Le sanglot de la terre

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Présentation

Le Sanglot de la Terre est un recueil de poèmes de Jules Laforgue rédigés de 1878 à 1883, lequela été publié posthumément en 1901. Cet ensemble de poèmes revêt un tonmélancolique, et comme la plupart des œuvres de Laforgue, il révèle sa vision particulièrede la vie, globalement morose et neurasthénique, molle comme les salons del’époque, car le poète perçoit toute la vanité de l’existence, sa conscience aiguëayant été entretenue par son goût pour les philosophies germaniques, et surtoutcelle de Schopenhauer. L’aspect décadent de sa poésie lui interdit le statutglorieux d’autres poètes morts jeunes tels Arthur Rimbaud ou Tristan Corbièrequi l’ont cependant inspiré. Si la forme du recueil procède en majeure partied’une influence extérieure, son inspiration est tout originale.

Tuberculeux, désenchanté, Jules Laforgue traîne son malde vivre des bancs de l’école vers le monde des lettres après un triple échecau baccalauréat de philosophie. Dès lors, la lecture des poètes et des philosophesdevient son principal refuge. Dans LeSanglot de la Terre, on a l’impression qu’au lieu de vivre, Laforgue« survit ». Sa vie entière paraît une mission de sauvetage quimalheureusement échoue lorsqu’il succombe à la tuberculose seulement âgé de vingt-septans.

Le recueil comprend six sections : « Lamasabacktani »(où l’on trouve plusieurs poèmes dont il sera question au cours de l’analyse dont« Excuse mélancolique », « Noël sceptique », « Citernetarie » et « Lassitude »), « Angoisses », « Variationssur la mort », « Résignations infinies », « Spleen »et « Autres poèmes » (dont l’antépénultième poème est « LaCigarette »).

Le poème le plus connu du recueil, « LaCigarette », est un sonnet dont le schéma des rimes ABBA ABBA CDD CEE estassez rare – on peut le trouver chez Pétrarque, Wyatt ou Auguste Brizeux. Lepoète y exprime dans le premier quatrain son athéisme : « quant àl’autre [monde], sornettes », et sa désinvolture face à la fatalitéinhérente au destin de l’homme : « pour tuer le temps, en attendantla mort, / Je fume au nez des dieux de fines cigarettes ». Le secondquatrain rappelle la Ballade des pendusde François Villon, puisque Laforgue s’y adresse aux « vivants »,dont la lutte paraît vaine et contraste avec sa décision de se concentrer surl’extase plutôt que sur l’action. Le premier tercet paraît préfigurer lesurréalisme puisque dans le paradis enfumé de Laforgue, « Des éléphants enrut » et des « chœurs de moustique » se croisent dans des« valses fantastiques ». Le dernier tercet rappelle un poème deRimbaud, Le Rêve de Bismarck, queLaforgue avait peu de chance d’avoir lu, publié sous pseudonyme le 25 novembre1870 dans Le Progrès des Ardennes etredécouvert en 2008 ; si Bismarck, pour avoir trop rêvé à Paris, a chezRimbaud le nez qui flanche dans le fourneau incandescent de sa pipe, chezLaforgue, le poète qui s’éveille pour devenir poète, une fois la fantaisievécue, constate que c’est son pouce, ayant pris un tour « rôti commeune cuisse d’oie », qui a fait les frais de sa rêverie.

Dans les axes d’étude, nous mettrons premièrement enexergue l’ennui du poète, puis nous ferons ressortir son désir d’évasion,engendré par cet ennui, à travers sa recherche de consolation, tant dans lapoésie que dans les plaisirs terrestres. Mais incapable de se trouver une voie,le poète finit par adopter une attitude défaitiste, qui transparaît à traversles pièces poétiques dans les notions de destinée et de fatalité.

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