Les identités meurtrières

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Résumé

De par sa naissance, saformation et son parcours, il n’est pas étonnant qu’Amin Maalouf ait voulu unjour coucher sur le papier la somme de sa réflexion sur un sujet essentiel :pourquoi l’identité, fondement même de notre être et de notre devenir,peut-elle devenir la cause voire l’instrument de la destruction de l’homme parl’homme, au nom de la préservation de cette identité même. L’écrivain, penseuret essayiste, né au Liban, baigné dans la culture orientale et occidentale,membre de l’Académie française, se penche sur la question avec une objectivitéscientifique et accompagné d’une valeur qui est le fondement même de toute savie : l’humanisme.

 

D’abord, il s’interroge :pourquoi doit-on forcément choisir une identité ? Pourquoi luidemande-t-on s’il se sent libanais ou français ? N’a-t-il pas le droit de sesentir les deux ? Mieux même : ne peut-on se sentir humain, toutsimplement ? Le cas du travailleur émigré qui a quitté son pays pour des raisonséconomiques, en général, est pire encore : il n’est jamais considéré commeappartenant à la communauté de son pays d’adoption, mais il n’appartient plusvraiment à celle de son pays d’origine. Aurait-il perdu tout ou partie de sonidentité en chemin ? Comment donc se construit l’identité ?

À travers l’exemple d’unhomme né dans la Yougoslavie de Tito, Amin Maalouf démontre que l’identité d’unêtre est faite d’identités multiples. L’individu est un, mais l’identité estplurielle. Comment l’identité est-elle alors définie ? Selon Amin Maalouf,c’est à travers l’identité la plus fragile, la plus attaquée le cas échéant,que l’on se définit. Cette identité peut être nationale, mais elle peut aussi êtreethnique ou religieuse. Ceux qui sentent leur identité menacée vont avoirtendance à se rassembler, puis à  sedéfendre, et au nom de la protection de cette identité ils seront prêts àcommettre d’affreuses exactions que justifiera l’argument de la défense de soi.

À la lumière de ce tristeconstat, la question s’impose : pourquoi doit-on choisir, et qu’est-cedonc qui pousse l’homme à s’identifier nécessairement à un camp ? Pourquoicette attitude terriblement simpliste ? Simplisme confortable, puisqu’ilremplace la réflexion par une vision manichéenne où le blanc et le noir, lesgentils et les méchants sont clairement distingués sans ambiguïté aucune. Toutacte, tout crime commis au nom de l’identité sera alors justifié, excusé,pardonné.

Ensuite, Amin Maalouf observe :la question religieuse n’occuperait-elle pas une place primordiale dans ladéfinition de l’identité ? Qu’est-ce-que la modernité de la pensée ?Appartient-elle à telle ou telle religion ? Non, répond-il, car la visionactuelle du clivage entre gentils chrétiens tolérants et méchants musulmansobscurantistes n’a pas été validée par une étude objective de l’histoire. Pourpreuve, le temps où le monde islamisé laissait vivre en paix les croyants destrois religions monothéistes issues de la Bible alors que les chrétiens neparlaient que de croisades et de conversions forcées. Il cite en outrel’exemple encore récent de Mehmet-Ali, khédive d’Égypte qui tenta au XIXesiècle de faire de son pays une puissance à l’image des puissances occidentales,et qui se heurta à leur farouche opposition. Que déduire de cette expérienceavortée, sinon que l’Occident ne voulait pas d’un Orient qui fût sonégal ? Ce que l’Occident voulait, c’était un Orient soumis. Après unetelle expérience, comment envisager de partager la même vision de lamodernisation ?

Enfin, un Orient soumis n’apu développer un modèle économique et social comme l’a fait – parfoispéniblement – l’Occident ; de là un fossé encore plus profond, économiquecelui-là, le fossé de la pauvreté, voire de la misère, terreau des fanatismeset extrémismes religieux.

Ne serait-il pas grand tempsde remplacer ces communautés, ces tribus, fondées sur la haine et l’amertumepar des tribus plus larges, à l’échelle planétaire, qui seraient fondées surdes valeurs positives, des valeurs communes à toute l’humanité ? Lamondialisation ne serait-elle donc pas une occasion extraordinaire de fairefaire à l’humanité un bon de géant en permettant de créer, au sens propre duterme, un village mondial ? Non, répond Amin Maalouf, si cettemondialisation ne vise qu’à installer un système économique unique ethégémonique. Si la mondialisation ne sert qu’à uniformiser, comment lesidentités multiples qui composent le monde ne se sentiraient-elles pasmenacées?

Amin Maalouf compare alorsl’identité à une panthère, animal qui se défend quand il se sent attaqué.Cependant, l’auteur considère qu’il est possible d’apprivoiser cette panthère,en usant d’abord de réciprocité :il s’agit de s’ouvrir à l’autre, dans un esprit d’échange et d’apport mutuel.Les conditions seraient alors réunies pour que perdure un patrimoine mondial etcommun à tous. De plus, si Amin Maalouf considère que l’apprentissage del’anglais est incontournable, il devrait, en tout cas au sein de l’Union européenne,s’accompagner de l’apprentissage d’une deuxième langue étrangère, cette fois choisie.Aucun pays, même ceux dits démocratiques – où l’on vote si souventautomatiquement, sans réfléchir, en fonction de son identité – ne peut fairel’économie d’une réflexion approfondie sur cette question des identités meurtrièresqui, au lieu de nous aider à construire un monde de partage, nous opposentencore les uns aux autres, comme si nos sociétés étaient encore néolithiques.C’est par la mise en place de règles de vie mais surtout par un radicalchangement d’état d’esprit que l’homme évitera la destruction de ses sociétés.

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