Les identités meurtrières

par

Les minorités face à la modernité

Dans ladeuxième partie de son essai, Amin Maalouf évoque de quelle façon certainescommunautés ont réagi face à la tentative du monde de les formater. Il prendnotamment l’exemple du monde arabo-musulman dont il décrit la marche tantôtpacifique tantôt violente à travers l’Histoire. Cette approche historique asurtout l’avantage de permettre une analyse objective des mécanismes desconflits identitaires et des divers actes de violence particuliers à cette communauté.Aussi l’auteur fait-il remarquer que l’islam à ses débuts n’était guère unereligion de violence mais plutôt de tolérance – et de citer les nombreusescohabitations pacifiques que les peuples musulmans ont connues de par le passéavec des voisins à l’identité différente de la leur. Situation exceptionnelleet unique, à une époque où le christianisme se révélait notamment par despratiques sectaires. Ici Maalouf fait ressortir grâce à ce contraste la marged’évolution dans le mode d’expression d’une identité. Et ce flottement est dûdit-il à la manière dont réagissent les communautés par rapport à lacivilisation dominante. Le pacifisme originel de l’islam vient du fait que nese sentant pas menacé, il pouvait s’exprimer librement. Ainsi la violenceinouïe si particulière au monde arabo-musulman aujourd’hui serait le résultatselon Maalouf de la domination sans précédent de la civilisation occidentale chrétienne.Marginalisée, humiliée et dépassée par une modernité venue d’ailleurs, lesdivers conflits et les nombreux massacres qui caractérisent cette communautédans ses rapports avec le monde seraient une forme d’expression identitaire. Lerefus d’adopter la modernité et l’expression notamment de certaines valeurs archaïquesseraient pour cet ensemble une façon plus ou moins marquée d’extérioriser sadifférence – et ce car notre individualité se ressentirait surtout dans nos différences.En effet, « chez les culturesdéfaites, accepter la modernité a équivalu à un abandon d’une partie desoi-même », et donc la réponse logique à cet envahissement de l’autre auraitété d’affirmer une différence aussi obsolète fût-elle. Par ailleurs, seréférant au passé, Maalouf explique que le besoin d’exprimer leur identité decommunautés arabo-musulmanes s’est couplé à une déception dans leurs premièrestentatives d’assimilation de la culture occidentale. L’exemple le plus célèbrefut sans doute celui de Muhammad-Ali qui entreprit une vaste modernisation del’Égypte et dont le rêve fut brisé. C’est à l’aune de cette déception notammentque l’essayiste affirme que « leradicalisme religieux n’a pas été le choix spontané, le choix naturel, le choiximmédiat des Arabes ou des musulmans ».

Dansl’approche ainsi exposée, on peut observer un étroit rapport entre modernité etidentité, et que l’évolution de l’identité, de sa perception, en fonction desévolutions historiques, dépend beaucoup de symboles : « tout dans l’Histoire s’exprime par des symboles, et l’identitéplus que tout ». Maaloufajoute à toutes ces raisons qui expliqueraient le radicalisme religieux descommunautés arabo-musulmanes la situation propitiatoire de notre èrerelativement à ces phénomènes.

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