Le Pianiste

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Une histoire du ghetto de Varsovie

Le Pianiste offre au lecteur l'occasion de découvrir l'histoire du plus grand ghetto de la Seconde Guerre mondiale, de sa création, des conditions de vie qui y régnaient, et de l'héroïque et vaine révolte qui en marqua la fin : le ghetto de Varsovie.

Une fois Varsovie aux mains des Nazis, les conditions de vie des Juifs vont, peu à peu, se dégrader de façon dramatique. « Bientôt l'accès aux trains a été interdit aux Juifs. Un peu plus tard, nous avons dû acheter des tickets de tram facturés quatre fois plus chers » ; de plus, « les hommes d’origine juive avaient l'obligation de s'incliner devant le moindre soldat allemand qu'ils croisaient dans la rue. » À partir du 5 décembre 1940, les Juifs doivent « se munir de brassards blancs sur lesquels une étoile de David doit être cousue en fil bleu. » Leur « statut de paria devait donc être proclamé aux yeux de tous. » Bientôt, les Allemands commencent à concentrer les Juifs de Pologne, particulièrement à Varsovie, où ils arrivent « entassés dans des wagons à bestiaux, aux portes condamnées [où] ils restaient sans nourriture, ni boisson, ni couvertures pendant des jours entiers. »

Dans la propagande officielle qui inonde la presse, les Juifs sont décrits comme des « parasites sociaux » et des « agents de contamination » de maladies comme le typhus. Il vont donc être confinés dans « un quartier séparé […] où ils bénéficieraient d'une liberté totale et pourraient continuer à pratiquer les coutumes de leur race. » En fait, ils vont être parqués dans deux parties distinctes de Varsovie, ils seront coupés du monde et livrés à l'arbitraire des Allemands. Ils n'ont que quelques heures pour quitter leur logis et se rendre dans la partie de la ville qui leur est imposée. Les limites de ce ghetto vont rétrécir au fil du temps, ce qui entraîne d'évidents problèmes de logement et de surpopulation : « Un demi million de personnes étaient soudain à la recherche d'un toit dans une partie déjà surpeuplée de la capitale, qui pouvait difficilement accueillir plus de cent mille habitants. » Les conditions de vie dans le ghetto sont très dures, en particulier dans sa partie la plus pauvre, le Petit Ghetto, où les habitants « ne survivaient que grâce au troc et au petit commerce. » « De vieux Juifs émaciés jusqu'à en être défigurés essayaient de vendre des hardes informes. C'est un grouillement de gens miséreux qui essaient de monnayer le peu qu'il leur reste, pour survivre un jour encore. » Les habitants à bout de ressources, y compris les enfants, se livrent à la contrebande, ce qui présente un risque mortel. Cela dit, Wladyslaw Szpilman décrit aussi comment l'ordre nazi régnait dans le ghetto grâce à une police juive détestée des habitants et comment une minorité de profiteurs parvenaient à utiliser la situation pour s'enrichir.

Dans de telles conditions, rien d'étonnant à ce que les maladies se répandent parmi la population, notamment le typhus : « l'épidémie a bientôt décimé le ghetto. Le typhus en est arrivé à emporter près de cinq mille habitants tous les mois. » « Le taux de mortalité était si élevé que le ghetto n'était pas en mesure d'enterrer ses morts assez vite. […] dépouillés de leurs vêtements […] ils étaient abandonnés sur les trottoirs, enveloppés de papier journal. Là, ils attendaient souvent des jours entiers avant que les véhicules du Conseil passent les ramasser et les conduisent aux fosses communes du cimetière. ». Mais pour les Nazis, cela ne suffit pas. Très tôt, des Juifs sont raflés et disparaissent. « C'est bien plus tard que j'ai appris que le millier d'hommes arrêtés dans le ghetto ce jour-là a été conduit droit au camp de Treblinka, et que les Allemands ont expérimenté avec eux les nouvelles chambres à gaz et les nouveaux fours crématoires qu'ils venaient d'y installer. » écrit Wladyslaw Szpilman. Pour les aider dans leur sinistre besogne, les Allemands emploient des miliciens d'origine ukrainienne et lituanienne. L'objectif : déporter toute la population rassemblée dans le ghetto et l'exterminer. « Tout un pan de Varsovie, une population de cinq cent mille âmes, allait être expulsée de la ville. Cela paraissait tellement absurde que personne ne pouvait y croire. » L'opération de « relocalisation » – c'est ainsi que les Nazis l'appellent – se met en place. Des familles entières sont emmenées vers l'Umschlagplatz, lieu de rassemblement avant l'embarquement vers le camp d'extermination de Treblinka. Là, les conditions d'attente sont épouvantables, comme le raconte Wladyslaw Szpilman : « J'ai aperçu des vieillards étendus dans un coin, des hommes et des femmes qui avaient sans doute été raflés dans un hospice. D'une affreuse maigreur, ils paraissaient à bout de forces. […] Des femmes avec leur bébé dans les bras se traînaient de groupe en groupe, quémandant quelques gouttes d'eau. […] Les petits avaient déjà un regard mort sur lequel leurs paupières se fermaient à leur insu. »

Dès ce moment la question se pose dans la population : doit-on accepter de se laisser faire ? Ne faut-il pas résister ? Ces points de vue antagonistes sont exprimés, d'une part par un dentiste parqué dans l'Umschlagplatz, et d'autre part par le père de Wladyslaw Szpilman. Le dentiste s'exclame : « C'est une honte pour nous tous. Nous les laissons nous conduire à la tuerie comme des moutons à l'abattoir. Si nous attaquions les Allemands, le demi-million que nous sommes, nous pourrions nous libérer du ghetto, ou en tout cas mourir dignement au lieu de laisser une page aussi honteuse dans l'Histoire. » Le père lui répond : « nous ne sommes pas des héros mais des gens tout ce qu'il y a d'ordinaire. Et c'est pourquoi nous préférons prendre le risque de garder l'espoir même dans ces dix pour cent de chances que nous avons de survivre. » Pourtant, c'est le premier point de vue, celui du dentiste, qui va bientôt prévaloir. Après l'annonce du débarquement allié en Afrique du Nord, « les premiers actes de représailles se sont produits dans le ghetto, avant tout contre les collaborateurs et les membres corrompus de notre communauté. » Les actes de résistance deviennent quotidiens : celui qui « nous rapportait chaque jour de la ville des sacs de pommes de terre dissimulait sous les légumes des munitions que nous répartissions entre nous et que nous faisions entrer dans le ghetto cachées sous le pantalon, le long des jambes. » En février 1943, c'est le soulèvement. Les Juifs du ghetto répondent à la violence allemande par les armes : « Plutôt que de se laisser emporter vers la mort, les gens s'étaient défendus avec acharnement. Ils s'étaient réfugiés dans des caches aménagées à l'avance […]. Dans d'autres immeubles, les habitants s'étaient sommairement barricadés et avaient accueilli les SS par un feu nourri, décidés à périr l'arme à la main et non dans les chambres à gaz. » La lutte est acharnée, et les Allemands sont stupéfaits par le fait que ceux qu'ils considèrent comme des sous-hommes puissent ainsi leur résister – nouveau tableau : « les combats immeuble par immeuble, rue après rue, les lourdes pertes subies par les nazis. Malgré le recours à l'artillerie, aux chars et à l'aviation, il leur a fallu des semaines pour écraser les rebelles, dont les moyens militaires étaient dérisoires comparés aux leurs, mais ils étaient tous décidés à combattre jusqu'à la mort. » Mais la révolte est vouée à l'échec, et les Nazis ne vont pas laisser un mur debout dans le ghetto.

En 1944, les Nazis parachèvent leur travail de destruction. « Systématiques jusqu'au bout, comme à leur habitude, les Allemands avaient encore le temps de détruire le ghetto jusqu'à ses fondations, à présent qu'ils l'avaient « nettoyé » de ses habitants, et ils ont donc entrepris de raser les bâtiments les uns après les autres, de les dynamiter rue après rue, expédiant les décombres hors de la ville par un système spécial de trains à voie étroite ; les « maîtres du monde », atteints dans leur honneur par le soulèvement juif, s'étaient juré de ne pas laisser debout une seule pierre du ghetto. »

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