Le parfum

par

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Patrick Süskind

Patrick Süskind est un
écrivain allemand né en 1949 à
Ambach, village situé non loin de Munich en Bavière, d’une mère entraîneuse sportive
et de Wilhelm Emanuel Süskind, un journaliste célèbre pour avoir étudié le
langage de l’époque nazie. Sa famille compte plusieurs membres de
l’aristocratie du Wurtemberg ; il descend notamment de l’éducateur et théologien
luthérien souabe Johann Albercht Bengel (1687-11752) et du réformiste Johan
Brentius (1499-1570), coopérateur de Martin Luther.

Après son Abitur et son
service civil, il étudie entre 1968 et 1974 l’histoire médiévale et moderne à l’université de Munich et à Aix-en-Provence, sans aller jusqu’au diplôme. Grâce à l’aide
financière de ses parents, il peut mener à Paris une activité d’écrivain et de
scénariste ; il produit alors plusieurs courts récits qui ne connaissent
pas la publication. Il perce dans le milieu des lettres en 1981 avec La Contrebasse (Der Kontrabaß), une pièce qu’il avait d’abord conçue pour la radio
et qui connaîtra le succès en Allemagne comme en France. L’acteur, un
trentenaire contrebassiste de l’orchestre national, est seul en scène et monologue. Il exprime sa relation d’amour-haine avec son instrument, indispensable à
l’orchestre dit-il, le plus important même, mais qu’on remarque rarement, et
pour lequel seul Saint-Saëns a composé un solo. Remarqué, il ne l’est pas par
la soprane, Sarah, qu’il convoite. Il est plein de frustration, et à la fois déborde de passion pour son métier, et il
parle au public de musique, de ses goûts, en privilégiant Schubert à Mozart ou
Wagner. Les phrases sont courtes, développent un cours sur la contrebasse ou
versent dans la digression, prêtent parfois à rire, comme à l’occasion d’une
interprétation d’ordre psychanalytique des joueurs de contrebasse. Le ton monte
progressivement, avec la consommation d’alcool, le propos passant de l’éloge à
la critique de ce qui apparaît finalement davantage comme un embarras qu’un
instrument, finit-il par avouer. Jacques
Villeret
se chargera d’incarner ce rôle original et tragicomique pour le public français.

Süskind développe une
activité de scénariste à succès dans
les années 1980, avec notamment la mini-série télévisuelle Monaco Franze datant de 1983 et Kir
Royal
dans un même format en 1986.
Mais surtout, sa
seconde œuvre, Le Parfum, Histoire d’un meurtrier (
Das Parfum, Die Geschichte eines Mörders),
publiée en 1985, tour à tour roman
historique, récit fantastique, polar et conte philosophique, devient un succès international traduit en plus de
quarante langues. L’œuvre reste neuf ans sur la liste des meilleures ventes de
livres tenue par l’hebdomadaire Der Spiegel.
L’histoire, qui se situe au XVIIIe
siècle
, est celle de Jean-Baptiste
Grenouille
, un être doté de plusieurs caractéristiques singulières :
il n’a pas d’odeur, aucune notion du bien et du mal, et un odorat développé au point d’être capable d’analyser la moindre senteur en tous ses composants, et de percevoir
par son nez ce qui se passe derrière les murs – un nez absolu comme une oreille
absolue donc. De sa naissance à Paris jusqu’à Grasse, Jean-Baptiste Grenouille poursuit un idéal au gré d’une folie meurtrière que lui autorise son
amoralité : s’accaparer de
nouvelles odeurs
, les collectionner, à la poursuite d’une fragrance ultime. Le héros, qui n’est
pas complètement antipathique malgré son profil de serial-killer sans
conscience, se hisse au-dessus de l’humanité dans sa quête, acquiert une aura divine, au point qu’il finit par gagner
en pouvoir sur ses congénères au lieu d’encourir une condamnation universelle. Le
roman fait l’objet d’une adaptation au
cinéma
par Tom Wyker en 2006, avec l’acteur Ben Wishaw dans le rôle-titre,
laquelle connaît également un succès international.

En 1988 Süskind fait paraître une nouvelle ou un
court roman, Le Pigeon (Die Taube),
conte philosophique mettant en scène
Jonathan Noël, un quinquagénaire devenu orphelin jeune, venu à Paris sans
ambition, où il est à présent un modeste employé de banque à la vie secouée d’aucun événement, jusqu’au
jour où il trouve devant la porte de sa chambre de bonne un pigeon, lequel l’empêche d’accéder aux
toilettes. Cette rencontre fonctionne comme un détonateur : le paisible homme est soudain saisi d’un tourbillon d’angoisses. Tout est fait
pour que le lecteur partage les terreurs
du personnage et remonte avec lui vers ses traumatismes d’enfance. L’œuvre apparaît alors comme une réflexion sur la peur de l’autre, la névrose ou la phobie.

Le roman L’Histoire de Monsieur Sommer (Die Geschichte von Herrn Sommer) paraît
en 1991. Le narrateur, censé être un quinquagénaire, s’exprime pourtant comme
un enfant, remontant dans ses souvenirs à sa jeunesse campagnarde jusqu’au
village où il habitait. Il croisait souvent, alors, Monsieur Sommer, un étrange bonhomme toujours à arpenter la
région par monts et par vaux, sans que l’enfant n’en comprenne la raison.
L’histoire se bâtit autour de ce mystère
et devient prétexte à révéler la vie
intérieure
et les sentiments du
narrateur à travers cette contemplation d’une personne errante. L’édition
allemande comme l’édition française comprennent des illustrations de Sempé, le dessinateur bien connu du Petit Nicolas.

Sur l’amour et la mort (Über Liebe und Tod) est un essai paru en 2006 sur les thèmes de
l’amour et la mort vus à travers les œuvres de divers artistes et penseurs :
Platon, Gœthe, Wagner, Stendhal, Oscar Wilde, Baudelaire, Sade, ou encore
Kleist ; ou en invoquant des figures mythiques comme celles d’Orphée et de
Jésus. Mais le romancier n’est pas oublié et se laisse aller à raconter de petites anecdotes cocasses ou propres à
émouvoir le lecteur.

 

L’écriture de Süskind se caractérise par le sentiment d’étrangeté qui se dégage de
ses récits et sa capacité à susciter
l’empathie pour son personnage principal chez son lecteur
. Le succès
international, prolongé par son adaptation cinématographique, de son roman Le Parfum a permis à ses autres œuvres
de bénéficier d’un regain d’intérêt, et Le
Pigeon
comme La Contrebasse sont
des œuvres largement lues par le lectorat fidélisée d’un écrivain sans
équivalent dans sa façon de raconter.

 

 

« Maintenant il sentait qu’elle était un être humain, il
sentait la sueur de ses aisselles, le gras de ses cheveux, l’odeur de poisson
de son sexe, et il les sentait avec délectation. Sa sueur fleurait aussi frais
que le vent de mer, le sébum de sa chevelure aussi sucré que l’huile de noix,
son sexe comme un bouquet de lis d’eau, sa peau comme les fleurs de
l’abricotier… et l’alliance de toutes ces composantes donnait un parfum
tellement riche, tellement équilibré, tellement enchanteur, que tout ce que
Grenouille avait jusque-là senti en fait de parfums, toutes les constructions
olfactives qu’il avait échafaudées par jeu en lui-même, tout cela se trouvait
ravalé d’un coup à la pure insignifiance. »

 

Patrick Süskind, Le Parfum, Histoire d’un
meurtrier
, 1985

 

« De
l’amour à la haine il y a ma contrebasse…
L’instrument
n’est pas précisément maniable. Une contrebasse, c’est plutôt, comment dire, un
embarras qu’un instrument. Vous ne pouvez guère la porter, il faut la traîner ;
et si vous la faites tomber, elle est cassée. Dans une voiture, elle ne rentre
qu’à condition d’enlever le siège avant droit. À ce moment- là, la voiture est
pratiquement pleine. Dans un appartement, elle se trouve sans cesse sur votre
chemin. Elle est plantée là… avec un air si bête, vous voyez… mais pas comme un
piano. Un piano, c’est un meuble. Vous pouvez le fermer et le laisser là où il
est. Elle, non. Elle est toujours plantée là… »

 

Patrick Süskind, La Contrebasse, 1981

 

« Il avait penché la tête sur le côté et fixait Jonathan de son
œil gauche. Cet œil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre,
était effrayant à voir. Il était fixé comme un bouton cousu sur le plumage de
la tête, il était dépourvu de cils et de sourcils, il était tout nu et
impudemment tourné vers l’extérieur, et monstrueusement ouvert ; mais en même
temps il y avait là, dans cet œil, une sorte de sournoiserie retenue ; et,
en même temps encore, il ne semblait ni sournois, ni ouvert, mais tout
simplement sans vie, comme l’objectif d’une caméra qui avale toute lumière
extérieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son intérieur. Il n’y
avait pas d’éclat, pas de lueur dans cet œil, pas la moindre étincelle de vie.
C’était un œil sans regard. Et il fixait Jonathan. »

 

Patrick
Süskind, Le Pigeon, 1988

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