Mademoiselle de Maupin

par

Rosette

Elle est le troisième personnage important de Mademoiselle de Maupin. Elle a cependant un rôle secondaire par rapport à ceux de Madeleine et D’Albert, et n’est jamais narratrice. Jeune veuve, elle a croisé le chemin de Théodore de Sérannes/Madeleine de Maupin et, abusée par le costume, est tombée amoureuse de Théodore. Cet amour n’est pas payé de retour et elle décide alors de s’étourdir dans un tourbillon amoureux, passant d’un amant à un autre.

D’Albert, nouvellement introduit dans l’étrange salon de Madame de Thémines, la décrit ainsi à son correspondant Silvio et au lecteur : « elle pouvait avoir vingt-cinq ou vingt-six ans. Sa taille était petite, mais bien assez prise, quoiqu’un peu chargée d’embonpoint ; elle avait le bras blanc et potelé, la main assez noble, le pied joli et même trop mignon – les épaules grasses et lustrées, peu de gorge […] ; pour les cheveux, ils étaient extrêmement brillants et d’un noir de geai […]. Et dans tout cela une vie, une animation, une santé, une force »

Le lecteur ignore le vrai nom de Rosette. C’est le chevalier d’Albert qui l’a ainsi baptisée, en raison sans doute de la couleur de la robe qu’elle porte quand ils font connaissance. Le fait que ce soit également le nom d’une petite chienne qu’il possédait autrefois en dit long sur le peu d’estime que le chevalier entend porter à sa maîtresse. Selon D’Albert, « Rosette a le meilleur caractère du monde, avec les hommes, s’entend […]. Elle est gaie, vive alerte, prête à tout, très originale dans sa manière de parler […] – c’est un joyeux compagnon, un délicieux camarade avec lequel on couche, plutôt qu’une maîtresse. »

Rosette est à bien des égards l’antithèse de Madeleine de Maupin. En effet, elle porte haut les caractéristiques qu’on se plaisait à accorder aux femmes, êtres supposément pétris de douceur et de raffinement. En outre, Rosette possède plus d’un trait du personnage féminin romantique comme la délicatesse et la fragilité – elle s’évanouit au cours du duel entre Théodore et son frère Alcibiade. Elle ne se plaît que dans les linges fins, les brocards soyeux, les bibelots précieux. Elle monte à cheval, mais en amazone. Elle incarne tout ce que Madeleine de Maupin en est venue à exécrer : « Il nous est défendu de prendre la parole, de nous mêler à la conversation autrement que pour répondre oui ou non, si l’on nous interroge. Aussitôt que l’on veut dire quelque chose d’intéressant, on nous renvoie à notre harpe ou notre clavecin […]. Les modèles suspendus dans nos chambres sont d’une anatomie très vague et très esquivée. » Pour sa part, Rosette se plaît dans cet état de sujétion. Elle incarne la femme idéale telle qu’un homme de son temps l’aurait pu rêver : très belle, délicate, et intelligente, mais point trop.

Rosette est un personnage positif mais malheureux. La pureté de son cœur est telle qu’elle déclare : « J’ai eu dix amants, – mais je suis vierge, et mourrai vierge. »

Elle a été fort amoureuse de Théodore : « Vous avez été un éclair de ma nuit, et vous avez illuminé bien des endroits sombres de mon âme », lui dit-elle. Lucide, elle ne se berce pas d’illusions quant aux sentiments que D’Albert éprouve à son égard : « il tient à moi par une habitude de plaisir ». Elle a la consolation d’une fin de nuit d’amour que lui offre Madeleine avant de repartir. La fin du roman laisse supposer que sa liaison avec D’Albert se prolongera peut-être, mais rien n’est moins sûr.

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