Le sanglot de la terre

par

Un sort tragique

Le troisième thème clé que l’on peut percevoir dans le recueil est la fatalité. Dans Le Sanglot de la terre, le destin de Jules Laforgue semble presque déjà écrit. En effet, on peut lire derrière l’expression de son désespoir et de son ennui les prémices d’une mort qui l’emportera jeune. Fondamentalement convaincu de l’inutilité d’avoir un but, des rêves, de l’inanité de l’existence tout court, il promène sur elle un regard dégoûté, conscient de ce qu’il n’a à remplir aucune mission : « Et j'erre à travers tout, sans but et sans envie, / Fouillant tous les plaisirs, ne pouvant rien aimer » dit-il dans « Lassitude ». Aussi du fond de la vacuité de son existence, n’émerge qu’une seule attente : la mort qui l’en délivrera ; et qui le portera non pas vers un monde meilleur – il n’y croit pas, puisqu’il affirme que « ce monde est bien plat ; quant à l'autre, sornettes » – mais lui offrira le repos du néant qu’il appelle de toutes ses forces.

Cependant on sent que cette attente est teintée d’une certaine angoisse : « Pas un jour où, poltron, je ne songe à la mort » affirme-t-il dans « Citerne tarie ». Cette angoisse plus que toute autre émotion est révélatrice de l’espoir secret que quelque chose change, que quelque chose l’intéresse et l’attache à cette existence qu’il n’aime pas car ne pouvant la comprendre, mais qu’il supporte à coups de cigarettes et...

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Dissertation à propos de Le sanglot de la terre