Les mains sales

par

Deux hommes, un dilemme politique

La réflexion politique est aucentre de l’œuvre et en constitue le fil directeur. Sartre met en scène lemarxisme et ses courants en mettant en opposition la vision politique d’Hugo etcelle de Hoederer. Sartre lui-même ne prend parti ni pour l’un ni pour l’autreet laisse au lecteur le soin de se déterminer et de choisir son héros.

Avant d’analyser la visionpolitique de chacun de ces personnages, il ne faut pas occulter les faitshistoriques auxquels renvoie l’intrigue de la pièce. Sartre s’inspire en effetde l’assassinat de Trotski, l’un des leaders du Parti bolchevik, qui avait étéobligé de s’exiler en raison de son opposition à Staline. Tout comme Hoederer,il sera assassiné par son secrétaire sur instruction du Parti communiste.

Hugo et Hoederer, qui sonttous deux communistes, ont cependant deux visions politiques différentes :

– Hugo est un idéaliste. Pourlui, ce sont les principes qui comptent et ce sont eux seuls qui doiventjustifier l’action politique. On ne doit pas trahir ces principes. Un moyen,quel que soit son résultat, s’il est en contradiction avec ces principes, estmauvais et doit être proscrit. C’est l’idéal qui justifie l’action :« je suis entré au service du Parti parce que sa cause est juste et j’ensortirai quand j’estimerai qu’elle ne l’est plus ».

Hugo symbolise un marxismeidéaliste et sans compromis.

– Hoederer qui est plusâgé qu’Hugo et qui a gravi les échelons du Parti au point d’en être l’un desdirigeants a une vision pragmatiste de la politique. Pour lui, seulel’efficacité compte. Il ne faut pas hésiter à se salir les mains pour atteindreses objectifs. Il est plus attentif au résultat de l’action qu’à sa légitimité enconsidération de l’idéal politique : « Comme tu tiens à tapureté, mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Eh bien, restepur ! À quoi cela servirait-il et pourquoi viens-tu parmi nous ? Lapureté, c’est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels,les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rienfaire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants.Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde etdans le sang. »

Hoederer a une vision pragmatistedu marxisme.

 

Cette divergence entre les deuxprotagonistes principaux reflète les divergences au sein de la gauche françaiseau sortir de la Seconde Guerre mondiale. Sur le plan intellectuel, cettedivergence est incarnée par l’affrontement entre Sartre et Camus : Sartreétant le pragmatiste et Camus l’idéaliste. Ainsi à la pièce Les mains sales de Sartre s’oppose Les justes de Camus.

La question qui se pose estsimple : un révolutionnaire, au nom de l’efficacité, peut-il violer lesidéaux même de la révolution ? Dans cette œuvre, Sartre ne prend pasposition ; d’ailleurs les deux protagonistes s’attachent l’un à l’autre malgréleurs divergences et tous les deux seront finalement mis à mort par le Parti.

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