Les Conquérants

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Résumé

1925. La Chine est en proieà un gigantesque tumulte. Le vaste empire est déchiré par un désordre à sonéchelle : immense. Nos regards se portent sur Canton, comme ceux despassagers de ce paquebot parti de France et qui vogue vers Saïgon, étapeobligée avant Hong Kong. Ils ont les yeux rivés sur le tableau où s’affichentles messages radio qui les informent de la situation là-bas. Canton s’estsoulevée, et un gouvernement autonome y prend forme. Son objectif : secouerle joug occidental qui fait ployer le la Chine. Ce joug a un symbole :Hong Kong, île rocher, port des parfums de possession britannique.L’Angleterre, voilà l’ennemi ! Alors la jeune autorité du Kuomintang quitente de s’installer à Canton a décidé de frapper au point faible de lacuirasse anglaise : le commerce. Le boycott du port de Hong Kong a étédécrété ; plus aucun vaisseau venu du continent ne doit y accoster. Lesbanques anglaises commencent à trembler, les Occidentaux à craindre le pire.Ceux-ci ne se sentent plus en sécurité dans la concession internationale deCanton. Des rumeurs de guerre naissent. La Royal Navy va-t-elle dépêcher desnavires pour protéger les intérêts des ressortissants européens etnord-américains ? C’est vers cette brûlante marmite de complots et deconflits que vogue le narrateur du récit.

On ne sait rien de lui, pasmême son nom. Il a pris la route de Canton pour y rejoindre un ami et lesoutenir dans son action révolutionnaire. Cet ami, c’est Garine. Le nom a dessonorités russes. Il est vrai qu’en 1925, le Kuomintang est soutenu,financièrement et matériellement, par les tenants de la révolution bolchevique,l’Internationale communiste et le Komintern. Le chef du Kuomintang, c’est lenationaliste Sun Yat-sen, que Garine révère. Le but du Komintern, et donc deGarine, est d’aligner la révolution chinoise sur la ligne tracée par l’URSS.Pourtant, Garine n’est pas communiste. Il n’est même pas russe, c’est unFrançais ; il se nomme Pierre Garin. C’est un aventurier dont le parcourschaotique est bien connu des services secrets anglais et du narrateur, qui estson ami depuis des années. Garine est en charge d’une grande partie del’administration de la révolution à Canton, ainsi que de la liaison avecl’école de cadets de Wampoa, où sont formés les cadres militaires de larévolution. Cette école de cadets est placée sous le commandement d’un jeuneofficier prometteur du nom de Tchang Kaï-chek. Enfin, c’est vers un hommemalade que vogue le narrateur. Garine est à bout de forces, il est atteint dedysenterie et de paludisme. Il refuse pourtant d’abandonner son poste et veilleau grain, contrôlant tout, supervisant tout, continuant de se charger de lapropagande et de tenter de trouver une relative harmonie entre les différentscourants qui agitent Canton et sa révolution.

À Saïgon, le narrateurcollecte six mille dollars à l’intention de Garine, puis parvient à Hong Kong, passesur le continent et pénètre dans Canton. Il retrouve Garine et prendconnaissance de la situation délicate dans laquelle se trouve la jeunerévolution. Elle a des adversaires, cette révolution, comme par exemple legénéral Tang qui fomente une tentative de coup d’État dans la ville. Il y aaussi le général Tcheng-Tioung-Ming dont l’armée marche vers Canton. Tous cesopposants sont financés par l’or anglais. Très vite, le narrateur comprend quela révolution est ici menée par des Occidentaux, des Européens issus del’Internationale et dont le but est d’installer en Chine un régime identique àcelui qui gouverne l’URSS. Ce sont des aventuriers, comme Garine ou l’AllemandKlein, mais aussi des cadres du parti, des doctrinaires à la dialectiqueredoutable et inflexible comme Borodine. Lui est conseiller auprès dugouvernement. Selon lui, l’individu doit s’effacer devant l’intérêt collectifque définit le parti. L’individualisme doit disparaître, c’est une maladiebourgeoise. Garine, Klein, Borodine, le Russe Gallen, le Français Gérard, lenarrateur – tous forment une caste à part, une bureaucratie de la révolutionqui est en fait coupée de la population chinoise qu’elle croit connaître.

Les Chinois ne sontévidemment pas absents de cette fresque. Il y a Hong, l’anarchiste, un hommeissu d’un milieu pauvre et en grande partie autodidacte, dont le mentor a étéun aventurier italien. Il a appris le français, un peu l’anglais, mais il nesait toujours pas lire les idéogrammes chinois. En bon anarchiste, il ne croitqu’à l’action directe, c’est-à-dire aux attentats, aux assassinats ciblés. Ilest incontrôlable et d’une terrible efficacité. Mais il y a surtout Tcheng Daï.Lui, c’est un vieil homme, héritier de la tradition ancestrale de l’Empire duMilieu, de la Chine millénaire. D’une politesse raffinée, d’une exquisecourtoisie, il n’adhère pas aux idéaux uniformes que promeuvent Garine etBorodine. Son grand âge et son expérience l’ont amené à une sagessepragmatique. De plus, il est fortement influencé par la doctrine de non-violenceet de désobéissance civique que Gandhi développe en Inde. En cela il s’opposetotalement à Garine qui ne croit qu’en l’action violente et brutale.

Tous ces personnages sontceux d’une tragédie qui se joue à l’échelle d’un continent mais leurs destinssont profondément humains. Tcheng Daï est conscient de l’immense influencequ’il a sur le peuple, et il est prêt à faire le sacrifice de sa vie pour luidonner un signal. Mais il n’a pas le temps de commettre le suicide qu’ilprévoit : il est assassiné par Hong. Un des hommes qui accompagnent Hong,Ling, est arrêté. Il refuse de parler quand on l’interroge, alors il esttorturé sur ordre de Garine par le supplice de la strangulation lente. Enreprésailles, Hong a pris des otages, dont Klein, qu’il torture affreusementavant de tous les tuer. Il est pris à son tour et Borodine donne l’ordre del’exécuter. Quant au meurtre de Tcheng Daï, l’expert en propagande qu’estGarine l’attribue aux Anglais, afin d’alimenter la haine des coolies chinoisenvers les Occidentaux. Qu’importe la vérité, la fin justifie les moyens.

Enfin, épuisé par lamaladie, Garine quitte Canton où il ne peut plus assurer sa mission. Ilreviendra dans trois ou six mois, il y compte. Il part en entendant les échosde la victoire remportée par les troupes révolutionnaires menées par TchangKaï-chek sur celles du général Tcheng-Tioung-Ming, marquant l’arrêt des troupescontre-révolutionnaires dans leur marche vers Canton et offrant un répit augouvernement de la ville. Le récit se clôt par un échange de regards entre lenarrateur et Garine, exempts de joie mais forts d’une gravité fraternelle. 

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