Le Pianiste

par

Wladyslaw Szpilman

Wladyslaw Szpilman : instrumentiste virtuose, compositeur, intellectuel raffiné, juif, tout l'oppose à la barbarie nazie. Il est l'incarnation de ce que les nouveaux maîtres de l'Europe en ces années de guerre ont voulu détruire, et il a survécu. Sa grande sensibilité lui fait ressentir la situation avec une intensité intolérable, ce qui le pousse au bord de la dépression. C'est la musique qui le sort de sa mélancolie : « Mon travail ne me donnait guère le loisir de broyer du noir ». La musique, c'est sa sphère protégée, son havre que les barbares ne peuvent atteindre. Ainsi, alors que les armées allemandes écrasent tout en Europe, lui, sa famille et ses amis parviennent à s'abstraire de la terrible réalité : « Je me suis installé au piano, entouré par des connaisseurs […]. Le violoniste est venu se placer à ma droite. À ma gauche s'est assise une charmante jeune fille […] qui se disposait à tourner les pages de la partition pour moi. Qu'aurais-je pu souhaiter de plus pour atteindre au parfait bonheur à ce moment ? » Mais quand la réalité fracasse cette fragile sphère, il est dévasté par la mélancolie. « Le désespoir sans fond dans lequel j'avais sombré », écrit-il, le plonge dans un état qui ressemble fort à une dépression. En ces temps où les gens survivent en faisant du marché noir, en volant, il fait la seule chose qu'il sache faire : il joue du piano et donne des concerts. Jusqu'au jour où la barbarie prend le dessus et où il échappe d'un cheveu à la déportation : « Quelqu'un m'a attrapé par le collet et m'a tiré sans ménagement de l'autre côté du cordon de policiers. ». L'artiste délicat qui préservait ses mains – son outil de travail – devient ouvrier du bâtiment et se soumet aux dures réalités de ce métier, il est battu, il est affamé. Puis il se voit contraint de se cacher, et de vivre « dans une solitude extrême, unique. J'étais seul dans un immeuble abandonné, dans un quartier déserté ». Il boit de l'eau croupie, ronge des croûtes de pain dur et moisi. Il descend au plus bas de ce que peut supporter un être doué de raison avant de sombrer dans la folie.

            Or, au fil du temps et de cette descente aux enfers, Wladyslaw Szpilman ne renonce jamais à ses valeurs. Il aurait pu être préservé en obtenant un faux certificat de travail, mais il le refuse car lui seul aurait été protégé, et non sa famille. Quand il travaille sur des chantiers à l'extérieur du ghetto, il se livre au marché noir, mais non pour son profit : il fait passer de la nourriture pour la communauté, et aussi des armes pour la rébellion qui se prépare. Ces actes de courage, Wladyslaw Szpilman les évoque avec une grande modestie. De plus, il est remarquable qu'à aucun moment il n'exprime la moindre idée de vengeance. Il a traversé l'enfer et est demeuré, sinon intact, intègre. Wladyslaw Szpilman n'a jamais baissé pavillon face aux Nazis, c'est ce qui fait de lui un être remarquable.

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