Les identités meurtrières

par

La complexité de l’identité

« Monidentité, c’est ce qui fait que je ne suis identique à aucune autrepersonne »affirme Amin Maalouf. Ainsi donc, aucune équivoque n’est possible relativementà ce que circonscrit cette notion. Parce que l’identité est une combinaisonplurielle d’éléments, l’identité est faite de multiples appartenances dit-il. Età ce titre l’individu peut se réclamer d’une spécificité déterminante tout enformulant le souhait d’une parfaite alliance avec les autres. L’identité estdonc ce qui rend unique l’individu mais le fait à la fois se tourner vers unecommunauté. Lorsque l’auteur par exemple se propose de faire ce qu’il appelleson examen d’identité, il nous fait découvrir des appartenances majeures autantque mineures le concernant. Elles n’ont cependant pas la même importance pourtout le monde et de ce relativisme dépend également la spécificité del’identité.

Par ailleurs l’identité estinfluencée par autre chose que des critères d’appartenance, qu’elle soitreligieuse ou ethnique, raciale ou linguistique. C’est surtout l’environnement(maison, rue ou école par exemple) autant que les époques qui façonnentl’expression identitaire des individus en rapport avec ce qu’ils revendiquentcomme appartenances. C’est ainsi que se forge « une identité composite, complexe et irremplaçable ».Cependant, se hâte d’affirmer l’essayiste, l’identité n’est pas figée ; larelativité des différents éléments composant l’identité est due principalementau temps et aux facteurs inhérents à sa formation. En effet, « l’identité se façonne depuisl’enfance ; les proches lui inculquent [à l’enfant] une éducation qui lerend unique (frayeurs, attitudes, conventions, langues maternelles, croyancesfamiliales) ».

De plus, affirme Maalouf, « l’identité n’est pas acquise unebonne fois pour toutes ». Elle serait constituée par la somme desexpériences de l’individu, et même de ses blessures. C’est cela qui fait la « complexité souriante »,parfois tragique, de l’identité. L’auteur à partir de son propre cas démontreainsi comment l’identité peut influencer la vie et la façon dont onl’interprète.

Cependant, certains éléments del’identité qui semblent innés sont différemment interprétables, par exemple enfonction du milieu où on la considère. Ainsi pouvons-nous observer à l’instarde l’auteur que le regard sur l’identité contribue fortement au mode de sonexpression. C’est notamment dans ce regard que Maalouf diagnostique la sourcedes problèmes liés à l’identité. Pour lui c’est l’attitude d’autres hommes àl’égard de nos appartenances qui favorise les divers malentendus et lesdivergences d’opinions. Car face à la marginalisation de son identité, unecommunauté « aura tendance àproduire des tueurs qui commettront les pires atrocités en étant convaincusd’être dans leur droit, de mériter le Ciel et l’admiration de leurs proches ».

C’estdonc à partir de ce regard porté sur l’identité que l’auteur en vient à évoquerune conception de l’identité qu’il qualifie de tribale ; selon lui, elle « réduit l’identité à une seule appartenance,installe les hommes dans une attitude partiale, sectaire, intolérante etquelquefois suicidaire ». Un certain nombre de facteurs rendrait cetteattitude tendancieuse possible. Le plus important et le plus visible de cesfacteurs serait le regard que les identités menacées porteraient sur lamondialisation.

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