Le sanglot de la terre

par

Un sort tragique

Le troisième thème clé que l’on peut percevoir dans lerecueil est la fatalité. Dans Le Sanglotde la terre, le destin de Jules Laforgue semble presque déjà écrit. Eneffet, on peut lire derrière l’expression de son désespoir et de son ennui lesprémices d’une mort qui l’emportera jeune. Fondamentalement convaincu del’inutilité d’avoir un but, des rêves, de l’inanité de l’existence tout court,il promène sur elle un regard dégoûté, conscient de ce qu’il n’a à remplir aucunemission : « Et j’erre à travers tout, sans but et sansenvie, / Fouillant tous les plaisirs, ne pouvant rien aimer »dit-il dans « Lassitude ». Aussi du fond de la vacuité de sonexistence, n’émerge qu’une seule attente : la mort qui l’en délivrera ;et qui le portera non pas vers un monde meilleur – il n’y croit pas, puisqu’ilaffirme que « ce monde est bienplat ; quant à l’autre, sornettes » – mais lui offrira le reposdu néant qu’il appelle de toutes ses forces.

Cependant on sent que cette attente est teintée d’unecertaine angoisse : « Pas un jour où, poltron, je ne songe à lamort » affirme-t-il dans « Citerne tarie ». Cetteangoisse plus que toute autre émotion est révélatrice de l’espoir secretque quelque chose change, que quelque chose l’intéresse et l’attache à cetteexistence qu’il n’aime pas car ne pouvant la comprendre, mais qu’il supporte àcoups de cigarettes et de rêves. Si finalement son attente ne sera pas déçue(il mourra à vingt-sept ans), il aura quand même eu le temps de laisser à lapostérité une œuvre poétique riche et remarquable.

 

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