Pars vite et reviens tard

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Fred Vargas

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1957 : Fred Vargas – nom de plume de Frédérique Audoin-Rouzeau – naît à Paris de Philippe Audoin (1924-1985),
fonctionnaire et écrivain ayant appartenu au dernier surréalisme, et d’une
ingénieure chimiste. Durant ses études
d’histoire
elle se spécialiste en archéozoologie
et soutient une thèse portant sur la
peste au Moyen Âge. Elle deviendra
ensuite chercheuse au CNRS et
participera à divers chantiers de fouilles
archéologiques
.

1986 : Fred Vargas se fait connaître comme écrivaine avec Les
Jeux de l’amour et de la
mort, qui remporte le prix du roman
policier du festival de Cognac. L’intrigue suit le parcours d’un jeune peintre
en quête de gloire injustement accusé de meurtre, sur fond d’histoire de vengeance et de chantage dans le milieu de
l’art contemporain
. L’auteure de vingt-neuf ans fait encore ses gammes ici,
et ce roman n’a pas encore le charme de ceux qui suivront. Pour cette première
publication elle choisit le même pseudonyme
que sa sœur jumelle peintre, Vargas, du nom du personnage incarné par Ava
Gardner dans La Comtesse aux pieds nus
de Mankiewicz.

1991 : Son deuxième roman publié, L’Homme aux cercles bleus, commence
par l’évocation d’un mystère : la nuit, un homme trace dans la rue des
cercles bleus à la craie autour d’objets anodins, accompagnés d’une phrase en
forme de comptine : « Victor, mauvais sort, que fais-tu
dehors ? » – jusqu’au jour où à la place d’une pince à épiler ou
d’une patte de pigeon, on retrouve au centre d’un des cercles une femme égorgée, puis d’autres victimes
suivent. Le commissaire du secteur, Jean-Baptiste
Adamsberg
, avait pressenti qu’un malheur allait arriver, quand beaucoup
s’amusaient simplement de ce qui ressemblait à la manie d’un fou innocent.
Alors qu’il fonctionne à l’intuition,
son adjoint Danglard offre le
contraste : les réflexions de celui-ci apparaissant en effet plus guidées
par la logique et un esprit cartésien. Adamsberg résout
finalement l’affaire à la toute fin en apportant un élément nouveau connu de
lui seul. Il deviendra un personnage
récurrent
des romans de Vargas.

1994 : Comme le laisse deviner le titre, Ceux qui vont mourir te saluent
a pour cadre la capitale italienne
que rejoint un expert parisien suite à l’apparition sur le marché d’un dessin de Michel-Ange qui semble avoir,
et c’est très surprenant, été dérobé au Vatican. Quand l’expert se fait
assassiner, l’inspecteur Richard Valence
est envoyé sur place pour mener l’enquête. Celle-ci va faire rencontrer au
lecteur l’étrange trio d’étudiants en
art
constitué par Néron, Tibère et Claude, le fils de la victime, tous trois en lien avec la veuve de celui-ci, une femme au charme
envoûtant.

1995 : Dans Debout les morts on retrouve le trio d’étudiants du roman
précédent. À présent devenus des historiens
désargentés
, ils ont perdu de leur flamboyance et cohabitent dans une
maison chronologiquement stratifiée : un étage pour Matthias le
préhistorien, un autre pour Marc le médiéviste, un troisième pour Lucien,
passionné de la Grande Guerre. Ils partagent en outre les lieux avec un vieux
policier, parrain de l’un d’eux, qui va leur être bien utile quand leur
voisine, une cantatrice, disparaît suite à l’irruption dans son jardin d’un
jeune hêtre qu’elle n’avait jamais vu auparavant. L’enquête révèlera une
histoire de haine et de jalousie vieille de quinze ans.

1999 : L’Homme à l’envers adapte la légende du loup du Gévaudan aux temps contemporains. Dans le Mercantour, la réintroduction de loups
italiens suscite peur et fascination. Quand on retrouve le cadavre d’une
vieille éleveuse déchiquetée, Camille, une jeune Parisienne amie d’Adamsberg se
laisse convaincre par le fils adoptif et le berger de la victime de les
accompagner dans leur vendetta à bord d’une bétaillère, à la poursuite de
Massart, l’assassin supposé, un homme employé d’un abattoir qui avait jadis recueilli
et élevé un loup orphelin. Vargas livre ici un roman aux allures picaresques
jouant avec les peurs les plus primaires du lecteur.

2001 : Pars vite et reviens tard est le roman de Vargas ayant
rencontré le plus de succès.
Adamsberg, affecté à l’antenne du XIIIe arrondissement de Paris de
la brigade criminelle, enquête suite à la découverte de grands « 4 » inversés sur les portes de plusieurs immeubles, accompagnés des lettres CLT (Cito Longe Tarde), concomitamment à la
diffusion de mystérieux messages par
un crieur public. Tout s’accélère
quand on découvre un cadavre à la peau enduite de charbon. À nouveau, l’auteure
joue avec une peur ancestrale, celle
de la peste, qui provoque la panique
dans Paris.

2004 : Le titre Sous les vents de Neptune fait référence au mode opératoire
employé par le tueur en série traqué
par Adamsberg : ses victimes
portent toutes les marques d’un trident.
L’inspecteur se retrouve plongé dans cette enquête alors qu’il suivait une
formation sur le traitement des empreintes génétiques au Québec. L’affaire réveille en lui un lointain passé quand, jeune policier, il n’avait pu totalement
innocenter son frère du meurtre de la fiancée de celui-ci. Il
avait suivi à l’époque le véritable meurtrier, jusqu’à son décès, et voici
Adamsberg à nouveau lancé sur les traces d’un fantôme.

2006 : Dans les bois éternels va à nouveau relancer Adamsberg sur la
piste de son passé, suite à un double meurtre survenu Porte de la Chapelle. Il
va notamment se retrouver confronté à une médecin légiste à laquelle il s’était
opposé vingt-cinq ans auparavant. Il est question du Béarn, la région d’origine d’Adamsberg, et la Normandie et les Normands se taillent une belle part du pittoresque
de ce roman. Le goût de l’insolite de l’auteure se retrouve dans une série
d’assassinats qui concernent des petits vieux, des vierges, mais aussi des
cerfs… L’art des dialogues de Vargas va ici jusqu’à faire s’exprimer un
lieutenant en alexandrins.

2008 : Dans Un lieu incertain Adamsberg va se trouver à nouveau confronté à
d’anciens démons. Tout commence en Angleterre
où il s’est rendu avec deux collègues à un colloque. Là, Scotland Yard est
confronté au mystère d’une paire de chaussures – dont sont chaussés deux pieds
sans propriétaire… – trouvées tournées face au vieux cimetière gothique de
Highgate. De retour à Paris, Adamsberg doit enquêter sur un horrible massacre
perpétré dans un pavillon de banlieue sur un homme solitaire et riche retrouvé
dépecé, éparpillé dans toute une pièce. L’enquête d’Adamsberg, où ces deux
affaires se trouvent mêlées, va le mener sur la trace de vampires et de tueurs de vampire jusqu’en Serbie.

 

Éléments sur l’art de Fred
Vargas

 

Si les « rompols » de Fred Vargas rassemblent toujours un lectorat vaste et fidèle, c’est qu’ils
se distinguent de la masse des romans policiers. Un certain humour, notamment dans les dialogues, parfois aphoristiques, un goût du loufoque,
de l’incongruité, et la mise en
scène de personnages insolites
président en effet à sa manière. Chacun d’eux est soigneusement personnalisé,
cerné dans ses états d’âme, caractérisé dans sa gestuelle, son langage.

L’écrivaine excelle en outre à construire une intrigue avec un art d’horlogère, multipliant les rebondissements imprévus et les fausses pistes, jusqu’à la résolution
finale. Dès le début de l’œuvre, le lecteur est généralement happé par une accroche insolite créant immédiatement
une atmosphère de mystère quelque peu décalée.

 

 

« Ces moments où il avait eu raison contre toute raison
n’étaient pas ses meilleurs. Ils l’accablaient brièvement, comme s’il sentait
peser sur lui le poids d’un don pernicieux offert à sa naissance par une fée
Carabosse devenue gâteuse et qui aurait, au-dessus de son berceau, prononcé ces
paroles : “Puisque vous ne m’avez pas conviée à ce baptême – ce qui n’avait
rien de surprenant, vu que ses parents, pauvres comme Job, avaient fêté seuls
sa naissance au fond des Pyrénées en l’enroulant dans une bonne couverture –
puisque vous ne m’avez pas conviée à ce baptême, je fais don à cet enfant de
pressentir le merdier là où les autres ne l’ont pas encore vu.” Ou quelque
chose comme ça, en mieux dit, car la fée Carabosse n’était pas la dernière des
illettrées ni un grossier personnage, en aucun cas.
 »

 

Fred
Vargas, Pars vite et reviens tard,
2001

 

« La quête des paroxysmes oblige à se confronter à l’essentiel
qui est ordinairement caché. »

 

Fred Vargas, Debout les morts, 1995

 

« Ici, c’est comme partout, il y a beaucoup de têtes creuses
qui ont vite fait de se remplir de n’importe quoi, si possible du pire. C’est
ce que tout le monde préfère, le pire. On s’ennuie tellement. »

 

Fred Vargas, L’Armée furieuse, 2011

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