Lélia

par

Un amour peu ordinaire

Tout au long du roman, nous avons affaire à une héroïne qui exprime un amour assez particulier, incompris par son entourage et pas très clair pour le lecteur. Lélia est, en effet, une jeune femme belle, douce et sensible qui aspire bien plus les désirs spirituels et métaphysiques que les tentations charnelles et donc bien réelles et dont rêverait n’importe quel homme.

« Combien de fois … n'ai-je pas senti mon cœur se précipiter vers un but inconnu, vers un bonheur sans forme et sans nom, qui est au ciel, qui est dans l'air, qui est partout comme un aimant invisible, comme l'amour ? »

 On parle, bien sûr, d’amour. Lélia ne peut aimer Sténio comme il le souhaite car « Sténio, ce n’est pas l’amour ». Les deux jeunes gens n’ont pas la même conception de ce  terme si fort quand il s’agit du sentiment et pourtant si différent lorsqu’on parle de sens. Lélia définit l’amour comme étant « l'aspiration sainte de la partie la plus éthérée de notre âme vers l'inconnu ». Lélia se laisse attirer par un amour plutôt platonique, contrairement à Sténio :

« Un divorce complet s’était opéré à mon insu entre le corps et l’esprit ».

George Sand fait de son héroïne une âme de souffrance à cause de cet amour particulier, de son insatisfaction sexuelle. Du coup, elle est malheureuse. Frustrée et même complexée, Lélia ressent pourtant le besoin d’aimer réellement comme n’importe quelle autre jeune femme de son âge l’aurait fait. Mais celle-ci ne peut aimer qu’à travers ses rêves et n’est pas prête de être possédée par le corps d’un homme.

« J’avais vécu en sens inverse de la destinée naturelle. Au lieu de commencer par la jouissance et de finir par la réflexion, j’avais ouvert le livre de la vie au chapitre de la science, je m'étais enivrée de méditations et de spiritualisme ».

 Suite aux nombreuses déclarations d’amour et aux avances de Sténio, Lélia a bien tenté de se rapprocher de lui. Proche du but, celle-ci revient sur sa décision et envoie sa sœur Pulchérie à sa place. Lélia se révolte contre cette incapacité de se laisser désirer par les hommes, oui, car elle est non seulement désiré par Sténio mais aussi par Trenmor et même Magnus le moine malgré lui. Ceci reflète la vie amoureuse aux nombreux soupirants de George Sand, origine de ses scandales.

Cet amour inaccessible va d’ailleurs se terminer de manière tragique. Désespéré, Sténio se donne la mort. Quand à Lélia, elle sera retrouvée morte sur la plage (si l’on tient compte de la seconde version du roman en 1839). La mort paraît être la seule issue de réunir les deux âmes. Les deux corps seront, en effet, enterrés côte à côte. 

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