Oncle Vania

par

Mikhaïl Lvovitch Astrov

Ce médecin de campagne detrente-sept ans, à la fois rude et délicat, lucide et moqueur, apparaît fatiguépar son travail auprès des pauvres : « Dix ans, et je suis devenuun autre homme. Surmené, ma vieille ! Et la cause ? Le travail ! Du matinau soir, toujours à trimer, pas un instant de repos. Et la nuit, enfoui sousmes couvertures, je tremble qu’on ne vienne me traîner chez un malade. Commentne pas prendre un coup de vieux ! Et puis la vie par elle-même est ennuyeuse,bête et sale… Elle est visqueuse. On est entouré de drôles de numéros, et, àforce de vivre avec eux, on devient soi-même un drôle de numéro… Je ne suispas encore abruti. Dieu m’en garde ! Le cerveau fonctionne encore, maisles sentiments, eux, sont émoussés. Je ne désire rien, je n’ai besoin de rien,je n’aime personne. » Il est proche par là d’oncle Vania, qui estpresque comme son double, mais à sa différence, il a encore foi en la nature etle futur. Il entretient les bois, se désole de la destruction dont ils sontl’objet et replante des arbres. Il travaille pour les générations futures etpour un progrès de l’humanité. Il n’est donc pas aussi cynique que Vania, ilconserve un espoir.

Il se prend paradoxalement depassion pour Héléna, quand bien même celle-ci apparaît superficielle et nes’intéresse que difficilement à ces questions « écologiques » ;et il rejette la pauvre Sonia, qui partage son amour de la nature. Il est ainsirenvoyé à des contradictions humaines contre lesquelles ses plus grands idéauxne peuvent rien.

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