Les Conquérants

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André Malraux

André Malraux (1901-1976) est un écrivain et un homme politique français autodidacte et antifasciste qui a participé à de nombreux combats.

La jeunesse.

André Malraux est né le 3 novembre 1901 à Paris. Il vit un traumatisme lors de la séparation de ses parents en 1905. Il reste avec sa mère et tous les deux s’installent chez les grands-parents maternels. Les médecins diagnostiquent au jeune Malraux un trouble neurologique qui se caractérise par des tics (syndrome de la Tourette). Durant son adolescence, il assiste à des représentations théâtrales et il se passionne pour l’écriture. Après avoir obtenu son certificat d’études, le lycée refuse pourtant de l’inscrire en études secondaires. Il gagne sa vie en développant une activité de bouquiniste et de chineur.

Le directeur artistique.

En 1919, il est engagé dans la librairie de René-Louis Doyon. Ce dernier lance sa revue Connaissances – dans laquelle Malraux publie ses premiers articles –  ainsi qu’une activité d’éditeur qui compte aussi sur la collaboration du jeune critique. Malraux s’investit de plus en plus dans les milieux artistiques où il côtoie Max Jacob, Jean Cocteau, Paul Morand, Raymond Radiguet… En 1920, il accepte une place de directeur artistique aux éditions du Sagittaire qui lui permet de quitter la demeure des grands-parents et de s’installer à Paris. Il devient ensuite éditeur à la Galerie Simon où il publie les textes de Max Jacobs, de Reverdy, de Radiguet. En 1921, il y publie le premier livre qu’il rédige, Lunes en papier. Au cours de cette même année, il rencontre Clara Goldschmidt, avec laquelle il entreprend un voyage en Italie avant de se marier au mois d’octobre. Ils passent les fêtes de fin d’année à Magdebourg dans la famille de Clara. L’année suivante, ils voyagent en Allemagne, en Tunisie puis en Sicile alors que Malraux commence une longue collaboration avec la NRF.

L’expérience indochinoise.

Malraux a décidé de s’occuper de la gestion des biens de son épouse. Malheureusement en 1923, en raison de l’effondrement des valeurs mexicaines, le couple se retrouve ruiné. Pour se constituer un nouveau patrimoine, ils partent dans la jungle cambodgienne avec la ferme intention de s’emparer de certains éléments du temple de Banteaï-Drei afin de les revendre à de riches collectionneurs internationaux. Cette expédition est organisée avec l’ami de toujours, Louis Chevasson, et en abusant des fonds du ministère des Colonies qui croit subventionner une mission archéologique. Une fois sur place, le trio scie une tonne de pierres précieuses qu’ils rapportent à Phnom Penh. Ils sont arrêtés, jugés et emprisonnés, sauf Clara qui rentre à Paris où elle organise une pétition signée par artistes les plus célèbres de l’époque. Cette pression médiatique et politique permet de réduire et d’annuler la peine. Malraux rentre à Paris et il obtiendra même de la Cour de cassation que les bas-reliefs lui soient restitués avant que cet arrêt ne soit annulé.  

En 1924, à court d’argent, Clara et lui vendent de faux tableaux de Picasso et de Derain afin de financer leur nouveau projet : dénoncer les méfaits du colonialisme en Indochine. À la fin de l’année 1925, Malraux revient définitivement en France et il prend ses distances avec son idéologie.

Le retour à Paris et l’engagement antifasciste.

Dès leur retour, Malraux et Clara se lancent dans différentes activités culturelles et commerciales dont beaucoup sont basées sur des supercheries. Malraux publie ainsi un faux journal inédit de Baudelaire, Années de Bruxelles, il s’invente un rôle important durant les affrontements entre le Kuomintang et les communistes. Il entre surtout au comité de lecture des éditions Gallimard. Malraux devient aussi négociant d’art et il fournit des pièces historiques qu’il rapporte de ses voyages en Asie, au Moyen-Orient ou en région méditerranéenne. Des doutes pèsent sur la légalité qui entoure l’acquisition de ces pièces. En 1934, Malraux survole le Yémen à la recherche du Royaume de Saba. En quelques jours, il déclare l’avoir trouvé. Il sera reçu avec les honneurs par l’empereur Hailé Sélassié avant que l’on découvre qu’il ne s’agissait que d’une oasis.   

Durant les années 1930, Malraux publie certains de ses plus grands chefs d’œuvres tels que La Voie royale (1930-Prix Interallié), La Condition humaine (1933-Prix Goncourt) ou Le Temps du mépris (1935). Il devient un militant engagé contre le fascisme et le nazisme. Il établit des relations avec le Comité central du Parti communiste d’URSS et participe à la diffusion de sa propagande en France.

En 1936, il s’engage dans la guerre civile espagnole aux côtés des Républicains. Son rôle politique est plus important que son rôle militaire. Cette expérience lui inspire son roman L’Espoir et son film Sierra de Teruel dont la projection sera interdite par Philippe Pétain et Édouard Daladier.

Après s’être longtemps éloigné de son épouse, le couple finit par se séparer alors que Malraux maintient une relation sentimentale avec Josette Clotis.

La Seconde Guerre mondiale.

En 1940, André Malraux s’engage dans l’armée ; il est fait prisonnier avant même d’avoir participé à des combats. Volontaire pour les travaux de la ferme, il s’évade et retrouve Josette Clovis. Celle-ci vient de donner naissance à leur premier enfant. Malraux étant toujours marié avec Clara, c’est son demi-frère Roland qui reconnait le petit garçon. Malraux retrouve sa compagne et son enfant et ils s’installent d’abord en Provence puis dans le Cantal et enfin en Corrèze. Jusqu’en 1944 – et malgré les demandes répétées de son demi-frère, Roland, de ses amis, Bordet, d’Astier, Sartre ou de Beauvoir -, Malraux se refuse à rejoindre la Résistance ; il ne croit pas aux chances de réussite de ce mouvement. En mars 1944, après l’arrestation de son demi-frère, il rejoint enfin la Résistance. Son rôle reste celui d’un témoin qui discutera beaucoup, mais qui ne participera à aucune action d’envergure. Il est fait prisonnier par les SS le 22 juillet 1944. Il sera libéré un mois plus tard, lorsque les troupes allemandes quitteront la ville.

Durant l’été 1944, Malraux invente des faits militaires pour créer un groupe de Résistance en s’octroyant le grade de colonel. Cette brigade participe à la libération et à la défense de certains sites. Une nouvelle fois, la participation de Malraux à ces batailles est quasi nulle bien qu’à la Libération, il reçoive de nombreuses récompenses prestigieuses, dont la croix de guerre, la médaille de la Résistance ou le Distinguished Service Order.

En novembre 1944, Josette Clovis décède accidentellement. Roland décède quelques mois plus tard, lors du drame du Cap Arcona.

La carrière politique.

Dès 1945, Malraux rejoint les idées politiques du général de Gaulle. Il est tour à tour ministre de l’information, responsable de la propagande du mouvement RPF puis à partir de 1959, ministre d’État chargé des Affaires culturelles. Malraux voyage alors beaucoup et il rencontre de nombreuses personnalités.  

Tout en reconnaissant l’aura de son ministre sur les milieux artistiques et culturels ainsi que son indéfectible fidélité – même durant les périodes les plus complexes -, de Gaulle doutera toujours des capacités réelles de Malraux de mener à terme quelque projet que ce soit. Son passage dans le ministère est d’ailleurs marqué par de nombreuses incohérences et un contrôle exacerbé sur les médias d’opposition.

Pourtant Malraux sera à l’origine de plusieurs réalisations comme l’inventaire général du patrimoine, l’Organisation internationale de la Francophonie, les Maisons de la Culture, le sauvetage des monuments de Nubie. C’est surtout la grandeur qu’il exprime dans ses discours que l’Histoire retient. Parmi ceux-ci, le célèbre discours de l’oraison funèbre de Jean Moulin lors du transfert des cendres au Panthéon. Ses positions anticolonialistes lui attirent de nombreuses inimitiés ; le 7 février 1962, il est la cible d’un attentat de l’OAS.

Durant cette période, il s’installe avec Madeleine Malraux, l’épouse de son demi-frère disparu. Ils se séparent en 1966 avant que Malraux ne renoue avec une ancienne maitresse, Louise de Vilmorin.

Malraux publie aussi de nombreuses autobiographies relatant ses exploits et ses rencontres en prenant quelques libertés avec l’Histoire.

Le retour à la vie civile.

La fin de la carrière politique de Malraux correspond au retrait du général de Gaulle. Il restera l’une des rares personnalités que le général acceptera de rencontrer jusqu’à son dernier jour. Durant les années qui suivent, Malraux appuie encore et toujours les mouvements des indépendantistes en s’élevant contre toute forme de colonialisme. Il est régulièrement invité par des personnalités de l’époque, Indira Gandhi (1971), Nixon (1972)…

À partir des années 1965, l’état de santé de Malraux se détériore rapidement. Il est médicalement traité pour son alcoolisme et ses dépressions nerveuses. Il décède le 23 novembre 1976 à l’hôpital Henri Mondor de Créteil d’un cancer de la peau. Vingt ans plus tard, ses cendres sont transférées au Panthéon.

André Malraux est un homme complexe. Son authentique passion de la culture en général et de l’écriture en particulier a donné naissance à de grands textes et discours humanistes. Ses amitiés avec les plus grands artistes de l’époque étaient basées sur sa fidélité. Sa sincérité peut être mise en doute à cause de ses indéniables qualités de faussaire et son inclinaison à la mythomanie. Son rôle politique reste celui d’un artiste engagé et passionné qui lutta contre le fascisme et le colonialisme.

Son œuvre.

Littéraire : Les Œuvres complètes d’André Malraux sont disponibles en six volumes dans la collection “Bibliothèque de la Pléiade”.

Voici quelques-uns des ouvrages publiés :

1921 : Lunes en papier. 1922 : Des lapins pneumatiques dans un jardin français. 1925 : L’Expédition d’Ispahan (sous le pseudonyme de Maurice Saint-Rose). 1926 : La Tentation de l’Occident. 1928 : Les Conquérants. Le Royaume-Farfelu. 1930 : La Voie royale (Prix Interallié). 1932 : préface de L’Amant de lady Chatterley de D. H. Lawrence. 1933 : La Condition humaine (Prix Goncourt). Préface du Sanctuaire de William Faulkner. 1935 : Le Temps du mépris. 1937 : L’Espoir. 1938 : Espoir, sierra de Teruel. 1941Le Règne du Malin (un texte inachevé publié après sa mort). 1943 – 1948 : La Lutte avec l’ange (dont la version originale fut brûlée par la Gestapo, qui sera réécrit et titré Les Noyers de l’Altenburg). 1946 : Le Démon de l’Absolu. 1954 : Des bas-reliefs aux grottes sacrées et Le Monde chrétien. 1957 : La Métamorphose des dieux. 1967 : Antimémoires. 1971 : Les Chênes qu’on abat… (texte repris dans La Corde et les souris). 1974 : La Tête d’obsidienne (repris dans La Corde et les souris). Lazare (repris dans La Corde et les souris). 1975 : L’Irréel, Ma Métamorphose des Dieux.II. 1976 : Préface le livre du Souvenir à Charles de Gaulle. La Corde et les Souris (seconde partie du Miroir des Limbes). Le Miroir des limbes (t.I. Antimémoires et le t.II. La Corde et les souris). L’Intemporel, La Métamorphose des Dieux t.III. 1977 : L’Homme précaire et la Littérature. 1998 : Entretiens avec Tadao Takemoto. 2006 : Carnet du Front populaire (1935-1936). 2007 : Carnet d’URSS (1934).

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