Le sanglot de la terre

par

La nécessité d’évasion

Parce que plus que tout autre, il est conscient de son ennui et du sentiment qu’il a d’être enfermé dans un monde qui n’est pas fait pour lui, Jules Laforgue éprouve le désir de s’échapper. Fuir, non seulement son quotidien et ses aléas, mais aussi se fuir lui-même. Il se crée donc un monde imaginaire, un « paradis, fleuri de rêves clairs »où, contemplatif, plus spectateur qu’acteur, il peut assister à des « valses fantastiques » impliquant des « des éléphants en rut » et « des chœurs de moustiques ».

La cigarette (objet auquel il consacre le poème éponyme dont sont issus les extraits précédents) constitue la clé d’accès à cette réalité parallèle où très souvent il se retire. Mais ce monde imaginaire ne prend jamais chez lui le pas sur la réalité et il a une conscience aigüe de sa propre lâcheté, de son renoncement : « Allez, vivants, luttez » lance-t-il aux hommes qu’il qualifie de « pauvres futurs squelettes »,préférant lui « le méandre bleu qui vers le ciel se tord », même s’il sait que ce dernier l’endort.

 Secoué donc par les contradictions inhérentes à son rêve lucide, il cède au découragement et ne peut donc que connaître la fin qui fut la sienne, car définitivement convaincu que ce monde-ci n’avait rien à lui offrir que des plaisirs évanescents, de la mélancolie et de la morosité. Il ne lui reste d’autre recours que de souhaiter sa propre mort comme il le fait par ce cri lancé dans le poème « Ô gouffre aspire moi » : « Ô gouffre aspire-moi ! Néant, repos divin… ».

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