Le parfum

par

Héros et antihéros : une figure de meurtrier ambivalente

LeParfum a poursous-titre « histoire d’un meurtrier ». À côté de l’image dedouceur à laquelle renvoie le mot « parfum », est associée celle decruauté à laquelle renvoie le mot « meurtrier ». Le titre résume bienle roman. La création du « parfum absolu » est le mobile de ce meurtrier, et l’odeur est l’élémentpar lequel il choisit sa victime. Ce n’est pas un hasard si elles ont toutes lemême profil, celui de jeunes filles vierges.

Si Grenouille est sans aucundoute un tueur en série, une question se pose : est-il un criminel, unêtre immoral ? La lecture du roman livre une réponse pour le moins ambiguëà cette question. Grenouille n’a jamais eu d’éducation morale. Il a vécu repliéet isolé sans contact chaleureux ni affectif. Il a un don unique qu’il ne peutpas partager. Empli par les odeurs, Grenouille a une vision du monde différentede celle des autres. Il cherche simplement à créer la perfection à travers cequ’il ressent, dans le cadre d’un art qui lui est particulier, de façon amorale donc.

Il semble par ailleurs que lesceau du malheur vient marquer l’entourage de Grenouille au gré de son parcours.Une fatalité touche en effet presque tous ceux qui l’approchent, car la plupartd’entre eux mourront dans des situations terribles ; c’est le cas deBaldini, du tanneur, de Mme Gaillard, et bien sûr plus tard des jeunes fillesqu’il assassine.

Grenouille, malgré sescrimes, ne laisse pas indifférent le lecteur. On s’attache même facilement àlui, il a parfois la figure du héros : ses pouvoirs paraissent en effetsurhumains ; certains sont innés, tandis qu’il en développe d’autres. Ilapparaît très intelligent dans sa capacité à percevoir les odeurs, les classer,les réunir harmonieusement sans qu’on ne lui ait rien appris à ce sujet. L’attirancequ’il exerce est même ce qui finit par le tuer, à la fin de l’ouvrage :« Il s’était aspergé des pieds à la têteavec le contenu de cette petite bouteille et était apparu tout d’un coup inondéde beauté comme d’un feu radieux […] Ilséprouvaient une attirance pour cet homme qui avait l’air d’un ange ».

C’est un personnageambivalent et cet aspect est très bien résumé par le père Terrier : «  L’odeurhumaine est toujours charnelle, c’est donc toujours une odeur de péché… ».Grenouille, qui n’a pas d’odeur, apparaît d’abord pur et sans péché, mais enmême temps, dépourvu d’humanité ; c’est donc aussi un monstre.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Héros et antihéros : une figure de meurtrier ambivalente >