes sages pour instruire les Tartares sur la religion
chrétienne. Après trois ans de voyage, ils arrivent au port de Layas en Arménie
puis rallient Acre en avril 1269. Apprenant la mort du pape Clément IV et en
attendant l’élection du nouveau pape, ils se rendent à Venise où Nicolas apprend
que sa femme est morte. Il retrouve néanmoins son fils Marco, auteur du présent
livre, en bonne santé. Après deux ans d’attente, les deux Vénitiens récupèrent
des lettres sur la foi catholique et retournent en Orient, accompagnés de Marco
et de deux frères prêcheurs, Nicolas et Guillaume de Tripoli, envoyés par
l’Église. Évitant les dangers des guerres et des neiges, ils rallient Cleminfu
où ils sont escortés jusqu’au Grand Khan. Réjoui par l’issue de leur voyage, ce
dernier leur réserve un très bon accueil. S’adaptant aisément à la cour de
l’empereur, le jeune Marco Polo gagne très vite l’amitié et la confiance du
Grand Khan et assouvit sa curiosité en ramenant des informations précieuses des
pays éloignés où l’empereur l’envoie en mission. Marco Polo consigne par écrit
les particularités des pays qu’il traverse et prépare ainsi le contenu du
second livre. Autorisés à rentrer dans leur pays, ils reprennent la route,
accompagnés par des émissaires indiens et des ambassadeurs. Ils font escale en
Inde puis à Constantinople avant de rejoindre Venise en 1295.

Dans la suite
de leur récit, les narrateurs reviennent en détail sur les pays qu’ils ont
traversés ainsi que leurs caractéristiques. L’Arménie mineure est
« gouvernée avec beaucoup de justice et d’économie » et son port
Layas, « porte des pays orientaux », développe d’importants échanges
commerciaux. Terre multiculturelle, la Turquie, dont les principales villes
sont Sovas,
Cæsarea et Sébaste,
suit « la loi détestable de Mahomet » et ses habitants sont
« rustiques ». À l’image de sa capitale Arzinga, l’Arménie majeure
est connue pour « la fraîcheur » de ses pâturages et sa grande source
dont sort « une liqueur semblable à l’huile ». Terre fertile, la
Géorgie est difficile d’accès et ses habitants sont de « bons
guerriers ». Situé à l’orient, le royaume de Mosul est habité par des
Arabes et des chrétiens et l’on y produit « de précieuses étoffes d’or et
de soie », plus particulièrement à Baldachi ou Bagdad, ville traversée par
le Tigre et dont la chute aux mains des Tartares a été facilitée par l’avarice
d’un « caliphe ». En Arménie, la ville de Taurisium est reconnue pour
ses objets précieux qui attirent des marchands du monde entier et les deux
Vénitiens y sont témoins du miracle d’une montagne déplacée par la seule
oraison d’un chrétien. Province étendue, la Perse est composée de huit royaumes.
Elle est célèbre pour ses ânes et ses chevaux d’une grande beauté, ses ouvrages
de soie et son abondance en tous types de grains. Si la ville de Jasdi est
connue pour ses artisans et sa pratique de la chasse, Kerman est célèbre pour
ses pierres précieuses, ses mines d’acier, ses faucons et son artisanat varié. Dans
la ville de Camandu, on trouve des dattes en abondance et des oiseaux nommés
« fincolines ». Les habitants, les Caraons, exercent le brigandage.
Sur le bord de la mer, Cormos est un port de commerce connu pour son vin de
dattes et les étranges coutumes funèbres de ses habitants. Cobinam est une
ville riche en fer et en acier où l’on fabrique de très beaux miroirs et un
onguent qui soigne les yeux. Un désert sépare cette ville du royaume de
Timochaim, connu pour sa terre fertile où croît un grand arbre appelé « l’arbre
du soleil ». Dans le canton de Mulète a régné Aladoin, un méchant prince
manipulateur qui a créé un espace « enchanté » où de jeunes gens
s’adonnent aux plaisirs des sens et se transforment en criminels. Il est mort
en 1262 tué par Allau, roi des Tartares. La ville de Chebourkan est riche en
melons et en citrouilles alors que Balac, ville détruite, abonde en gibier.
Après le château de Taican situé dans une belle campagne, la ville de Kechem est
connue pour la chasse et la consommation d’un vin « bien cuit et
excellent ». Les porcs-épics sont fréquents dans la ville de Cassem alors que
la production de pierres précieuses permet à la province de Balascia de
prospérer. Les habitants des provinces de Bascia et de Chesimur sont
« idolâtres » alors que les mahométans de la province de Vocam sont de
« vaillants guerriers ». Au pays de Belor, il règne un hiver continu
tandis que la province de Cassar dispose d’une agriculture développée. La ville
de Samarcham est le théâtre d’un miracle divin en vertu duquel une église tient
uniquement sur une colonne sans pierre de support. Les provinces de Yarchan,
Cotam, Peim et Ciartiam se distinguent par leur richesse en biens. Leurs
habitants sont musulmans et s’adonnent « au trafic et aux arts ».
Située à l’entrée d’un grand désert où l’on entend « diverses voix
étranges », Lop est une ville d’escale pour les marchands. Dans la ville
de Sachion, les hommes ont l’habitude de présenter leurs enfants à leurs
idoles. Les habitants de la province de Camul se distinguent par leur accueil
des visiteurs. Ceux de Chinchinthalas tirent profit d’une montagne riche en
mines d’acier et d’audanic. À Suchur, on trouve de la rhubarbe. À Campition, on
adore des idoles « faites de terre, de bois, ou de boue », on observe
l’abstinence suivant le rythme des lunes. À Ézina, on vit des fruits de la
terre et on se retire dans des cabanes. Les Tartares tirent leur origine de la
ville de Caracorum ; ils ont été séparés par leur roi Uncham. En 1187, ils
ont élu à leur tête le sage et prudent Chinchis qui mène la guerre contre
Uncham après une « cérémonie des roseaux » qui lui promet la
victoire. Après sa mort, il est enterré sur la montagne Altaï où ses
successeurs, Gui, Barchim, Allau et Mangu, choisissent leurs sépultures et sont
enterrés à la suite de grands carnages.

Le récit inclut
ici une digression sur les mœurs et coutumes des Tartares qui acceptent la
polygamie et multiplient le nombre d’enfants. Les hommes pratiquent la chasse tandis
que les femmes s’adonnent au ménage et à la cuisine. Habitant dans des cabanes
« faites comme des tentes », ils disposent de chariots
« couverts de feutre ». Leurs armes de combat sont faites de cuir
« fort et dur » et leurs riches s’habillent de vêtements de soie et
d’or, avec des doublures de peaux animales. Ils se nourrissent de viandes
« fort grossières », boivent le chuinis, lait des « cavales »
(juments) qui ressemble au vin blanc. Les Tartares vénèrent une divinité nommée
Natagai, déposent auprès de son image de petites représentations de femmes et
d’enfants, et célèbrent le mariage des morts célibataires par de grands
festins. Infatigables dans le travail, ils sont entraîné à supporter la faim,
partent en guerre avec deux vases remplis de lait et de viandes et ont coutume
de punir leurs voleurs de coups de verges ou de mort.

La
description des provinces visitées reprend d’abord avec les campagnes de Bargu
dont les habitants « sauvages » vivent de la chasse. Située e
ntre le royaume de Cathay et celui de Cerguth, Singui est une ville connue
pour ses bœufs « grands comme des éléphants », son musc réputé
« le plus excellent » du monde et ses femmes « blanches et
belles ». Plus loin, à Calacia, on trouve des draps appelés
« camelots » et faits de laine blanche et de poils de chameau. En
majorité chrétienne, la province de Teuduch a un roi de la race du prêtre
Saint-Jean. Les cantons nommés Gog et Magog sont réputés pour leur pierre
« lazuli », utilisée pour faire un excellent azur. À Sindacui, on
fabrique de belles armes alors qu’à Cianiganiorum, se trouve un beau palais du
Grand Khan et des marais riches en oiseaux. Bâtie par Koubilaï, la ville de
Ciandu est le siège d’un autre palais « de marbre enrichi d’or »
jouxtant un parc où le roi pratique la chasse, fait des sacrifices le
vingt-huitième jour d’août ou suit les réalisations de ses magiciens. Dans ce
même pays, des moines installés dans un monastère vénèrent leurs idoles dans
des cérémonies jugées « ridicules et extravagantes ». 

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