Les identités meurtrières

par

Une approche plus humaine de la notion d’identité

Il nes’agirait pas d’envisager le prochain monde sans religion aucune, cela seraitillusoire ; mais l’essayiste rêve d’un monde où le besoin de spiritualitéserait dissocié du besoin d’appartenir à une communauté religieuse – deuxbesoins différents dit-il avec insistance. Rappelant que le succès del’appartenance aux « tribus planétaires » est dû en partie à soncaractère durable et rassembleur, l’auteur propose que le monde opère undépassement vers une appartenance « porteused’une vision humaniste plus complète », le problème étant que « toute vision [globale] susciteaujourd’hui la méfiance de nos contemporains ». En effet, si l’époqueactuelle portée par la mondialisation s’est avérée un « siècle de grandes réalisations », elle reste néanmoins « un siècle de crimes impardonnables etd’espérances déçues ». Ici l’auteur sous-entend que la plupart de cescrimes auraient été rendus possibles par le caractère global de certaines idéologies.Vient également s’opposer à cette espérance l’incertitude liée à l’avenir, carla pluralité des chemins qu’emprunte l’Histoire à chaque instant rendraitproblématique l’application d’une telle solution – d’autant que la prédictionde la réaction de l’humanité confrontée à telle ou telle autre orientation quela mondialisation serait difficile.

Cependantl’auteur serait porté à finalement envisager l’approche du dépassement del’appartenance religieuse par une appartenance plus vaste comme solution auxtentatives violentes des minorités d’exprimer leur identité. Parce qu’en dépitdes obstacles divers, elle serait l’approche la moins difficile à envisager,cela car du fait de la mondialisation, chacun d’entre nous aurait davantagequelque chose en commun avec ses contemporains qu’avec ses ancêtres ;l’héritage horizontal serait plus accentué au niveau de chacun, même si lamajorité des humains continue de se réclamer d’un héritage vertical. Ilfaudrait réviser cette tendance de l’avis de l’essayiste, qui rappelle que nousévoluons aujourd’hui dans un monde d’apparences et d’illusions – unesituation dont il faudrait d’abord être conscient pour espérer y changerquelque chose : « Il s’agitsurtout, à ce stade, de mettre en lumière le fait qu’il y a un fossé entre ceque nous sommes et ce que nous croyons être. »

Auregard d’une telle observation, l’appartenance de l’individu à un plus vasteensemble communautaire comme expression d’une identité mieux assuméen’apparaît-elle pas plutôt sous le jour d’une universalité froide et systématique ?L’auteur ne hasarde aucune réponse, car dit-il : « On ne trouve pas toujours dans les poubellesde l’Histoire ce qu’on s’attendait à y trouver. » De plus, il y auraitplus urgent selon l’auteur, il faudrait se pencher sur la confusion entreles deux voies portées par la mondialisation, à savoir l’uniformité et l’universalité,les valeurs dont se revendiquerait l’universalité étant fortement opposées àcelles de l’uniformité. La première aspirerait à un respect de l’humain par sessemblables et dans toutes ses dimensions, et ne tolérerait aucune exclusion.Maalouf opère à ce niveau un lien notamment entre l’universalité et lapossibilité pour l’individu d’être accepté et respecté où qu’il soit et quelqu’il soit. L’uniformité en revanche est vue plus comme une tentative decalquage appauvrissante des cultures minoritaires sur celles de la civilisationtriomphante. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Une approche plus humaine de la notion d’identité >