Le sanglot de la terre

par

L’ennui du poète

Il y a dans la poésie de Jules Laforgue l’influence certaine de l’Ecclésiaste avec qui le poète partage une certaine lassitude de l’existence et un ennui insupportable face au quotidien : « Trente siècles d’ennui pèsent sur mon épaule / Et concentrent en moi leurs sanglots, leurs remords » affirme-t-il dans son poème « Lassitude ». Cette lassitude face à l’existence est une compagne familière qui hante ses jours. Cependant, à l’opposé de l’Ecclésiaste qui analyse son ennui et par diverses expériences essaie de s’en défaire en cherchant un sens à l’existence, l’auteur ici renonce à comprendre la raison de cet ennui ou encore à la combattre : « Que me fait désormais ce monde de misère ! / Je pleurerai sur lui, mais lutter, à quoi bon ? ».

Ce défaitisme face à l’existence, il le revendique, il s’en fait une passion qu’il cultive avec un soin particulier : « L’Art, le Spleen, la Douleur sont mes seules amours »peut-on l’entendre affirmer dans le poème « Excuse mélancolique ».On peut donc parler dans le cas de Laforgue d’un dégoût de la vie qui paraît à première vue caractéristique d’une nature foncièrement lâche, qui trouve ses causes ou ses manifestations dans la série d’échecs ayant émaillé le parcours terrestre de l’auteur. Parce que rêveur, et incompris, « paria de la famille humaine » comme il se plaît à se qualifier dans le poème « Noël sceptique », il trouve néanmoins un moyen de continuer à flotter dans ce monde qui l’ennuie grâce à la force des rêveries et des plaisirs (notamment les paradis artificiels de la cigarette) auxquels il consacre son temps et son énergie

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