Le Diable et le Bon Dieu

par

Heinrich

Heinrich est un modeste curé qui vit désormais sous les attaques répétées des paysans habitant la ville de Worms. Pour tenter de protéger sa personne et revêtir un aspect moral plus proche de celui que Dieu apprécie, il renonce aux privilèges de l’Église que lui vaut sa position d’ecclésiastique, et qui sont justement décriés par le tiers état allemand en cette période de troubles. Il vit ainsi non comme un ecclésiaste mais misérablement, tels les paysans qui tentent d’abattre son ordre. Cependant, il se voit rejeté par ceux-ci, ne parvient pas à se sentir inclus parmi eux et à partager leurs valeurs. Enfin, il demeure tout de même rancunier envers cette paysannerie qui a tenté d’abattre l’évêché et ne lui a causé que du tort, ne croyant plus un traître mot de ses paroles.

Depuis le début, Heinrich se voit confronté à un dilemme. Son supérieur hiérarchique l’archevêque lui a confié, au moyen d’une clé secrète, l’accès à un souterrain qui lui permettra de s’échapper de la ville si la situation tourne mal, mais également de pénétrer dans son enceinte. Or, lorsque Goetz propose à Heinrich de le laisser entrer dans la ville afin que ses troupes le débarrassent des paysans qui le harcèlent, le curé voit se dresser devant lui un dilemme affreux, et doit choisir entre la perspective de voir la paysannerie massacrée par le général sanguinaire, ou renoncer à l’unique solution permettant de sauver les membres du clergé demeurant dans l’enceinte de Worms. C’est cette hésitation qui conduira Goetz à vouloir lui prouver que Dieu n’existe pas, et qu’il est donc inutile de chercher à défendre les paysans au nom de la merci de celui-ci.

Heinrich représente ainsi un double inversé de Goetz ; en effet, nous avons vu que Goetz passe son temps à tromper les autres en leur jouant sa farce athéiste, or, Heinrich, si fervent au départ dans sa défense des paysans, va livrer la ville aux mains du chef militaire, le pire étant qu’il se donnera ensuite toutes les raisons de défendre son action, tentant de la justifier par tous les moyens illusoires qui lui viennent à l’esprit. Heinrich, qui finira excommunié, est donc l’ombre de Goetz, son reflet inversé. En effet, sa pseudo-défense des paysans n’est qu’une façade qu’il cherche vainement à entretenir. Il se montre sans arrêt hypocrite, ce qui lui coûtera d’être nommé « faux-jeton », « truqueur » et « traître » par Goetz. Il est alors la véritable manifestation vivante de ce que le chef militaire cherche à prouver : l’absence de Dieu même dans le corps de ses plus fervents serviteurs.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Heinrich >