Lélia

par

Lélia d’Almovar

Etant aussi le titre du roman, Lélia ne peut être que le personnage principal autour duquel se concentre toute l’histoire. Comme dans la plupart des ouvrages Sandiens, il s’agit d’une personne féminine, l’héroïne du récit. Lélia est une jeune femme aimée par Sténio, le poète, mais aussi par Magnus, le moine et est très proche de Trenmor, son ami et grand confident. Elle est décrite comme étant « si pure et si belle » par son grand amour Sténio.

Mais le vrai portrait de Lélia nous est offert au cours d'un bal costumé chez le riche musicien Spuela. Elle a « le vêtement austère et pourtant recherché, la pâleur, la gravité, le regard profond d'un jeune poète d'autrefois ». Et Sténio la décrit comme tel :

 « Regardez Lélia, regardez cette grande taille grecque sous ces habits de l'Italie dévote et passionnée, cette beauté antique dont la statuaire a perdu le moule, avec l'expression de rêverie profonde des siècles philosophiques ; ces formes et ces traits si riches ; ce luxe d'organisation extérieure dont un soleil homérique a seul pu créer les types maintenant oubliés… Regardez ! C'est le marbre sans tache de Galatée avec le regard céleste du Tasse, avec le sourire sombre d'Alighieri. C'est l'attitude aisée et chevaleresque des jeunes héros de Shakespeare ; c'est Roméo, le poétique amoureux ; c'est Hamlet, le pâle et ascétique visionnaire ; c'est Juliette, Juliette demi-morte, cachant dans son sein le poison et le souvenir d'un amour brisé ».

            Cependant, George Sand idéalise et transcende ce personnage de sorte que l’amour charnel soit inaccessible aux amours de Lélia. « Un divorce complet s’était opéré à mon insu entre le corps et l’esprit »  Malgré ses promesses de se rapprocher de Sténio qui souffre de ne pouvoir la toucher, Lélia vit dans son monde, un monde spirituel qui l’élève et qui l’empêche d’avoir les pieds sur terre. « Le désir chez moi était une ardeur de l’âme qui paralysait la puissance des sens». En Lélia, nous voyons George Sand qui, elle-même a mal vécu ses relations amoureuses. Même après le désordre et l’incompréhension intérieure qui la pousse à se retirer dans un endroit désertique et calme où elle pourrait méditer paisiblement sur son sort, Lélia ne résout pas pour autant son problème.

            La seule libération de cette douleur intense paraît la mort, le désespoir encourageant Sténio au suicide. Par la suite, la mort de Lélia, étranglée par Magnus, nous confirme que la seule issue était le voyage vers l’au-delà, ensemble. C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle Sand choisit de les enterrer côte à côte.

            Lélia est un personnage compliqué car aux multiples contradictions. D’ailleurs, les personnes qui l’entourent, n’arrivent pas à la comprendre non plus. Lélia est décrite comme ayant un corps de marbre, «  à la fois beauté et froideur, absence de vie de ce corps ».

Dès les premières lignes du roman, on assiste à la souffrance due à l’incompréhension d’un homme de l’attitude de sa bien-aimée : « Qui es-tu ? et pourquoi ton amour fait-il tant de mal ? Il doit y avoir en toi quelque affreux mystère inconnu des hommes. A coup sûr tu n'es pas un être pétri du même limon et animé de la même vie que nous ! Tu es un ange ou un démon, mais tu n'es pas une créature humaine ».

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