Le Devisement du monde

par

Livre II

Marco Polo décrit la puissance et
« la magnificence » du Grand Khan. Dominant presque tout l’Orient, il
gouverne avec sagesse et majesté. « Vigoureux de corps et d’esprit »,
sage et avisé, il fait preuve de prudence et n’a conduit son armée qu’en une
seule occasion, en 1286, contre son oncle Naiam qu’il réussit à vaincre grâce à
une stratégie militaire basée sur une organisation précise et l’effet de
surprise. Débarrassé de Naiam, Koubilaï maîtrise les musulmans et les juifs et récompense
ses soldats par des présents et des tablettes royales. Marco Polo dresse le
portrait physique du roi, « bel homme d’une médiocre taille », et
évoque sa descendance, ses quatre femmes légitimes, leurs cours respectives,
ainsi que ses épouses « non légitimes », toutes belles et issues de
la nation d’Ungrac. Le roi vit dans la ville de Cambalu et ses palais sont
aussi fastueux que protégés ; ils incluent des parcs, des lacs et des
prés. Non loin du palais principal se trouve la montagne Verte où sont plantés
les meilleurs arbres. Ville fort ancienne et depuis longtemps siège des rois,
Cambalu est conçue « en carré » avec des rues « ornées de belles
maisons » et des murailles blanchies dotées de portes « gardées par
mille soldats ». Bénéficiant d’une position centrale, Cambalu est entourée
de douze faubourgs où vivent les marchands et les étrangers et où transitent
des marchandises d’une grande variété. Le Grand Khan dispose d’une garde
composée de douze mille cavaliers appelés « quesite » ou « les
fidèles soldats du roi ». Les festins donnés par le roi se font
« dans la pompe et la somptuosité » et suivent un cérémonial précis
qui met en avant la magnificence du Grand Khan. Chacun y tient son rang, de la
cour royale aux courtisans en passant par les farceurs et les musiciens.

Le 28 septembre, jour de naissance
du roi, est célébré avec « plus de solennité qu’aucun de toute
l’année ». À cette occasion, le roi s’habille en or, fait des présents aux
grands de sa cour et en reçoit de la part des princes et des nobles de son
empire pendant que tous les peuples prient leurs dieux « pour la vie, la
conservation et la prospérité » du Grand Khan. L’année des Tartares
commence le premier jour de février, jour solennel célébré en habits blancs par
des échanges de présents et de grands rassemblements dans la cour du roi pour
encenser la personne du Grand Khan, et qui se termine par de magnifiques festins. Amateur
de chasse, le roi utilise des bêtes apprivoisées telles que des léopards ou des
aigles pour attraper son gibier. Au mois de mars, le roi part dans la campagne
pour assister à la chasse aux oiseaux et se reposer dans des tentes magnifiques
dressées pour lui et sa cour, « couvertes de peaux de lion rouge et
noir » et « tapissées de riches peaux d’hermines et de
zibelines ». La monnaie du Grand Khan est faite de l’écorce intérieure
d’un arbre appelé « mûrier » qui lui permet d’amasser des trésors
d’or et d’argent sans rien dépenser. Les trente-quatre provinces du royaume
sont commandées par douze barons dont l’office est d’établir deux recteurs par
province « pour avoir l’œil » aux armées et « les pourvoir des
choses nécessaires ». Les courriers et les messagers du roi se reposent
dans des maisons spéciales sur les grands chemins menant aux provinces
voisines. Appelées « janli », elles accueillent les chevaux du roi
utilisés par les messagers. Des coureurs à pied munis de sonnettes sont
également utilisés pour transmettre les lettres du roi.

Soucieux et prévoyant, le roi prend
soin des régions qui font des récoltes faibles et il nourrit les pauvres qui
« le regardent comme un dieu ». La province de Cathay est connue pour
une boisson dont « la douceur surpasse la bonté du vin » et ses
pierres noires, extraites des montagnes, qui « brûlent comme du
bois ».

Marco Polo poursuit ensuite son
récit en décrivant les pays voisins de l’empire des Tartares ainsi que leurs
spécificités. Son voyage commence à la rivière Pulisachniz et son pont de
marbre « composé de vingt-quatre arcades ». Plus loin, la
« grande et belle » ville de Geogui dispose de monastères et
d’hôtelleries pour les étrangers et les voyageurs. Le royaume de Tainfu est
« bien cultivé » avec des vignes et des industries d’art alors qu’on
trouve « de la soie en abondance » dans la ville de Pianfu. Non loin
de là, le château « magnifique » de Chincui a été construit par
« le roi d’or » alors que le pays voisin de la rivière de Caromoran « abonde
en gingembre, en soie et en oiseaux ». Gouvernée par Mangala, un des fils
du Grand Khan, la ville de Quenquinafu produit de la soie et abrite une maison
royale aux murailles « dorées ». Dans la province de Chunchi, les
habitants adorent la terre et pratiquent la chasse. « Peuplée de villes et
de châteaux », la province d’Achalechmangi cultive le gingembre, le riz et
le blé. Traversée par une rivière, la ville de Sindinfu a un pont de pierre sur
lequel on élève « des boutiques de toutes sortes de marchandises ». La
province de Tebeth, assiégée par le Grand Khan, porte encore les traces de son
passage et se distingue par ses chemins dangereux et ses grands roseaux que les
voyageurs utilisent pour éloigner les dangers. Dans la province de Gaindu, il y
a un lac où se trouvent des perles interdites et des animaux nommés
« gadderi », qui fournissent du musc, ainsi que de nombreuses bêtes
sauvages. Après avoir traversé la rivière de Brius, on arrive à la province de
Caraiam et sa capitale Jaci dont les habitants ont « une langue
particulière et difficile », font beaucoup de trafic et mangent la chair
crue. La ville de Caraiam, que commande Gogracam, un autre fils du Grand Khan,
est connue pour ses « très grands serpents » dont les yeux sont
« larges comme deux pains ». Dans la province d’Arciadam, les hommes
et les femmes se couvrent les dents de lames d’or et observent une cérémonie
particulière pour soigner leurs malades.

En sortant de la province de
Caraiam, on traverse un pays sauvage avant d’arriver à la province de Mien, frontalière
de l’Inde, « remplie de forêts et de bois ». Capitale de cette
province, la ville de Mien accueille le tombeau d’un ancien roi. Dans la
province de Bangala, on trouve « de grands bœufs qui égalent en grosseur
les éléphants » et beaucoup d’esclaves que les Indiens viennent acheter. En
avançant vers l’orient, on rencontre la province de Cangigu, riche en or et en
parfums ; ses habitants ont coutume de « se peindre avec des
couleurs ». Dans la province d’Amu, les habitants portent à leurs bras des
bracelets d’or et d’argent alors que dans celle de Tholoman, ils sont
« exercés aux armes et accoutumés à la guerre ». Dans la province de
Gingui et la ville de Fun-gul, on trouve des lions « grands et
féroces » que les habitants combattent à l’aide de chiens. Les villes de
Cacausu, de Canglu et de Ciangli se distinguent respectivement par la
confection d’étoffes, l’extraction du sel et une foire
« considérable ». Cudinfu a quarante villes sous sa dépendance alors
que Singuimatu voit transiter « un nombre infini de petits bateaux chargés
de marchandises ». Le grand fleuve Caromoran est « fort
poissonneux » ; quinze milles navires stationnent à son embouchure et
les deux villes de Conigangui et de Caigui sont bâties sur son rivage. D’abord
gouvernée par un roi juste et pieux, la province de Mangi est assiégée par le
général de l’armée du Grand Khan. Ses villes portent les noms de Conigangui,
Panchi, Chain et Tingui. Le voyage se poursuit au pays de Nanghi, « riche
et agréable », connu pour l’abondance des étoffes et du froment. Sa ville
principale est Sianfu que les Tartares ont assiégée sur les conseils de Marco
et de son oncle, à l’aide de trois grandes machines jetant des pierres. Bâtie
sur la rivière de Quiam, la ville de Singui possède « un grand nombre de
vaisseaux » ; elle est en outre connue pour sa foire très célèbre.
Caigui produit du blé et du riz alors que Cingianfu fabrique des ouvrages d’or
et de soie. « Grande et riche », la ville de Cingingui a vu ses
habitants tués par l’armée du général du Grand Khan en punition de leur
assassinat de chrétiens. La ville de Singui est « fort peuplée » et
traversée par des ponts de pierre aux arches particulièrement hautes. Plus
loin, Quinsai est une ville « remarquable » et « une des plus
grandes du monde ». Traversée par un grand lac, elle abrite des maisons
« magnifiques », une importante garnison royale et des millions de
bains. Le Grand Khan en tire beaucoup de profits, en faisant le commerce du sel
et des aromates notamment. Le royaume comprend aussi les villes de Tampingui,
Ciangiam et enfin Cugui. Le voyage se poursuit au royaume de Fugui connu pour sa
pratique de la chasse, sa culture du gingembre et la consommation de chair
humaine qu’on y fait. Bâtie sur le bord d’une rivière, la ville de Quelinfu est
« grande et considérable » et ses habitants sont jugés beaux, alors
que la ville d’Unquen est connue pour sa production de sucre. Capitale du
royaume de Concha, Fugui est traversée par une rivière et accueille une foire
où sont exposées des pierres précieuses venues de l’Inde. La ville de Zeiton
est « fort grande » et dispose d’un bon port et de l’« un des
plus beaux marchés qui soient au monde », riche en poivre et en aromates.
Enfin, Figui se distingue par ses « belles porcelaines » et sa langue
particulière.

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