Les identités meurtrières

par

La place de la langue dans l’expression identitaire

Au nombre des appartenances dontpeut se composer une identité, l’auteur accorde une prééminence particulière àla langue. C’est la seule appartenance affirme-t-il qui rivalise avec lareligion. En effet, au même titre que celle-ci, la langue serait uneappartenance délicate car « rienn’est plus dangereux que de chercher à rompre le cordon maternel qui relie unhomme à sa langue ». Le cas du fanatisme quiensanglante l’Algérie est assez évocateur, et montre les dérivesobservables lorsque la langue d’une communauté est méprisée ou étouffée. Parailleurs, toujours face à la religion, la langue primerait en raison de son caractèrevital : « un homme peut vivresans aucune religion, mais évidemment pas sans aucune langue ». Euégard à ce constat Maalouf recommande pour éviter toute dérive et conforterl’identité dans ce qu’elle a de plus tangible et déterminant « que soit surveillé sans relâche ledroit de tout homme à conserver sa langue identitaire, et à s’en servir librement » recommandation toutefoisdifficilement réalisable à cause de certaines questions évidentes etirrésolues.

L’auteur affirme par ailleurs quetoutes les langues sur le plan identitaire sont égales ; et à ce titre leslangues minoritaires auraient droit à la même dignité dont bénéficie une languetelle que l’anglais par exemple. Cependant, la réalité s’avère bien cruellepour les langues minoritaires du fait de la mondialisation. En effet, si lesminorités veulent accéder au savoir livré et échangé dans le reste du monde,elles se doivent de faire leur la langue anglaise, qui est sans nul doute lalangue de la mondialisation. Ici Maalouf montre surtout la quantité d’effortsqu’il est demandé à ces minorités de faire afin d’être au niveau desautres ; et cette quantité d’efforts prend encore de l’importance lorsqueces minorités essaient de faire survivre bon gré mal gré leur parler local. Lecas islandais est un exemple probant. Néanmoins, s’empresse d’ajouter Maalouf,la solution islandaise – c’est-à-dire l’ajout, de plus en plus, deversions linguistiques au fonctionnement des sites islandais, qui pour laplupart se déclinent en islandais et en anglais – doit être dépassée pour êtrecomplète et efficace.

De plus, l’auteur démontre assezclairement que l’anglais, langue de la mondialisation, ne satisfait point aubesoin d’identité ; si elle le satisfait chez les Anglais et les Américains,elle n’est pour une grande partie de l’humanité qu’une langue d’échange et decommunication, une langue qui en l’occurrence serait adoptée pour descontraintes de survie ou d’évolution. Ainsi la langue globale s’opposerait à lalangue identitaire, et il serait dangereux et aliénant de les confondre selonl’auteur. Et même, confie-t-il dans un élan« la langue globale et la langue identitaire ne suffisent plus ».Prenant l’exemple de l’Union européenne, l’auteur démontre qu’un individu abesoin a priori d’au moins trois langues, à savoir l’identitaire, la globale,et une troisième choisie librement. L’intérêt d’une telle formule se trouveraitdans l’engagement culturel nécessaire à sa mise en œuvre, et dansl’enrichissement collectif et individuel qui en résulterait.

 

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